Vivre en camping-car à l'année

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris dans votre compte

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
9mn de lecture
© omgimages

Un mode de vie à tester avant de s'engager

Devenir nomade doit être mûrement réfléchi. Est-ce un projet de vie, une étape ou simplement pour les loisirs ? Votre rêve est de partir seul, à deux, en famille ? Votre parcours sera-t-il planifié ou improvisé ? « Il est conseillé de tester ce mode de vie avant de l’adopter, par exemple en louant un camping-car sur une courte période », commente Audrey Chanier, responsable communication de CaraMaps, une plateforme web et mobile destinée aux voyageurs en camping-car (Caramaps.com). C’est ce qu’a fait une retraitée, Krissa, pendant quelques mois, le temps de déterminer ses besoins et de se débarrasser du superflu, en vue de vivre toute l’année en camping-car. « Comme je privilégie les destinations au soleil, je n’ai pas de vêtements d’hiver. Mais j’ai conservé ma machine à coudre, mon crochet et mes deux chiens ! », nous dit-elle.

232 373 : c’est le nombre de nouvelles immatriculations (neuves ou d’occasion) de véhicules automoteurs spécialisés (VASP) en 2019, contre 145 137 en 2015, soit une augmentation de 60 %. (Source : ministère de la Transition écologique, 2020.)

Avoir assez d'argent

Tous les camping-caristes ne sont pas à la retraite. Pour celles et ceux qui doivent travailler, « l’essor des nouvelles technologies permet de concilier vie nomade et activité professionnelle, notamment dans la communication, le marketing, les réseaux sociaux..., commente Audrey Chanier. Seule une connexion internet est nécessaire ! D’autres optent pour des missions courtes, dans la restauration ou les services, pour renflouer leurs caisses. »

Van ou camping-car, deux budgets différents

Si vous avez déjà un véhicule, la situation est simple. En revanche, si vous souhaitez en acquérir un, prévoyez 20 000 euros pour un camping-car d’occasion, contre 45 000 euros minimum pour un modèle neuf. « Doté d’un espace de vie plus large que le van, le camping-car offre plus de confort, mais il est moins passe-partout et on ne peut pas le stationner où bon nous semble », explique Audrey Chanier. Les vans et fourgons aménagés sont davantage maniables mais nécessitent des équipements si on veut y vivre toute l’année. « Un van d’occasion coûte entre 5 000 et 8 000 euros, auxquels il faut ajouter au minimum 5 000 euros de frais d’aménagement », note Luce Hétier qui, en 2017, a troqué son poste de community manager à Boulogne pour une existence de « vanlifer » avec son compagnon, Pierre-François. « Il faut également compter le coût de l’homologation, de 700 euros environ, du fourgon en véhicule automoteur spécialement aménagé (VASP) en caravane, ajoute-t-elle. Cette formalité permet de faciliter le contrôle technique et de trouver une assurance appropriée à l’usage réel du van qui, sinon, passera pour un véhicule utilitaire destiné aux marchandises », complète Luce Hétier, créatrice du site LeVanMigrateur.com qui propose des guides et des astuces pour les candidats en quête d’une vie nomade.

« Je n'ai jamais regretté mon choix de vie ! »

Le témoignage de Krissa, retraité, en camping-car depuis l'été 2017

Toute ma vie, j’ai eu la bougeotte : j’ai déménagé plus de 40 fois ! Aussi, quand j’ai arrêté de travailler et rendu mon logement de fonction, j’ai eu le choix entre acheter un appartement à Bordeaux, où le coût de l’immobilier est élevé, et ne plus avoir ensuite les moyens de voyager, ou... ne faire que voyager ! J’ai donc opté pour un camping-car pour avoir de l’espace, du confort et une vraie salle de bains avec douche séparée. Je voyage seule, ou avec ma copine Ambre qui a son propre camping-car, en Allemagne, Italie, Autriche, Espagne, et en France. Au printemps, je projette de remonter le Portugal du sud au nord en empruntant la nationale 2, puis de longer la côte atlantique jusqu’au nord de l’Espagne. Je ne reste jamais plus de deux nuits sur place. Je fais du camping sauvage et je fonctionne au feeling : si l’endroit me plaît, j’y reste ! (Les vidéos tournées par Krissa sur Youtube.com/c/AmbreetKrissadeuxcampingcars)

Véhicule : les points à éviter

Attention aux réserves d’eau ! « Chacun doit trouver le curseur qui lui convient entre la taille du véhicule et son autonomie, précise de son côté Audrey, rédactrice web qui vit en camping-car avec son compagnon Bastien et leurs deux enfants depuis juin 2017. Un camping-car est moins modulable mais plus spacieux qu’un van, et surtout, il dispose d’un réservoir de 100 litres, contre 20 litres pour un van. »« La vie en camping-car va souvent de pair avec une vie minimaliste, renchérit Krissa. Des panneaux solaires fournissent mon électricité et mes réserves d’eau me permettent de tenir cinq jours. Je n’achète que ce dont j’ai réellement besoin, et je fais attention à ne pas m’encombrer de réserves qui pèsent lourd sur mon budget carburant. D’autant que la charge maximale du véhicule, 3,5 tonnes, peut être vite atteinte. J’y fais attention en le faisant peser régulièrement dans les coopératives agricoles, les carrières ou chez les fournisseurs de matériaux. C’est aussi une question de sécurité. »

