Troubles de la vision : les signaux d'alerte

Troubles de la vision : les signaux d'alerte

« La vue, c’est la vie », dit le slogan. D’où l’importance de se faire suivre régulièrement et de savoir reconnaître les signes d’alerte en cas de problème grave. Par ordre d’urgence.

Parmi les pathologies des yeux les plus graves, la cataracte, le déchirement de la rétine et la dégénérescence maculaire se signalent par une baisse de vision plus ou moins brutale. Autant la première est aujourd’hui bien maîtrisée - avec 600 000 interventions par an, c’est l’acte chirurgical le plus fréquent en France -, autant les deux autres nécessitent de réagir rapidement pour prendre le problème à temps et éviter des conséquences plus graves, pouvant aller jusqu’à la perte de tout ou partie de la vue. Voici comment les détecter.

Vous voyez des mouches volantes : faites vérifier la rétine

L’apparition brutale de flashs lumineux toujours au même endroit ou de corps flottants plus ou moins gros est quelquefois révélatrice d’une déchirure de la rétine. Elle peut être consécutive à un traumatisme violent de l’œil, à une forte myopie ou tout simplement au vieillissement.

Comment réagir ? La première chose à faire est de « demander sans attendre un rendez-vous chez l’ophtalmologue, en précisant bien que ces signes sont nouveaux », indique le Dr Ramin Tadayoni, ophtalmologue à l’hôpital Lariboisière à Paris.

Le traitement. L’ophtalmologue commence par effectuer un « fond d’œil » dilaté, un examen indolore permettant d’observer la rétine grâce à un ophtalmoscope. L’application d’un collyre spécifique pour dilater la pupille au préalable rend la conduite d’un véhicule impossible durant trois heures. Cela a pour effet d’empêcher l’accommodation et de provoquer une plus forte sensibilité à l’éblouissement. Il est donc recommandé de se faire accompagner à cette consultation.

Si l’examen révèle que des zones de la rétine sont fragilisées, elles seront consolidées par des séances de laser, agissant un peu comme une soudure. Le coût de ce traitement varie de 83 à 102 € la séance, pris en charge à 100 % par l’assurance-maladie si elle est réalisée dans un établissement de soins, et à 70 % en cabinet de ville. « Cela peut diviser par dix le risque de voir la déchirure se transformer en décollement, une maladie plus grave encore », précise le Dr Tadayoni.

Le suivi. Un contrôle régulier avec « fond d’œil » permet de vérifier le bon état de la rétine et, éventuellement, de prescrire d’autres séances de laser pour prévenir son décollement. En cas de décollement, une intervention chirurgicale s’impose, faute de quoi la personne perdrait la vue de cet œil. Cette opération, prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie, est facturée entre 324 et 723 €. Une participation forfaitaire de 18 € reste à la charge de l’assuré ou de sa complémentaire santé.

Principales parties de l'oeil

Macula, cristallin, cornée, nerf optique peuvent, sous l'effet d'un choc ou du vieillissement, être détériorés et affecter gravement votre.

             

Vous voyez des lignes déformées : votre macula est atteinte

Ce sont 90 % des informations visuelles qui sont transmises au cerveau par la macula, région centrale de la rétine. Savoir détecter le moindre signe précurseur d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est donc essentiel. Celle-ci peut apparaître de deux façons, brutale ou plus lente. Dans le premier cas, la vision baisse brusquement, les images se déforment, une tâche centrale apparaît, rendant impossible la conduite, la lecture et, peu à peu, tous les gestes de la vie quotidienne.

C’est la DMLA dans sa forme dite « humide » ou « néovasculaire ». Dans le second cas, cette dégénérescence évolue très lentement, entraînant une baisse progressive de la sensibilité de l’œil : la personne a besoin de davantage de lumière pour lire et, quelquefois, une lettre « disparaît » au milieu d’un mot. C’est la DMLA dans sa forme dite « sèche » ou « atrophique ». Principale cause de cécité après 55 ans, la DMLA touche un million de personnes.

Comment réagir ? C’est une urgence. Il faut donc insister pour avoir un rendez-vous dans les 48 heures chez l’ophtalmologue, en expliquant que vous voyez des lignes qui se déforment. « Après l’apparition des premiers symptômes, la dégradation peut être très rapide et il est important de ne pas perdre de temps, insiste le Dr Tadayoni, ophtalmologue à l’hôpital Lariboisière à Paris. Ce n’est pas forcément la DMLA, mais il vaut mieux s’en assurer. »

Le traitement. Il dépend de la forme de la maladie : vitamines, antioxydants et rééducation orthoptique pour mieux utiliser la vision restante ; injections immédiates d’anti-angiogéniques (anti-VEGF) dans le vitré (gel remplissant l’œil) pour stopper la croissance des vaisseaux, limiter leur fuite et stabiliser la DMLA humide. Ces injections s’effectuent sous anesthésie locale ou topique (gouttes dans l’œil), en ambulatoire (sans hospitalisation). Le malade repart une demi-heure plus tard, avec un collyre antibiotique prescrit pour quelques jours. Ces anti-VEGF sont onéreux - 1 093,71 € la solution injectable de 0,23 ml -, mais ils sont remboursés à 100 % par l’assurance-maladie.

