Alimentation : mieux s'organiser pour limiter le gaspillage de nourriture 

Le gaspillage alimentaire atteint 150 kilos par personne et par an en France. De nombreuses solutions existent pourtant pour le réduire et préserver la planète, tout en économisant de l’argent. Le point sur de bonnes habitudes à prendre.

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8mn de lecture
© SaskiaAcht

N’acheter que ce qu’on va consommer

Un cinquième des aliments gaspillés en France le sont à la maison, en préparant les repas, en jetant les restes ou en laissant les produits se périmer. Pour réduire les pertes de denrées fraîches, privilégiez les petites courses, plus fréquentes et adaptées à vos besoins immédiats, plutôt que faire des provisions pour plusieurs semaines. Vous pouvez aussi vous abonner à des paniers de fruits et légumes qui vous en délivreront chaque semaine la juste quantité. Une pratique qui revient souvent moins cher que les circuits classiques et faisant la part belle aux produits bio, locaux et de saison, tout en réduisant les emballages (rendez-vous sur Reseau-amap.org, Reseaucocagne.asso.fr ou lisez leGuide pour consommer mieux et moins cher de notre numéro de septembre 2020).

Regarder ce qu’il y a dans les placards et établir une liste avant de faire les courses est utile pour vous en tenir à vos besoins une fois en magasin. « L’idéal est d’anticiper ses recettes pour acheter en conséquence. Et prévoir des combinaisons, par exemple en se servant des blancs d’œuf non utilisés pourfaire une mousse au chocolat », conseille Julie Sauvêtre, chargée de projet au sein de l’association Zero Waste France. Dans les rayons, pensez aux aliments en vrac pour n’acheter que la quantité nécessaire. Vérifiez aussi que la date de péremption des produits vous laissera le temps de les consommer, surtout ceux en promotion : la date peut être courte.

Au restaurant ou à la cantine, commandez l’entrée, le plat ou le dessert en fonction de votre faim et n’hésitez pas à demander des portions plus petites que celles habituellement servies. Vous pouvez également privilégier les établissements proposant des plats de tailles différentes pour petites et grandes faims.

Mieux gérer ses stocks

Les produits le plus souvent jetés sont aussi ceux qui sont entamés, mais non consommés à temps. Pour y remédier, placez en évidence ceux qui se périment sous peu. « Dans le frigo et les placards, c’est la règle du premier entré, premier sorti ! », rappelle Laurence Gouthière, chargée de la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’Agence de la transition écologique (Ademe). Il arrive que lors du rangement des courses, les anciens aliments soient poussés vers le fond et… oubliés.

Mieux vaut indiquer la date d’ouverture sur l’emballage pour vous aider à faire le point quelques jours plus tard. La nourriture et les boissons se conservent plus longtemps dans des récipients fermés et contenant peu d’air : faites le vide à l’intérieur avec une pompe (pour les boissons non gazeuses) ou compressez le récipient pour en extraire l’air avant de le fermer. Des bocaux et boîtes de conservation transparents aident à y voir plus clair quand le frigo et les placards sont bien remplis. « Avant de jeter un produit dont la date limite de consommation est dépassée, ouvrez-le, sentez-le… Si vous avez le moindre doute, jetez-le. Mais si l’odeur et la couleur sont rassurantes, alors faites-vous confiance et consommez-le ! », indique Julie Sauvêtre. Plusieurs applications vous aident à gérer vos stocks et vous préviennent lorsque les aliments arrivent à péremption : Frigloo, Frizor et Green Code.

Pour protéger vos aliments secs (riz, noix, lentilles…) contre les insectes qui peuvent déjà s’y trouver lors de l’achat – qu’ils soient emballés ou achetés en vrac –, passez-les 72 heures au congélateur ou diffusez des huiles essentielles dans vos placards (de lavande, de laurier ou de romarin). Vous pouvez aussi congeler les produits frais que vous n’êtes pas certains de manger à temps, en faire des jus, des confitures, des conserves, ou bien les donner à vos voisins. Les applis Geev, HopHopFood et Mummyz vous permettent aussi de donner, échanger ou vendre vos surplus à des particuliers ou des associations. Enfin, pour mieux vous y retrouver, n’hésitez pas à dresser une liste des denrées placées au congélateur, en précisant leur date de congélation.

«Trois bonnes raisons de réduire le gaspillage alimentaire »

L'avis de Laurence Gouthière, responsable de la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’Agence de la transition écologique (Ademe)

Personne n’aime jeter la nourriture. Mais l’une des raisons pour lesquelles nous gâchons autant est que nous avons perdu la notion de la valeur de la nourriture. Ainsi, nous jetons plus facilement du riz que du saumon. Voici trois bonnes raisons de réduire au maximum le gaspillage. Une raison éthique : 1 personne sur 9 est en précarité alimentaire en France, tandis que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. Une raison économique : chacun de nous y perd en moyenne 100 euros chaque année. Autant garder cet argent pour l’investir dans des produits de qualité. Et une raison écologique : derrière chaque aliment se cachent des ressources, des moyens de production, de transport, de refroidissement… À tel point que le gaspillage alimentaire représente 3 % des émissions de gaz à effet de serre de la France.

