Une maison et un jardin sans perturbateurs endocriniens

Une maison et un jardin sans perturbateurs endocriniens
Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets sur notre organisme à long terme. - © skynesher

Phtalates, bisphénol, glyphosate... ces substances chimiques qui peuvent induire des effets délétères sur l’organisme sont devenues une préoccupation de santé publique. Profitez d’un nettoyage de printemps pour vous en débarrasser.

Avec l’interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires en 2015, puis le récent débat sur les herbicides à base de glyphosate, les perturbateurs endocriniens (PE) sont sortis de l’ombre. Et leur réputation n’est pas rassurante. Parce qu’ils interagissent avec notre système hormonal, ils peuvent avoir des effets sur notre organisme à long terme et favoriser cancers, infertilité, maladies métaboliques, problèmes de développement du système nerveux, etc.

« Le nombre de personnes touchées par des maladies chroniques – 20 millions aujourd’hui en France – augmente de façon inquiétante, et cela ne peut s’expliquer par le seul vieillissement de la population, constate André Cicolella, chimiste et toxicologue, président du Réseau environnement santé (RES). Il faut regarder du côté de notre mode de vie, mais aussi de la contamination chimique de l’environnement. Les perturbateurs endocriniens, notamment, posent problème. »

Ils sont partout, dans les détergents, les cosmétiques, les meubles, les jouets, les textiles, les revêtements de sol, pour ne citer que quelques sources.

Lutter contre « l’effet cocktail »

Antibactériens, antiacariens, retardateurs de flamme... les PE ont des propriétés indispensables. Selon leurs fabricants, il n’y aurait pas de risque à côtoyer des produits qui en contiennent : les quantités y sont très faibles. Mais ces petites doses s’additionnent et finissent par agir de façon combinée sur notre organisme. Pour éviter cet « effet cocktail », il faut en limiter l’accumulation.

Le ménage de printemps offre l’occasion de faire le tri et de jeter ce qui est devenu inutile : vieux objets en plastique, vêtements imperméables 
et respirants que vous ne portez plus, poêles en téflon rayées, etc. C’est l’occasion de remplacer tout ce qui peut l’être, comme les moules en silicone par des plats en Pyrex, les boîtes en plastique alimentaire et les biberons par des modèles en verre. Ne vous fiez pas
 aux plastiques étiquetés « sans bisphénol A ».

« De nouveaux produits les remplacent, tels le bisphénol B ou S, mais on ne connaît pas encore leur risque pour la santé », remarque le docteur Marie-Christine Boutron-Ruault, épidémiologiste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Si vous avez des contenants en plastique, ne les utilisez pas pour réchauffer des aliments. Au réfrigérateur, les restes peuvent être conservés dans un bol recouvert d’une assiette.

Plus propre au naturel

Pour les produits ménagers, terminez vos flacons, puis remplacez-les par ceux qui portent l’écolabel européen ou le pictogramme Écocert. Ces derniers ne garantissent pas l’absence totale de perturbateurs, mais ils constituent un moindre risque. La meilleure solution reste de fabriquer ses détergents.

« Il suffit de quelques ingrédients bon marché – vinaigre blanc, bicarbonate de soude, savon noir ou de Marseille – et de quelques minutes pour les mélanger. Leur action est efficace, y compris sur les surfaces les plus encrassées ou entartrées », assure Christophe Malvault, responsable de L’Atelier du 19 à Poitiers, un appartement pédagogique soutenu par l’Agence régionale de santé (ARS) et géré par l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (Ireps) de Nouvelle-Aquitaine et l’association Graine, où l’on propose des ateliers pratiques pour limiter les polluants dans son logement.

Un sain coup de jeune

Au-delà du grand nettoyage, certains d’entre vous profiteront du printemps pour redonner un coup de pinceau, voire pour changer la décoration de leur intérieur. Les fabricants de peintures et de vernis sont aujourd’hui dans l’obligation d’afficher les émissions de composés organiques volatils (COV), c’est-à-dire toutes les molécules, perturbateurs endocriniens compris, qui émanent de leurs produits. Mieux vaut choisir ceux qui sont classés A ou A + que C. De façon générale, les peintures à l’eau sont les moins toxiques.