Préparer au minimum son périple

Si certains aiment partir au petit bonheur la chance, il est quand même nécessaire de repérer les points d’eau et les points de chute, la vie en camping-car ou en van ayant aussi son lot de contraintes (lieux non autorisés ou inaccessibles, comme les centres-villes...) à prendre en compte. Des applications peuvent aider les nomades, comme CaraMaps. « Il s’agit d’un outil collaboratif qui recense les adresses en Europe où les voyageurs ont stationné et les services qui y sont disponibles », explique Audrey Chanier. Il faut également prévoir d’entretenir son camping-car. « Être bricoleur s’avère utile car l’entretien représente un vrai budget, note Krissa. Mon véhicule a près de seize ans et j’y apporte régulièrement des transformations. Dernièrement, j’ai installé des toilettes sèches à la place des WC chimiques. » Il est aussi nécessaire de savoir se prémunir des vols et sécuriser son véhicule pour la nuit.

« Une immersion complète dans la nature »

Le témoignage de Benoît Giffard, musicien itinérant, en van depuis le printemps 2019.

Le déclic s’est fait après une grosse dépression : avec les tournées incessantes, je passais tout mon temps dans les transports sans profiter des lieux ni des gens. Surtout, l’éloignement de la nature ne me correspondait plus du tout. J’ai tout quitté pour acheter un camion et partir en voyage pour deux ans vers Singapour. J’ai dû m’arrêter en Turquie en raison des conflits armés aux frontières iraniennes et syriennes. Depuis mon retour en France, je vis dans mon camion en donnant des concerts itinérants grâce à mon « sound system » ou en mettant en place des ateliers pour les jeunes avec les conservatoires, les MJC ou des associations. Grâce à mon van, je vis dehors en permanence, je me baigne dans les lacs et les rivières, et je prends enfin le temps de discuter avec les personnes que je croise sur la route et de goûter la beauté des lieux isolés et des villages à côté desquels je serais passé auparavant. (La musique de Benoît à écouter sur Hybridmusic.fr)

Régler les formalités administratives

Pour gérer son courrier, il est nécessaire de justifier d’une adresse. « Ce peut-être la réception d’un camping où vous séjournez régulièrement, explique Audrey Chanier. Ou la boîte aux lettres d’un membre de votre famille ou d’un ami. Vous pouvez également faire appel à un organisme spécialisé proposant des services payants, comme le Courrier du voyageur (Courrierduvoyageur.com). » Vous devrez aussi vous domicilier fiscalement. Cette démarche peut s’effectuer auprès d’un centre communal d’action sociale (CCAS) dont les coordonnées figurent dans les mairies. « En pratique, se faire domicilier auprès d’un CCAS peut s’avèrer difficile car, souvent, un lien d’attache avec la commune est exigé, note Krissa. Fixer son adresse chez un proche peut être aussi risqué : certaines localités appliquent alors une taxe d’habitation pour les camping-caristes et augmentent celle du résident. Indiquer l’adresse où l’on se trouve le 1er janvier peut aussi suffire. » Enfin, il faudra informer votre compagnie d’assurance que votre camping-car vous sert désormais de résidence principale, et ce, pendant toute l’année, afin d’opter pour la couverture la plus adaptée.

Savoir que tout n'est pas rose

Enfin, loin des images idylliques d’Instagram, la vie en camping-car ou en van demande un moral solide. « Il faut avoir conscience des nombreux défis à relever, note Luce Hétier. D’autant plus si on se lance en couple. Le manque d’espace personnel est parfois pesant, et il faut savoir faire des concessions pour concilier les activités de chacun. »« Vivre à quatre dans un camping-car demande beaucoup d’énergie pour s’assurer que chacun conserve un mini-espace et se sente bien malgré la promiscuité », relate Audrey, qui vit en camping-car avec sa famille. En solo, il ne faut bien sûr pas avoir peur de la solitude, savoir aller vers les autres et s’adapter à l’inattendu... « J’éprouve du plaisir à ne pas savoir où je vais dormir le soir, je fais confiance à l’imprévu et il me le rend bien, témoigne Benoît Giffard, musicien itinérant, en van depuis le printemps 2019. C’est un bon moyen de se réconcilier avec l’humanité : sur la route, les gens s’arrêtent, que ce soit pour proposer de m’aider à changer une roue ou m’inviter à manger chez eux. J’ai même fait des émules autour de moi ! »

 

« Voyager lentement, sans but et sans date de retour »

Le témoignage d'Audrey, rédactrice-web, en camping-car avec sa famille depuis juin 2017. 

Avec Bastien, nous avions déjà testé la vie en camping-car pendant un an. À la fin, nous n’avions qu’une envie : recommencer avec nos futurs enfants ! Après avoir économisé pendant dix ans, nous avons vendu notre appartement, nos meubles, notre voiture et acheté un camping-car, Tadam, qui est devenu notre nouvelle maison. À quatre, nous fonctionnons avec un budget de 2 000 euros par mois environ, en optant pour un mode de vie frugal. Avec notre blog, nous nouons des partenariats et nous vendons des photos pour dégager des revenus qui nous permettent de continuer. Nous profitons de chaque moment présent, en nous adaptant aux contraintes au jour le jour. On ne s’interdit rien : après avoir passé un mois au Canada, on projette de visiter l’Amérique du Sud, en louant un camping-car sur place ou en l’achetant le temps du séjour. Le plus beau cadeau de cette vie-là ? Voir la complicité de nos enfants. (Les vidéos d’Audrey et sa famille sur Hereweare.world/)

 

A lire aussi