Comment payer moins cher son permis de conduire ?

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Vladimir Razguliaev - iStock

Avec 51,3 % de réussite à l’épreuve théorique et 59,8 % à l’épreuve pratique en 2020, le permis de conduire est plus sélectif que le baccalauréat décroché par plus de 90 % des candidats. C’est cette sélectivité qui le rend cher : pour espérer décrocher la conduite, les élèves prennent bien plus de leçons que le minimum légal de vingt heures. La moyenne – non officielle – serait de trente-deux heures avant le premier examen. À multiplier par 35 à 65 euros de l’heure.

Et ceux qui ont échoué et patientent entre un et quatre mois pour le repasser doivent reprendre de nombreuses leçons pour se mettre au niveau. Le prix moyen du carton rose est donc bien supérieur aux 1 600 euros annoncés par les pouvoirs publics. « Limiter le coût du permis, c’est d’abord le décrocher du premier coup, commente Julien Gourdel, inspecteur du permis dans les Yvelines. Et pour cela, la qualité de la formation est primordiale. »

En vidéo : 3 minutes pour comprendre : Comment payer son permis de conduire moins cher ?

Choisir l'apprentissage anticipé de la conduite

L’apprentissage anticipé de la conduite (AAC) conditionne le plus haut taux de réussite : environ 75,9 % pour ceux qui la pratiquent, contre 52 % de réussite pour les adeptes de l’apprentissage traditionnel. Accessible à partir de 15 ans, l’AAC permet, depuis juillet 2019, d’obtenir son permis à 17 ans, même s’il n’est possible de conduire seul qu’à partir de 18 ans. L’élève peut avoir différents accompagnateurs dans ou hors du cadre familial, titulaires du permis B depuis plus de cinq ans, déclarés à l’assurance et inscrits sur le livret d’apprentissage. L’AAC réduit à deux ans, au lieu de trois ans pour les formations traditionnelles, la durée du permis probatoire, période pendant laquelle le permis est crédité de 6 points (au lieu de 12 points). Après chaque année, le permis est augmenté de 3 points, à condition de ne pas commettre d’infractions entraînant une perte de points.

« Malheureusement, l’AAC n’est pratiquée que par un quart des candidats, confie Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière. Elle concerne davantage les ruraux qui ont plus d’occasions de conduire en étant accompagnés et les classes aisées qui anticipent plus facilement la dépense. » Car payer plus tôt revient souvent à payer moins cher. Le coût de l’AAC peut se résumer à débourser les vingt heures de leçons et les deux « rendez-vous pédagogiques » (de 30 à 50 euros) obligatoires pour être lâché en duo, plus quelques leçons de bachotage avant l’examen. Bien moins que les trente-deux heures de moyenne... et avec 50 % de chance en plus de le réussir.

C’est aussi gagnant concernant l’assurance : la plupart des compagnies divisent par deux le montant et/ou la durée de la surprime « jeune conducteur », voire ne la comptent pas.

Et la conduite-supervisée ?

Elle s’adresse à tout élève d’au moins 18 ans ayant obtenu le code et effectué un minimum de vingt heures de leçons de conduite. Accessible avant l’examen pratique ou après un échec, elle se pratique aux mêmes conditions que l’apprentissage anticipé de la conduite, mais sans réduire la durée du permis probatoire ni la prime d’assurance.

Passer un permis à embrayage automatique

Depuis 2017, les candidats optant pour un permis BEA (permis B à embrayage automatique) voient le minimum de vingt heures de conduite réduit à treize. Ils peuvent aussi, trois mois après l’examen, moyennant sept heures de formation sans examen réalisée dans une école labellisée « conduite qualité », obtenir un permis B normal ou se contenter de leur BEA. La boîte automatique représente 40 % des ventes du neuf, 100 % des hybrides et électriques, elle devient courante et abordable sur les petites voitures d’occasion, et tous les loueurs en proposent.

Avec l’AAC, c’est l’autre moyen d’obtenir un permis à un coût vraiment moins élevé. « Il faut de huit à dix heures pour maîtriser une boîte de vitesses classique, note Philippe Colombani, président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (Unic), ne plus caler, démarrer en côte, rouler sur le bon rapport, puis gérer en même temps le placement sur la chaussée, la trajectoire, la vitesse, la signalisation... Le permis BEA fait gagner beaucoup de temps, c’est vraiment une solution d’avenir. »

Consultez le guide pratique "Je passe le permis de conduire"

Une « check-list » pour ne rien oublier, des outils pratiques et tous les articles utiles

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Choisir son auto-école

Les tarifs et les taux de réussite varient beaucoup d’une école de conduite à l’autre mais plusieurs critères objectifs peuvent vous aider à faire son choix.