Cuisiner juste et réutiliser les restes

Point trop n’en faut : cuisinez les justes quantités, pour le soir ou le reste de la semaine. « Au lieu de faire toujours les mêmes quantités, même s’il manque quelqu’un, ajustons-les selon le nombre de personnes et leur appétit », recommande Laurence Gouthière. Son conseil : utiliser un verre doseur. « Ça ne coûte rien et ça change tout ! »

Certaines épluchures, fanes, tiges et troncs peuvent resservir en cuisine ou pour fabriquer des produits cosmétiques maison – nous vous conseillons le livre Les Épluchures de Marie Cochard (Éditions Eyrolles, 19,90 €). Autre option : composter ces épluchures, ainsi que le marc de café, le thé, les coquilles d’œufs et les restes de repas (hors viande et poisson) pour produire de l’engrais naturel pour le jardin. Certaines communes ont même installé des bacs à compost en accès libre. Ces restes organiques peuvent aussi être donnés à des poules qui s’en régaleront en échange d’œufs frais !« Lorsqu’on sait qu’on va manger dehors, on peut aussi prendre une boîte pour rapporter le reste d’un plat trop copieux. Si vous avez un contenant et qu’il est propre, le restaurant ne peut pas vous le refuser », indique Julie Sauvêtre. Tous les restes peuvent resservir plus tard, quelle que soit la quantité. Ils permettent généralement d’économiser un à deux repas par semaine. En panne d’idées pour les accommoder ? Des applis peuvent vous guider à partir des ingrédients dont vous disposez : Frigo Magic, Kitchen Pal, Marmiton ou Save Eat.

Sauver d’autres produits de la benne

La lutte contre le gaspillage alimentaire ne se limite pas à la maison : à l’extérieur aussi, on peut empêcher le gâchis. Pendant les courses, il est ainsi possible de privilégier les produits dont la date de péremption est proche, si vous êtes sûrs de les consommer à temps, plutôt que prendre systématiquement les plus frais. Les plus « vieux » produits sont parfois regroupés au même endroit et mis en promotion. « Les fabricants laissent toujours une marge de fraîcheur », rappelle Laurence Gouthière.

Autre bonne affaire : télécharger l’une des applications qui permettent de récupérer les invendus des commerçants et des restaurateurs autour de chez vous et à prix cassés, comme Too Good To Go, Karma ou Phenix. Xavier, 31 ans, utilise de temps en temps Too Good Too Go à Mâcon (Saône-et-Loire) : « La qualité et la quantité des produits qui sont proposés sont plutôt honnêtes. Chez un boulanger, j’ai eu 13 euros de produits en valeur initiale pour seulement 4 euros. J’espère que plus d’enseignes vont adhérer à ce modèle de vente. Ce genre d’application est devenu nécessaire pour éviter le gaspillage ».

Too Good To Go permet aussi de localiser les magasins proposant des produits en vrac. Vous pouvez aussi donner votre préférence aux restaurants engagés contre le gaspillage alimentaire. Dans la ville de Xavier, par exemple, l’association Le Pont a ouvert la conserverie Eco’Cook, qui propose chaque midi des plats cuisinés à partir de produits frais invendus des grandes surfaces et petits commerces locaux. Les prix y défient toute concurrence : 8 euros pour un menu entrée, plat et dessert, auxquels il faut ajouter la consigne des bocaux dans lesquels les produits sont conditionnés. Certains restaurants disposent du label « Engagé anti-gaspi » (liste sur Framheim.fr/les-restos-engages). L’appli Etiquettable en recense de son côté plusieurs dizaines, partout en France.

Des propositions citoyennes

Le 21 juin, la Convention citoyenne pour le climat a présenté plusieurs propositions visant à réduire le gaspillage alimentaire. Parmi elles, élargir l’obligation du recyclage des biodéchets à davantage de restaurants, établir une liste de produits dont la date de péremption peut être rallongée et réguler les portions distribuées dans les collectivités en fonction de la consommation réelle.

Les pièges du marketing à éviter

  • L’erreur de date : ne pas confondre la date limite de consommation – au-delà, il peut y avoir un risque d’intoxication alimentaire – et les mentions de type « Date de consommation optimale » ou « À consommer de préférence avant le… ». « Ces indications-là n’ont pas d’objectif sanitaire, et le produit peut tout à fait être consommé après ces dates », souligne Julie Sauvêtre.
  • Le trop-plein de promos : les offres promotionnelles nous poussent à acheter des produits frais que nous n’aurons pas toujours le temps de consommer.« Évitez de prendre 4 melons à prix réduit si vous êtes seul à la maison », prévient Laurence Gouthière.
  • Les packs inadaptés : certains emballages associent des produits de différentes marques, souvent en plus grandes quantités que les paquets normaux.« Des offres à éviter, on ne les consomme pas toujours à temps ! », conseille Julie Sauvêtre.

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