À quoi les assistants vocaux servent-ils vraiment ?

Alexa, Google Assistant et Siri sont désormais intégrés à des enceintes intelligentes qui promettent de nous simplifier la vie. Questions-réponses pour tout comprendre.
6mn de lecture
Les assistants vocaux sont une petite révolution.
Les assistants vocaux sont une petite révolution.

Qui les a conçus ?

Les assistants vocaux sont l’incarnation des intelligences artificielles développées par les géants américains d’internet. Amazon a intégré Alexa dans ses enceintes Echo, Google Assistant est présent dans les Google Home et Siri dans le HomePod d’Apple. Orange est pour le moment la seule entreprise française à s’être lancée avec Djingo, son assistant personnel intégré à une enceinte réservée aux clients de l’opérateur. Ces « intelligences » sont une petite révolution : elles rendent possibles la consultation d’internet et l’accès à des services numériques par la voix, sans recours à un smartphone ni à un ordinateur. Comme avec ces outils, vos requêtes sont enregistrées et transmises à des serveurs qui les analysent. Mais dans ce cas, les réponses sont restituées oralement par les assistants.

Avec quelles arrières-pensées ?

Cette utilisation « mains libres » représente un nouveau moyen de mieux vous cerner et donc de vous fidéliser. Le vœu pieux d’Amazon, leader du e-commerce ? Que ses enceintes Echo soient utilisées pour démultiplier les ventes du site et de son abonnement Prime qui, pour 49 euros par an, donne notamment accès à ses catalogues musicaux et vidéos. Google a la même idée : connaître vos habitudes.

« Cette entreprise est la plus grande régie publicitaire d’Internet, souligne Karyl Ait Kaci Ali, journaliste chargé de la rubrique son du site spécialisé CNET France. Elle se sert des données de navigation de votre ordinateur, de votre smartphone, et désormais de Google Home, pour alimenter votre profil et afficher des publicités encore mieux ciblées. » Pour échapper à ce fichage, « il faut prendre l’habitude de se rendre régulièrement sur le tableau de bord ou l’application de l’assistant vocal, y vérifier ses paramètres, supprimer l’historique des conversations et questions posées, et personnaliser l’outil selon ses besoins », conseille Régis Chatellier, chargé d’études prospectives au sein du pôle Innovation, Études et Prospective de la CNIL. Apple, lui, ne fait pas commerce des données personnelles des utilisateurs. Les informations collectées par le HomePod sont cryptées et stockées sur le compte personnel du client. Mais son enceinte est réservée aux possesseurs d’appareils à la pomme et incite à l’utilisation d’Apple Music, facturé tous les mois 4,99 euros pour un étudiant et 14,99 euros pour une famille de six utilisateurs.

Que proposent les assistants vocaux ?

« En les interpellant par un mot-clé – Alexa, OK Google ou Dis, Siri – pour les déclencher, puis en formulant une question, vous obtenez une information parlée, comme l’état du trafic routier ou les dernières actualités, explique Karyl Ait Kaci Ali. Ils peuvent aussi répondre à des ordres pour ajouter un rendez-vous à votre agenda numérique, un produit à une liste de courses ou lancer un minuteur. »

Selon une enquête de Médiamétrie, les Français font quatre usages principaux de ces majordomes numériques : écouter de la musique (avec des abonnements payants à Deezer, Spotify, Apple, Amazon Music, etc.) et des radios en direct, consulter la météo et faire des recherches sur internet. Les assistants vocaux sont pourtant capables de beaucoup plus grâce aux services développés par d’autres. Leur liste s’allonge chaque mois ! Alexa, par exemple, informe les passagers d’Air France, Ryanair ou EasyJet sur l’état de leur vol, permet de commander une pizza ou de connaître le menu des écoles primaires de la ville de Nantes ! Les utilisateurs de Google Home ne sont pas en reste : accès aux offres d’emploi sur Leboncoin, aide en cas de coupure de gaz ou d’électricité pour les clients d’Engie, ajouts sur des listes de courses chez E.Leclerc ou Carrefour, ou achats de livres à la Fnac. Quant au HomePod, il ne propose rien de tout ça, mais reste, pour le moment, le seul permettant de passer des appels les mains libres depuis son canapé.

