Un don de gamètes, comment cela se passe ?

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Spermatozoïdes et ovule ont rendez-vous
© Istock / Irina Shatilova

Qu’est-ce qu’un don de gamètes ?

« C’est un don d’ovocytes (ovules) ou de spermatozoïdes, les cellules reproductrices sexuelles femelles et mâles qui, par fécondation, donnent un embryon et, si tout se passe bien, permettent la naissance d’un enfant. Cet acte médical généreux permet aux couples qui ne peuvent produire un de ces deux éléments de concrétiser un projet de famille », explique Claire de Vienne, médecin référente Assistance médicale à la procréation (AMP) et don de gamètes pour l’Agence de la biomédecine.

Quelles sont les différences entre les donneurs et les donneuses ?

Des méthodes de procréation médicalement assistée favorisent la fécondation par la mise en contact in vitro d’un ovocyte et d’un spermatozoïde. Le don de sperme est plus simple à mettre en pratique. Il passe par la masturbation en laboratoire et quatre ou cinq recueils suffisent, constate la médecin. Obtenir l’ovocyte situé au sein de l’ovaire nécessite une stimulation ovarienne par injections d’hormones durant une dizaine de jours, plusieurs prises de sang, des échographies puis, sous anesthésie, un recueil des ovocytes au bloc opératoire.

Quelles sont les conditions à remplir pour donner ses gamètes ?

Les donneurs doivent répondre à différents critères. « En premier lieu, être en bonne santé et avoir entre 18 et 37 ans pour une femme, entre 18 et 45 ans pour un homme, prévient Claire de Vienne. Il n’est pas nécessaire d’être déjà parent pour avoir le droit de donner. »

Le consentement du conjoint est obligatoire pour les personnes en couple.

Les célibataires, les personnes séparées ou divorcées sont autorisées à donner.

« Comme ce don n’a rien d’anodin, un entretien avec un psychologue permet d’accompagner le candidat dans sa décision, de l’aider à réfléchir aux conséquences et à prendre sa décision en toute connaissance de cause », ajoute-t-elle.

À savoir : le don de gamètes n’est pas rémunéré.

Dans quel cadre s’opère le don de gamètes ?

Spécialisée dans le don de gamètes, la Fédération des centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos) est une société savante qui regroupe presque tous les centres de dons de gamètes (Cecos.org). Leurs équipes pluridisciplinaires (biologistes, psychologues, généticiens, etc.) accompagnent le parcours du donneur ainsi que les couples ayant recours à une assistance médicale à la procréation avec don. Ils sont situés dans les centres hospitaliers universitaires (CHU). Pour obtenir toutes les informations et connaître les adresses : Dondespermatozoides.fr ou Dondovocytes.fr.

En pratique, comment cela se passe ?

Donneurs et donneuses passent tous des entretiens et un bilan de santé. À l’issue de ces rendez-vous, les étapes sont différentes. Pour tous :

Entretien préalable

Objectifs : apporter le maximum d’informations sur le don et ses aspects techniques. À l’issue de cet entretien, l’équipe médicale recueille le consentement par écrit. 

Bilan de l’état de santé

C’est l’occasion de vérifier que la personne remplit les conditions et de l’éclairer sur la nature des examens avant le don : recherche du groupe sanguin, d’infections éventuelles (syphilis, hépatite B ou C, VIH, etc.), enquête généalogique sur la personne et sa famille,afin de dépister les maladies transmissibles, et réalisation d’un caryotype (ou examen des chromosomes) pour identifier les facteurs de risque du traitement sur le donneur ou de transmission d’une anomalie génétique à l’enfant.

Entretien avec un psychologue

Les 3 étapes suivantes pour le don de sperme

• Premier prélèvement. Ce recueil permet de s’assurer de l’absence d’infection, d’étudier les caractéristiques des spermatozoïdes et leur résistance à la congélation. Ils sont conditionnés sous forme de paillettes, puis conservés à une température de – 196 °C dans de l’azote liquide. Enfin, cette opération sert à déterminer le nombre de recueils à effectuer par la suite.

• 4 ou 5 recueils.Chaque recueil est réalisé après trois à cinq jours d’abstinence sexuelle. S’il n’a pas encore d’enfant, le donneur a la possibilité de demander la conservation d’une partie de ses spermatozoïdes. Il s’agit d’une mesure de précaution proposée au donneur au cas où, plus tard, il aurait besoin de recourir lui-même à une assistance médicale à la procréation (AMP).

• Ultime rendez-vous.« Six mois après le premier recueil, une prise de sang sert à contrôler les statuts sérologiques en tenant compte des périodes d’incubation des virus », précise Claire de Vienne.

Les 2 étapes suivantes pour le don d’ovocytes

• Phase de stimulation des ovaires. « L’infirmier (ou la donneuse) procède à des injections sous-cutanées quotidiennes d’hormones durant dix à douze jours, pour stimuler les ovaires jusqu’au déclenchement de l’ovulation, explique-t-elle. Cela aboutit à la maturation de plusieurs ovocytes. Trois ou quatre prises de sang et échographies sont nécessaires afin d’adapter le traitement. »

• Prélèvement. Entre 35 et 36 heures après la dernière injection, les ovocytes sont prélevés par voie vaginale durant une dizaine de minutes sous analgésie simple, anesthésie localisée ou générale de courte durée, selon les cas. L’opération nécessite surveillance et repos pendant environ trois heures et se déroule en ambulatoire, en une seule demi-journée à l’hôpital. Là aussi, la donneuse peut conserver une partie de ses ovocytes recueillis si la quantité le permet.