La présence d’un numéro d’agrément en vitrine et dans la documentation. Obligatoire et délivré pour 5 ans par le préfet, cet agrément garantit que l’auto-école respecte un certain nombre d’obligations (taille des locaux, nombre d’élèves maximum au regard du nombre d’enseignants, etc.).

Le taux de réussite des établissements, disponible à la préfecture, doit parfois autant au pourcentage d’élèves en AAC qu’au talent des enseignants. Pour améliorer le score, certains patrons refusent ou découragent les candidats peu doués, d’autres exigent quarante ou cinquante leçons avant l’examen. « Il faudrait rapporter ce taux de réussite au nombre d’heures effectuées par les élèves », note Philippe Colombani.

Les tarifs sont obligatoirement affichés en vitrine et à l’intérieur : prix TTC et durée des leçons, ainsi que le forfait couramment pratiqué (le plus souvent, code plus vingt heures). L’examen du code coûte 30 euros et l’examen de la conduite est désormais gratuit, hors frais d’accompagnement du moniteur et de sa voiture (le prix d’une heure de conduite).

Depuis le 1er juin 2020, la remise d’un contrat type pour le permis B est obligatoire. Il indique les frais de dossier, d’inscription et le nombre prévisionnel d’heures, permettant une comparaison plus facile des établissements et protégeant les candidats de frais supplémentaires, devenus interdits.

Enfin, depuis 2018, le gouvernement et la Délégation de la sécurité et à la circulation routière ont mis en place un label « Ecole conduite qualité » pour aider les candidats à choisir une école délivrant une formation de qualité. Pour trouver les écoles labellisée près de chez vous, consultez la carte sur le site Autoecoles.securite-routiere.gouv.fr.

Attention aux faux bons plans !

Dans les grandes villes où la concurrence entre établissements est rude, gare aux forfaits trop alléchants type vingt heures et code à 500 ou 600 euros. « Vu les marges dégagées dans cette activité, l’élève qui décrocherait son permis à ce prix ferait perdre de l’argent à l’école, lâche Philippe Tissot, patron d’auto-école à Pont-l’Abbé (29). Ce modèle économique repose sur l’échec du candidat pour qu’il reprenne des heures. » Qui seront facturées à un tout autre tarif !

Autre piège, des leçons solitaires sur un simulateur pas toujours dernier cri. « Pour contenir le prix du permis, la loi autorise désormais jusqu’à dix heures de simulateur sur le forfait minimum de vingt heures mais, hélas, sans imposer la présence d’un moniteur, regrette Anne Lavaud. Le simulateur est utile pour assimiler le maniement de la boîte de vitesses, se confronter sans risque à des situations dangereuses, mais ne vaut pas de vraies leçons. » Un forfait ne comportant que dix heures de véritable conduite n’offre presque aucune chance de succès.

Quant aux leçons collectives où deux ou trois élèves se relaient au volant pour un long trajet, « c’est une bonne méthode avec un excellent partage d’expérience, mais seul le temps de conduite effectif de chacun doit être compté sur le livret d’apprentissage et facturé », avertit Philippe Tissot. Plus généralement, du tarif horaire découlent le salaire du moniteur... et sa motivation. Ceux payés au Smic ne sont pas les plus impliqués dans le succès de l’élève. Enfin, on peut désormais changer d’auto-école sans frais de dossier, mais avec des frais de dédit si l’on s’est engagé pour un nombre d’heures. Mieux vaut, avant de signer un forfait, prendre quelques heures à l’unité pour évaluer l’enseignant. S’il n’explique ni ne conseille, bavarde ou, pire, utilise son smartphone – ce qui est interdit –, il est préférable d’aller voir ailleurs.

Le code moins cher

L’examen théorique se passe désormais en candidat libre, moyennant 30 euros, sans délai d’attente, dans certains bureaux de poste ou des centres d’examen privés,comme Point Code, Code’n’Go, Exa code, SGS Objectif code ou encore Dekra. En potassant soi-même le code, puis en s’entraînant avec un DVD ou sur internet, on économise le forfait code de l’auto-école. Lequel n’a d’intérêt que si un moniteur est présent lors des tests collectifs, ce qui se fait rare. Livres et DVD sont souvent disponibles en médiathèque.