Répondent-ils à toutes les questions ?

Le cabinet d’analyses américain Loup Ventures a testé les trois principales enceintes du marché en leur posant 800 questions identiques dans cinq catégories : informations locales, commerce, trafic-itinéraire, informations générales et commande. Par exemple, « Quel est le coût d’une manucure ? », « Comment me rendre dans ce quartier en bus ? », ou « Rappelle-moi d’appeler Paul à 14 h aujourd’hui ». Toutes affichent un niveau de compréhension des demandes entre 99 % et 100 %. Mais la pertinence des réponses apportées diffère. Google se place sur la première marche du podium avec 88 % de réponses pertinentes, suivi par Siri (75 %) et Alexa (72,5 %).

Reste que le cabinet note qu’en un an, les assistants ont tous fait des progrès : 7 points d’amélioration pour Google, 9 pour Alexa et 22 pour Siri. « Mais n’imaginez pas qu’ils apprennent de vous pour améliorer votre usage personnel, prévient Karyl Ait Kaci Ali. C’est la somme des requêtes de tous les utilisateurs qui permet aux intelligences artificielles de progresser en enrichissant leurs bases de données. »

L’utilisateur doit aussi donner du sien en trouvant la bonne formulation. Ainsi, Google Home sèche à la question « Ai-je besoin d’un parapluie aujourd’hui ? » mais répond parfaitement si on lui demande « Va-t-il pleuvoir aujourd’hui ? ». « Ces systèmes ne sont pas encore au top de la reconnaissance vocale. Selon leur formulation, beaucoup de requêtes vont être mal ou pas comprises, et il va parfois falloir répéter l’ordre », prévient Karyl Ait Kaci Ali.

Peuvent-ils contrôler notre logement ?

Oui, même si les box domotiques qui commandent alarmes, volets roulants ou portails font encore mieux. Si vous voulez le faire avec les enceintes et leur assistant vocal, deux approches sont possibles. La première consiste à acheter des objets connectés compatibles avec l’enceinte (prises, interrupteurs, ampoules, serrures, thermostats, comme ceux de Netatmo, Somfy ou Tado, ou caméras de surveillance). La seconde permet de rendre connectés des téléviseurs ou enceintes que vous possédez déjà, pour les piloter à la voix grâce à des prises connectées ou à des petits boîtiers qui relient l’enceinte aux appareils classiques (Google Chromecast à 39 euros, Fire TV Stick d’Amazon à 59,99 euros, Apple TV à partir de 159 euros associé au logiciel AirPlay pour la télé, ou Echo Input à 39,99 euros pour l’audio).

Est-ce simple ?

« Tous ces appareils connectés demandent un minimum de configuration et peuvent être vraiment utiles », estime Nicolas Catard, passionné de technologie et animateur de la chaîne YouTube TheGrandTest. Lui s’en sert quotidiennement pour jouer ses playlists et commander l’éclairage. « Faire varier la luminosité des ampoules à la voix évite de se lever pour activer un interrupteur ou un variateur, explique-t-il. Depuis les applications des enceintes, on peut aussi programmer des “routines”. Par exemple, dire “ambiance film”, pour que les lumières se tamisent et que votre série préférée sur Netflix soit lancée sur votre TV. Ou, le matin, programmer un éclairage progressif à partir d’une heure donnée, puis la mise en route de votre machine à café ! »

Mais Régis Chatellier, de la CNIL, prône la vigilance : « Il convient de ne pas relier tous ses objets et services à une interface unique utilisée par tout le foyer. Mieux vaut n’y connecter que des services qui présentent une utilité réelle, tout en considérant les risques à partager avec les marques des données intimes (habitudes de vie, historique d’achats, etc.) ou des fonctionnalités sensibles, par exemple des systèmes liés à l’ouverture des portes ou aux alarmes. »

df
Élodie Toustou
Publié le