Prendre soin de ses reins

Prendre soin de ses reins

Le diagnostic des maladies rénales est tardif, car elles n’entraînent ni douleurs ni symptômes avant un stade avancé. Certaines personnes, les diabétiques notamment, doivent être particulièrement vigilantes.

Les maladies des reins n’ont rien à voir avec la douleur dorsale que l’expression populaire qualifie de "tour de rein". Les deux petits organes de 150 g chacun sont en effet situés de chaque côté de la colonne vertébrale dans l’abdomen, sous les côtes. A priori indolores, même quand ils dysfonctionnent, ils passent trop souvent à travers les mailles de la surveillance sanitaire.

Leurs fonctions sont pourtant vitales. Ils assurent la stabilité de la composition corporelle en eau et en minéraux, le sodium en particulier, éliminent les déchets, les résidus de protéines surtout, et sécrètent des hormones, notamment pour favoriser la production des globules rouges.

Pour entretenir ses reins, il faut donc éviter les agresseurs classiques que sont certains médicaments, le tabac, une alimentation trop salée, un cholestérol trop élevé, et il faut boire régulièrement.

Attention aux conséquences de l'hypertension et du diabète sur les reins

De nombreux vaisseaux irriguent le rein. Certaines maladies comme l’hypertension artérielle (HTA) et le diabète ont pour conséquences une dégradation vasculaire et donc un impact négatif direct sur la fonction rénale.

"Avec le diabète de type 1, on assiste à une atteinte des glomérules, partie du rein qui assure le bon filtrage du sang. Chez les personnes atteintes du diabète de type 2, s’ajoutent à l’hyperglycémie l’hypertension artérielle et l’obésité qui concourent à boucher les vaisseaux, dont ceux des reins bien évidemment", explique le Dr Saïd Bekka, diabétologue à Chartres.

"Outre une surveillance liée à l’âge, facteur naturel de dégradation des reins, il est donc essentiel de pratiquer un dépistage précoce du diabète et de l’HTA, afin de se protéger au mieux des conséquences de ces maladies sur les reins", résume le Pr Christian Combe, chef de service de néphrologie au CHU de Bordeaux.

On s’appuie sur des tests biologiques qui consistent en une analyse annuelle d’urine - par bandelette ou mieux sur 12 à 24 heures - qui peut déceler du sang et de l’albumine (dérivé de protéine) dans les urines.

Cet examen est complété d’un dosage sanguin de la créatinine (déchet toxique dans le sang). Si celle-ci augmente, on peut craindre un dysfonctionnement rénal. Le spécialiste prescrit alors un traitement contre l’hypertension et un suivi du diabète.

Grâce à une normalisation de sa tension et un contrôle du diabète, un malade peut diminuer de 30 à 50 % la vitesse de progression de son insuffisance rénale. On peut ainsi freiner ou éviter la perte des fonctions rénales.

L’insuffisance rénale terminale

Cette altération, dite "insuffisance rénale chronique", peut se développer pendant plusieurs années pour aboutir à une insuffisance rénale terminale : le rein fonctionne alors à moins de 15 % de son potentiel. Aucun symptôme important n’a alerté le malade si ce n’est une grande fatigue.

À ce stade, la prise en charge médicale passe par la dialyse ou la greffe. Pour le néphrologue qui suit le malade, il s’agit de recourir à l’hémodialyse ou à la dialyse péritonéale, deux techniques qui assurent le drainage défaillant.

Lorsque l’état de santé du malade le permet et qu’il a trouvé un donneur compatible, l’urologue procède à la transplantation. C’est la seule façon de mettre fin à la contrainte des dialyses. La greffe consiste en la transplantation d’un rein d’un donneur en état de mort cérébrale ou d’un donneur apparenté, parent, frère ou sœur. Seule contrainte, le receveur est obligé de se traiter à vie contre les risques de rejet.

"Mais la greffe offre en revanche une nette amélioration de la qualité de vie. Pour plus de 70 % des greffés, c’est une dizaine d’années de gagnées sur la maladie. Malheureusement, les greffes ne sont pas envisageables chez les patients les plus âgés. Par ailleurs, la réglementation française est très stricte sur le don et il n’y a pas assez de donneurs", souligne le Pr Combe, chef de service de néphrologie au CHU de Bordeaux. Des raisons suffisantes pour adopter une bonne hygiène de vie.

La greffe, une nouvelle liberté

Jonah Lomu, star néo-zélandaise du rugby, est passé au CHU de Bordeaux pour témoigner du don de rein dont il a bénéficié. La transplantation lui a rendu sa liberté et sa place dans le sport. Depuis dix ans, une néphropathie dégradait ses reins et son état général, le forçant à interrompre sa carrière sportive. À partir de 2003, extrêmement affaibli, il doit subir une dialyse six nuits par semaine. Il suspend son activité. En 2004, un de ses amis lui a donné un rein. La transplantation lui a permis de retrouver une qualité de vie qui le conduit à nouveau vers les stades.

Aux États-Unis, la moitié des greffés doivent leur rein à des donneurs vivants issus d’un cercle familial ou amical. En France, la réglementation interdit le don entre amis. Des associations de malades plaident pour une modification de la loi.