Et si le vernis reste la meilleure option pour protéger durablement les lieux de passage, 
il est important de l’appliquer les fenêtres ouvertes et d’aérer la pièce le plus souvent possible pendant les six mois qui suivent.

Quant aux meubles, ils sont plus sûrs en bois plein ou d’occasion, quand ils ont déjà libéré tous les COV contenus dans leurs colles et vernis. Vous pouvez éventuellement
 les raviver avec de la cire ou de l’huile de lin. 
Il faut néanmoins s’y faire : on ne peut pas se débarrasser de tous les perturbateurs endocriniens. Les sources sont nombreuses, et parfois indispensables.

« Il faut voir par rapport à son budget et agir en priorité là où on passe le plus de temps, conseille Christophe Malvault. Inutile de lancer une réfection complète et coûteuse de sa salle de bains pour en supprimer les joints en silicone si on n’y passe que quelques dizaines de minutes par jour. Mieux vaut se focaliser sur les chambres, où l’on dort plusieurs heures chaque nuit. Notamment celles des enfants : avec les femmes enceintes, ils sont les plus sensibles aux perturbateurs endocriniens. »

Du bon air au jardin !


Une règle simple suffit à réduire la concentration de polluants à l’intérieur du logement : aérer tous les jours pendant au moins dix minutes, même en hiver. Cette
 action perd néanmoins de son efficacité si 
vous créez une autre source de pollution dans le jardin. Les herbicides et les pesticides sont
 à proscrire. Ils seront, de toute façon, interdits 
à la vente pour les particuliers en 2019. Autant s’y préparer. En paillant le sol avec des déchets de jardin (feuilles mortes, tontes de gazon, etc.), vous ferez naturellement obstacle aux mauvaises herbes.

Contre les ravageurs, inutile de se compliquer la vie en concoctant du purin d’ortie : « Son efficacité est limitée. Mieux vaut tout mettre en œuvre pour favoriser la présence d’auxiliaires, c’est-à-dire d’insectes et d’oiseaux mangeurs de chenilles et pucerons, explique Denis Pépin, qui anime depuis plus de dix ans des stages de jardinage écologique en Ille-et-Vilaine (jardindespepins.fr). Plutôt que d’acheter des coccinelles en jardinerie, qui ne s’adapteront pas forcément, vous pouvez attirer celles de
 la région en créant un écosystème accueillant pour elles, où il y a des fleurs à butiner et où vous n’aurez pas exterminé complètement toute leur nourriture. Il ne faut pas avoir peur de laisser quelques pucerons dans les buissons. »

Les indispensables

1. Bicarbonate alimentaire La Baleine, aussi indiqué pour l’entretien, GMS (4,30 €/kg)


2. Paillettes de savon de Marseille, La droguerie économique, dans les Biocoop et drogueries (8 € le kg)

3. Savon noir liquide, Marius Fabre, fabriqué en France, en jardineries (43,50 € les 5 litres)


4. Savon noir, Truffaut, à diluer et pulvériser sur les plantes infestées de pucerons (7,5 € les 750 ml)

5. Nettoyeur vapeur, Polti Vaporetto Smart 40 MOP, magasins d’électroménager (149 €)

6. Nichoir à oiseaux multi-espèces, Wildlife World, en jardineries (5 €)

S’y retrouver dans les étiquettes

Parabènes, phtalates, alkyphénols, chlordane, polybromodiphényles... Les perturbateurs endocriniens sont nombreux et leurs noms barbares. Difficile de s’en souvenir au supermarché, surtout quand on n’a pas le temps d’éplucher chaque étiquette.

« Mieux vaut favoriser les écolabels, conseille Tom Mothet, animateur à l’Atelier du 19. Et, si vous devez choisir entre deux produits, prenez celui qui a le moins d’ingrédients. Plus il sera simple, moins il présentera de risques. »