Cosmétiques : halte aux substances toxiques !

Cosmétiques : halte aux substances toxiques !
En chahutant le système hormonal, les perturbateurs endocriniens agissent à long terme sur le fonctionnement du corps, voire à très long terme car leurs effets se transmettent au fœtus. - © sergeyryzhov

Les produits d’hygiène et de beauté sont-ils susceptibles de faire plus de mal que de bien ? Voici des conseils pour se débarrasser des plus problématiques et se protéger des perturbateurs endocriniens.

D’un côté, l’industrie de la cosmétique qui tente de rassurer le public en invoquant le respect des normes ; de l’autre, des études scientifiques qui viennent régulièrement influer sur la réglementation européenne et restreindre l’usage de certains composants, voire les interdire. Entre les deux, des associations de consommateurs et environnementales qui alertent sur des substances controversées, afin de pousser les fabricants à évoluer. Il y a de quoi s’y perdre !

Petits désagréments ou réels dangers ?

Différents types de risques coexistent. Dans l’ensemble, les molécules de synthèse, issues de dérivés du pétrole, se dégradent mal dans l’environnement et contaminent la chaîne alimentaire. Leurs procédés de fabrication peuvent être eux-mêmes très polluants, utilisant des gaz toxiques (PEG). Par ailleurs, certains composants provoquent des irritations sur la peau. D’autres, d’origine synthétique ou naturelle, présentent un caractère allergisant marqué. C’est par exemple le cas des parfums et huiles essentielles. À chacun de repérer ses réactions, pour éliminer les produits qui renferment les ingrédients posant problème. Plus inquiétant encore, depuis l’appel d’une vingtaine de scientifiques à Wingspread (États-Unis) en 1991, une menace d’un autre ordre, bien plus pernicieuse, a été mise en avant : il s’agit des perturbateurs endocriniens (PE).

Les perturbateurs endocriniens incriminés

En chahutant le système hormonal, ces substances chimiques agissent à long terme sur le fonctionnement du corps, voire à très long terme car leurs effets se transmettent au fœtus. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu leurs effets néfastes intergénérationnels, en 2002. Dans ce cas, pourquoi ne pas les interdire ? D’abord, nombre d’industriels, dont les formules cosmétiques et la maîtrise des coûts sont fortement dépendants de ces substances controversées, rejettent le principe de précaution. Ensuite, l’absence de définition des PE partagée par tous au sein de l’UE a longtemps freiné leur mise au ban. Obstacle levé le 13 décembre dernier même s'il faut toujours produire la preuve directe des effets délétères de la substance pour l’interdire.

« C’est incontestablement un progrès, mais la meilleure solution aurait été de calquer la classification des PE sur celle des substances CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques) selon le degré de preuve : avéré, probable ou possible, comme le recommandaient les ONG », déclare le Réseau environnement santé.

Car si les scientifiques ont du mal à prouver l’action de chaque PE, ceux-ci pouvant agir aussi de manière combinée (effet cocktail), les arguments épidémiologiques s’accumulent pour les incriminer dans la baisse de la fertilité, l’obésité, les cancers du sein et de la prostate.

Protéger les personnes les plus fragiles

En septembre 2017, une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale s’est intéressée à leur implication dans des troubles du comportement des jeunes enfants (repli sur soi, hyperactivité). Pour l’OMS, la priorité est de protéger les périodes de la 
vie où l’organisme est le plus réceptif à ces dérèglements, c’est-à-dire les 1 000 premiers jours de la vie en partant de la vie fœtale et la puberté. Apprendre à lire les étiquettes s’impose, afin de supprimer les produits pour bébés, enfants, ado et femmes enceintes, qui contiennent des ingrédients problématiques.

Les produits à bannir


S’il fallait éviter certains cosmétiques en priorité, commencez par les colorations pour cheveux et les vernis à ongles, qui accumulent le plus de substances chimiques différentes. Sachez aussi que 71 % des fonds de teint contiennent des PE, contre 40 % en moyenne pour les autres cosmétiques, selon une étude de l’agence de notation environnementale Noteo. Quant à l’hygiène, l’Agence nationale 
de sécurité du médicament et des produits de santé indique que le lien de causalité entre sels d’aluminium, présents dans les antitranspirants, et cancer du sein n’est pas prouvé, mais elle pointe un risque de neurotoxicité à forte concentration. En revanche, dans la mesure 
où ils se rincent, les gels de douche sont moins sujets à caution pour les adultes.

Celia Ravel, chef du service de biologie de la reproduction du CHU de Rennes, conseille globalement d’avoir la main légère sur les cosmétiques et de privilégier les produits bio, car « en changeant quelques habitudes, on peut limiter l’effet cocktail ».

Isabelle Thomas, dermatologue à Levallois-Perret (92), a pour sa part cessé de prescrire les crèmes de laboratoire contenant des conservateurs PE et des irritants : « Comme hydratants, je préconise l’huile de tournesol, de karité, d’olive ou de jojoba. » Pour se protéger du soleil, elle recommande de se couvrir et de limiter la crème au visage et aux mains.

Décrypter les étiquettes


La liste des ingrédients figurant au dos des produits est obligatoire. En l’absence de label, c’est la seule information à laquelle se fier, au contraire des messages marketing affichés sur l’emballage. L’ordre dans lequel les produits sont listés est important, puisqu’ils le sont par quantité décroissante dans la recette.

« Attention, fait remarquer Amélie Cant, chargée de mission scientifique au Réseau environnement santé, la caractéristique des PE est que ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais la période d’exposition. »

À la recherche du vrai naturel

Attention à l’allégation de façade « sans parabens » qui cache des formulations à base d’huiles synthétiques aux conservateurs « bien pires que les parabens », prévient Anne Dubost, rédactrice du blog La Vérité sur les cosmétiques. Ne prenez pas non plus pour argent comptant la mention « à l’huile d’amande douce bio », ingrédient qui peut être noyé parmi des composants moins reluisants. Certains conservateurs de synthèse – acides benzoïque, sorbique ou salicylique, alcool benzylique, acide déhydroacétique – peuvent d’ailleurs être considérés comme « doux ». Le plus simple consiste à choisir des produits labellisés, avec cahier des charges strict : BDIH, Cosmébio, Cosmos, Ecocert, ÉcoGarantie, Nature et Progrès, Icea, Natrue et Soil Association en Europe.

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