À l’issue des dons d’ovocytes et de spermatozoïdes, un ou plusieurs couples receveurs peuvent bénéficier du don, en vue d’une fécondation in vitro.

Qui peut bénéficier d’un don de gamètes ?

« Ce sont les couples confrontés à des problèmes d’infertilité, notamment quand un des membres ne possède pas d’ovocytes ou de spermatozoïdes naturellement, qu’ils présentent des anomalies ou qu’ils ont été détruits par un traitement médical, contre le cancer par exemple, détaille Claire de Vienne. C’est aussi possible lorsqu’un des futurs parents présente un risque de transmission d’une maladie grave. »

Manque-t-on de donneurs ?

« Oui, on en cherche ! lance-t-elle. Nombre de femmes sont obligées d’aller à l’étranger pour bénéficier d’un don d’ovocytes. On manque aussi et surtout de dons de personnes de type asiatique et africain. » L’association Utasa a été créée à cause des difficultés rencontrées par les personnes afro-descendantes en situation d’infertilité, « en raison du tabou, de l’isolement et parfois l’absence d’un réel accompagnement associés à cette maladie », précise le site Utasa-infertilite.org. « Ce qui freine le plus les dons chez les femmes en général, c’est la méconnaissance et la crainte d’un programme lourd et d’un traitement hormonal, poursuit Claire de Vienne. Heureusement, une fois informées, beaucoup d’entre elles donnent car elles ont conscience de l’importance de ce geste. Comme cela reste insuffisant en nombre, nous avons besoin de renouveler l’appel au don. Du côté des hommes, nous sommes un peu moins en tension. »

Néanmoins, la révision de la loi bioéthique devrait élargir l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules. Le manque de dons de sperme pourrait freiner l’extension de la PMA à toutes les femmes.

Combien d'enfants pour un même donneur ?

Pour limiter tout risque de consanguinité pour les générations à venir, la loi de bioéthique actuelle fixe le maximum à dix enfants issus d’un même donneur. « On limite surtout dans le cas du sperme car on stocke beaucoup de paillettes et les équipes vérifient méticuleusement le nombre d’enfants nés de chaque don », insiste la médecin.

Quant au nombre de dons d’ovocytes d’une même donneuse, il est restreint à deux.

À quoi engage un don de gamètes ?

Actuellement, les trois grands principes éthiques sont l’anonymat, la gratuité et le libre consentement que le donneur peut retirer dès qu’il le souhaite. Enfin, aucune dépense (déplacement, hébergement, garde d’enfant, frais médicaux, etc.) ne doit rester à la charge de ce dernier.

Après accord préalable de l’Assurance-maladie, le don d’ovocytes est pris en charge à 100 %.

« En l’état actuel de la loi, donner ses gamètes n’engage en rien la personne au-delà de l’acte du don lui-même puisqu’on ne peut pas connaître son identité, assure Claire de Vienne. Aucune filiation ne peut donc être établie. En revanche, au moment du don, le donneur ou la donneuse s’engage à signaler s’il est porteur (sain ou atteint) d’une maladie héréditaire. »

La Fin de l’anonymat, qu’est-ce que ça changerait ?

Même si on ne connaît pas le texte final de la loi relative à la bioéthique ni la date du vote définitif, la levée partielle de l’anonymat est évoquée. Les enfants issus de dons, y compris ceux nés avant la promulgation de la loi, pourraient avoir le droit de connaître leurs origines dès leur majorité. Le donneur garderait la possibilité de s’y opposer ou de l’accepter soit au moment du don, soit au moment de la demande d’accès aux origines. Ces points ne sont pas encore tranchés. L’étude d’impact du projet de loi relatif à la bioéthique souligne que certains craignent une baisse du nombre de donneurs.

Pourtant, les données recueillies en Suède, en Australie, en Finlande ou au Royaume-Uni indiquent le contraire. Dans ces pays, un changement législatif a certes engendré une baisse des effectifs de donneurs dans la foulée de la levée de l’anonymat, mais la courbe s’est ensuite inversée au point de dépasser le chiffre initial de dons, voire de le doubler.

756 femmes

756 femmes ont fait un don d’ovocytes en 2017. 1 069 couples ont bénéficié d’au moins une tentative d’AMP grâce à ces dons. 329 enfants sont nés d’un don d’ovocytes, à la suite d’une AMP. À cause de la pénurie, les couples stériles patientent en moyenne entre un et deux ans, mais cela peut varier d’un centre à un autre.

404 hommes

404 hommes ont donné des spermatozoïdes en 2017, permettant la congélation de 16 593 paillettes. 1 961 couples en ont bénéficié. 956 enfants sont nés d’un don de spermatozoïdes, à la suite d’une AMP.

Source : Agence de la biomédecine, chiffres 2017.
 

Éléments de la loi relative à la bioéthique

Le projet de loi envisage d’ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes et de supprimer les critères d’infertilité, d’orientation sexuelle ou de situation maritale, pour faciliter l’accès à cette technique. L’accès au double don de gamètes ovocytes et spermatozoïdes pour les couples hétérosexuels confrontés à l’infertilité devrait aussi devenir possible. Jusque-là, les gamètes doivent provenir d’un des deux membres du couple.

Autre changement envisagé, la prise en charge par l’Assurance-maladie dans tous les cas de figure. Si, dans un texte adopté le 4 février 2020, les sénateurs approuvent l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, ils en refusent la prise en charge par la Sécurité sociale. Ils refusent également l’autoconservation des ovocytes pour les femmes en prévision d’une future grossesse. À suivre.

 

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