Cancer colorectal : comment le prévenir ?

Cancer colorectal : comment le prévenir ?

En détectant très tôt le cancer colorectal, on diminue d’un tiers le risque de mortalité des participants aux campagnes de dépistage.

Avec plus de 37 000 cas et près de 17 000 décès par an, le cancer colorectal est le deuxième cancer de la femme après celui du sein et le troisième chez l’homme après ceux du poumon et de la prostate.

A dépister précocement

En l’absence de symptômes, se soumettre à un test tous les deux ans, entre 50 et 74 ans, permet de diminuer d’un tiers la mortalité des participants au dépistage. S’il se révèle positif, la personne passe une coloscopie. Le diagnostic précoce de lésions précancéreuses ou cancéreuses permet d’obtenir un excellent pourcentage de guérison : lorsque la paroi intestinale est atteinte superficiellement, la survie à cinq ans est de 94 %.

Initié depuis 2002, ce dépistage de masse devrait couvrir la totalité du territoire, quelques départements, notamment la Côte-d’Or, ou certains généralistes étant déjà très impliqués. Tous les Français de cette tranche d’âge doivent recevoir un courrier les invitant à prendre rendez-vous avec leur médecin généraliste.

Qui est concerné ?

Les hommes et les femmes de 50 à 74 ans, sans symptômes apparents, constituent la population présentant ce que l’on appelle un risque "moyen" de cancer colorectal. 94 % des cancers colorectaux surviennent dans cette tranche d’âge.

Avant 50 ans, les personnes présentant un risque "élevé" - maladie inflammatoire chronique de l’intestin, adénomes de plus de 1 cm ou premier cancer déjà traité, antécédents familiaux de cancer de l’intestin - font déjà l’objet d’un suivi. Une consultation oncogénétique est systématiquement proposée en cas de suspicion d’une forme familiale de cancer colorectal. Les plus de 74 ans qui présentent des symptômes passent directement une coloscopie.

Comment se déroule la consultation ?

Le généraliste procède pendant la consultation (22 €, pris en charge à 70 %) à un examen clinique et s’enquiert des antécédents du patient : signes digestifs ou troubles du transit récents (douleurs, saignements), antécédents personnels ou familiaux des père et mère. Cela lui permet de repérer les patients à risque "moyen" et ceux qui présentent un risque "élevé ou très élevé".

10 % des personnes présentant un risque supérieur de complication sont invitées à passer une coloscopie. C’est l’un des avantages du dépistage. Aux 90 % restants, le médecin remet gratuitement le kit Hemoccult II ® - trois plaquettes et six spatules - et explique son mode d’utilisation. C’est l’occasion d’échanger sur ce risque de cancer auquel on ne pense pas puisqu’il est "silencieux".

Comment faire le test ?

Le test au gaïac, un réactif chimique qui bleuit en présence de sang dans les selles, est simple. La personne a quinze jours pour mener à bien son test. En pratique, rentrée à son domicile, la personne prélèvera avec une spatule, à deux endroits différents et sur trois selles successives, un petit fragment de la taille d’un grain de riz ou d’une lentille, qu’elle déposera sur les deux fenêtres imbibées de la substance réactive de chacune des trois plaquettes.

Les trois prélèvements doivent se succéder dans un délai inférieur à quinze jours. Il n’y a pas de régime particulier à suivre, il suffit d’éviter une période de constipation. On évitera, si possible, la prise d’aspirine dosée à 1 g ou la vitamine C pour écarter des saignements non significatifs.

Au final, les trois plaquettes et votre fiche signalétique sont postées sous enveloppe T préadressée à un centre de lecture. Les plaquettes sont analysées et les résultats retournés gratuitement à la personne et à son médecin sous huit jours.

Quelle est la fiabilité des résultats ?

La double lecture optique est réalisée par des techniciens entraînés. Dans 97 % des cas, le test est négatif et la personne l’apprend par courrier. Deux ans plus tard, elle sera invitée à renouveler la démarche de prévention.

Le test est positif dans 2 à 3 % des cas. Le médecin qui a assuré le dépistage est prévenu ; c’est lui qui apprend à son patient qu’on a retrouvé du sang dans ses selles. Il l’envoie chez un gastro-entérologue qui pratique les coloscopies (examen optique du côlon sous anesthésie générale : 150 € pris en charge à 100 %). Dans quatre cas sur dix, il y a des polypes ou des lésions.

C’est l’occasion de les enlever et d’éviter leur développement. Dans un cas sur dix, un cancer est installé, mais parfois à un stade suffisamment précoce pour guérir. Toutefois un cancer sur deux ne saigne pas au moment du prélèvement, c’est ce qu’on appelle un faux négatif. C’est pourquoi il convient de rester attentif à l’apparition de troubles ultérieurs.

L’avis du Dr Hervé Gompel, gastro-entérologue à l’Hôpital américain de Paris (AHP)

Si l’on considère que la moitié de la population fait le test grâce à l’implication des généralistes, c’est 20 % de cancers colorectaux évités. Un polype repéré à la coloscopie se transforme en cancer dans un délai de sept à dix ans. Un faux négatif ne peut se reproduire tous les deux ans.

Si on pratique une coloscopie cinq ans plus tard, on reste à un stade bénin de la maladie. Et en présence d’un polype, une coloscopie est pratiquée trois ans plus tard. On a un excellent contrôle de la situation. En absence de prévention diététique établie et reconnue sur le plan international - l’impact d’une alimentation riche en fibres ou pauvre en viande n’étant pas encore prouvé -, le dépistage démontre tout son intérêt.