Cannabis : La légalisation est-elle une solution ?

Cannabis : La légalisation est-elle une solution ?

La France, qui dispose d’une législation parmi les plus contraignantes d’Europe, est aussi le pays européen où la consommation de cannabis est la plus importante, spécialement chez les jeunes. La légalisation est-elle une solution ?

Après Cécile Duflot, ministre du Logement il y a quelques mois, Vincent Peillon, ministre de l’Education, vient de jeter à nouveau un pavé dans la mare – agitée il est vrai depuis longtemps – de la légalisation ou du moins de la dépénalisation du cannabis.

Il faut dire que les jeunes français sont parmi les plus gros consommateurs de cette drogue dite « douce » en Europe. Avec 39 % des 15-17 ans qui déclarent avoir fumé au moins une fois du cannabis, notre pays est loin de la moyenne européenne qui se situe autour de 17 %.

Une situation préoccupante

La filière qui vient d’être démantelée donne un aperçu de l’importance du problème : pas moins de 8 tonnes de canabis auraient transité depuis le début de l’année par ce seul canal dans notre pays pour y être vendu au détail, ce qui représente 800 000 consommateurs achetant chacun 10 grammes de substance.

Et il ne s’agit là que de la face émergée de l’iceberg. Les saisies record effectuée périodiquement par les services de l’Etat ne rendent que faiblement compte d'une réalité que l’on a du mal à appréhender.

Une législation répressive et une réalité très différente

Même si la loi est rarement appliquée, un simple consommateur de cannabis s’expose à une peine maximale d’un an de prison et à 3 700 euros d’amende. Les trafiquants, eux, risquent beaucoup plus, surtout en cas de récidive ou de réseau organisé.

La réalité est plus permissive : si « dealer » du cannabis tombe sous le coup de la loi, être contrôlé avec quelques grammes sur soi se solde le plus souvent par quelques heures de garde à vue.

Dépénalisation : des conséquences mal appréhendées

Jean-Christophe Lagarde, député-maire de drancy, partisan de la dépénalisation, s'exprimait ainsi le 16 octobre dans les colonnes du journal "le Parisien"  mettant en avant que

la pénalisation nourrit les mafias, leur donne les moyens d’encaisser des bénéfices considérables […], les arrestations effectuées n’ont aucune incidence sur la baisse des trafics, les dealers arrêtés étant remplacés immédiatement.

Autant lui que d'autres qui sont sur la même ligne n’insistent pas suffisamment sur le fait que dépénaliser ne veut pas dire légaliser. Et que l’Etat aurait la lourde charge d’organiser la production et la vente de cannabis comme c’est déjà le cas pour le tabac.

La puissance publique devrait aussi assumer des problèmes d’organisation et de logistique que l’on appréhende difficilement, la production se faisant pour beaucoup hors de nos frontières. Sans compter les problèmes de conscience qui pourraient se poser les premières études - parcellaires il est vrai - démontrant que les jeunes qui fument du cannabis voient leur QI impacté quelques années plus tard, viennent en effet de paraître

Ces mêmes partisans soulignent également le bénéfice fiscal pour l'Etat, estimé aujourd’hui (selon l’importance du trafic actuel) entre 700 millions et 1 milliard d’euros.

Statut quo mais répression accrue

Des personnalités opposées à la légalisation soulignent que des pays comparables au nôtre qui ont fait le choix de la libéralisation n’ont constaté ni une baisse de la consommation ni celle de la délinquance.

Le risque est grand, selon eux, de voir les délinquants qui animent aujourd’hui les filières du cannabis se reporter vers les drogues plus « dures ».

En fait, le problème est infiniment plus complexe et ne se réduit pas aux petites phrases qui sont relevées ici ou là. C’est probablement pour cela que Vincent Peillon a été très rapidement renvoyé à ses chères études et que le sujet va probablement mettre un certain temps à refaire surface. 

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