En candidat libre avec une auto-école en ligne

Cette pratique s’est beaucoup développée – près de 3 % des candidats et jusqu’à 10 % dans les métropoles – avec l’arrivée des auto-écoles en ligne, comme Ornikar ou Envoituresimone, qui mettent en relation élèves et moniteurs autoentrepreneurs. Au menu, forfaits bon marché et grande souplesse horaire car certains moniteurs pratiquent cette activité en marge d’un emploi salarié. « L’élève s’inscrit à l’examen en candidat libre, mais il peut aussi l’être en auto-école et ne faire appel à nous qu’en complément, commente Benjamin Gaignault, fondateur d’Ornikar. Sur le site, il paie de 37 à 40 euros de l’heure et nous en reversons entre 25 et 27 euros au moniteur. » Loin des taux de réussite mirobolants revendiqués par les plateformes, les statistiques officielles créditent les candidats libres de 44 % de succès, contre 58,3 % pour ceux présentés par les auto-écoles classiques.

Tout moniteur, même indépendant, est obligatoirement diplômé du Bepecaser. Gare à ceux qui sous-traitent leurs leçons à des non-diplômés. Exigez une copie de leur diplôme avant de prendre toute leçon.

Les aides financières

De nombreux organismes publics et collectivités locales proposent des aides qui doivent, pour la plupart, être demandées avant l’inscription en auto-école, qui doit parfois se faire dans un établissement partenaire.

« Pôle emploi propose une aide de 1 200 euros maximum aux demandeurs d’emploi âgés d’au moins 18 ans non indemnisés ou bénéficiaires des minima sociaux inscrits depuis au moins six mois (trois mois si une promesse d’embauche est actée). Cette aide est cumulable avec celles des collectivités locales », explique Firmine Duro, directrice des partenariats à Pôle emploi. Les chômeurs ayant besoin du permis « soit dans le cadre d’un travail, soit parce que les horaires ou la situation géographique ne permettent pas de s’y rendre en transports en commun » peuvent aussi bénéficier de l’Aide individuelle à la formation (AIF), sans limite de montant. Enfin, les demandeurs d’emploi souhaitant mobiliser leur Compte personnel de formation (CPF) pour financer leur permis peuvent solliciter un abondement de Pôle emploi, si leurs droits acquis sont insuffisants, sur l’application ou le site Moncompteformation.gouv.fr.

Le permis à un europar jour concerne les jeunes âgés de 15 à 25 ans. Ce prêt d’un montant de 600, 800, 1 000 ou 1 200 euros, dont les intérêts et la garantie sont pris en charge par l’État, est remboursable par mensualités de 30 euros maximum sur une période de 20 à 40 mois. En cas d’échec à l’examen, un prêt de 300 euros peut être demandé pour financer une formation complémentaire. Notez que c’est le seul dispositif (hors apprentissage des métiers de la route) qui peut financer l’apprentissage anticipé de la conduite (AAC) d’un mineur. Pour en bénéficier, il faut s’inscrire dans une auto-école agréée disposant du label « qualité des formations au sein des écoles de conduite » ou d’une équivalence et ayant signé une convention type avec l’Etat. Une fois le devis établi et le contrat de formation signé, le prêt doit être demandé auprès d’un établissement financier partenaire.

Depuis 2019, l’Etat accorde une aide de 500 euros aux apprentis âgés d’au minimum 18 ans pour passer leur permis B. Cumulable avec toutes les autres aides perçues par le bénéficiaire, elle n’est attribuée qu’une seule fois. La demande s’effectue auprès du Centre de formation d’apprentis (CFA).

Quant aux personnes handicapées, elles peuvent utiliser une partie de la prestation de compensation du handicap(PCH) pour financer des leçons de conduite. De même, si leur insertion professionnelle nécessite l’utilisation d’un véhicule, elles peuvent solliciter une aide financière auprès de l’Agefiph ou bien du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (Fiphfp). Il est conseillé de se renseigner auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

Municipalités, conseils généraux et régionaux participent aussi au financement du permis (souvent en échange d’heures de bénévolat), de même que les missions locales, les caisses d’allocations familiales (CAF) et de nombreuses associations. Hélas, pas de guichet unique : il faut faire le tour des différentes aides possibles, cumulables ou non, qui n’ont pas les mêmes conditions et obligations.

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