Le suivi. Au-delà de l’urgence, plusieurs injections pratiquées en ambulatoire sont nécessaires au cours de la première année. Votre médecin traitant vous aidera à faire classer cette pathologie en « affection longue durée hors liste » si votre vue est très dégradée. Vous obtiendrez ainsi une exonération du ticket modérateur et un remboursement à 100 % des soins et traitements de la DMLA.

Vous avez comme une impression de brouillard : le signe d’une cataracte

Une moins bonne vision de loin, des éblouissements la nuit en croisant les phares des voitures, puis une impression de brouillard, sont les premiers signes de la cataracte. Autre signe plus rare, le fait de voir double avec un œil, l’autre étant fermé. Cette affection est tout simplement due au vieillissement inéluctable du cristallin qui perd de sa transparence.

Comment réagir ? Il n’y a aucune urgence, mais une opération est nécessaire pour que le patient ne se retrouve pas complètement dans le brouillard. C’est l’ophtalmologue qui décide du moment opportun pour l’intervention.

Le traitement. Au cours de l’intervention, le chirurgien retire l’essentiel du cristallin, tout en conservant l’enveloppe qui le protège, et le remplace par une lentille intra-oculaire. Sous anesthésie topique (quelques gouttes d’anesthésiant dans les yeux) ou locale (injections autour de l’œil), il glisse un implant souple en silicone ou en polyméthacrylate de méthyle (PMMA) à travers une incision de moins de 3 mm qui cicatrisera spontanément.

L’intervention dure moins de 30 minutes. L’intéressé est renvoyé chez lui avec un collyre antibiotique et anti-inflammatoire à mettre pendant un mois. Il est conseillé de protéger son œil avec un pansement ou une coque la nuit pour ne pas appuyer dessus. Cette intervention est prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie, sur la base de 397,10 €, anesthésie comprise. Une participation forfaitaire de 18 € reste à la charge de l’assuré ou de sa mutuelle.

Le suivi. Grâce à cette intervention très efficace, le patient récupère sa vision, quelle que soit son acuité visuelle de départ. Si la perte de vision était importante, il aura besoin d’un nouveau verre correcteur pour l’œil opéré. Si les deux yeux sont atteints, la même intervention sera renouvelée quelques semaines plus tard sur l’autre œil. Avec l’âge, la membrane peut s’opacifier, à son tour, nécessitant une séance de laser en ambulatoire.

Combien coûte une consultation ophtalmologique ?

Pour une cataracte, une DMLA ou un déchirement de la rétine, si vous consultez en accès direct un ophtalmologue de secteur 1, le tarif est de 33 € au maximum. La base de remboursement est de 25 €, prise en charge à 30 %, moins 1 € de particopation forfaitaire, soit 6,50 €. Le restant peut être couvert par une complémentaire santé. Pour bénéficier du remboursement maximal de l’assurance-maladie, il faut commencer par consulter son médecin référent.

La consultation du spécialiste, facturée alors 28 €, sera remboursée par l’assurance-maladie à 70 %, soit 18,60 €. On ne peut consulter directement l’ophtalmologue, sans passer par son médecin référent, que dans deux cas précis : la prescription et le renouvellement de lunettes, et les actes de dépistage et de suivi du glaucome.

Prendre soin de ses yeux

Oublier le tabac : fumer favoriserait la cataracte en accélérant le vieillissement du cristallin et la DMLA.
Se protéger du soleil : porter dès l’enfance des verres teintés homologués. L’énergie transmise par les rayons solaires est absorbée par tous les tissus, y compris la rétine. Ils favorisent la cataracte et la DMLA. Les personnes exposées sans protection ont un risque de cataracte cumulatif jusqu’à trois fois supérieur tout au long de la vie.

Se nourrir mieux : manger du poisson au moins deux fois par semaine et plusieurs fruits et légumes par jour.
Les légumes verts, notamment, contiennent des pigments (lutéine et zéaxanthine) qui protègent la rétine et le cristallin par leur pouvoir antioxydant.

Choisir ses aliments : ceux riches en oméga-3 (hareng, sardine, thon, huile de colza, mâche, chou vert), en vitamine C (poivrons, kiwis, agrumes), en vitamine E (huiles et margarines végétales, germes de blé) et en caroténoïdes (chou vert, épinard, brocoli). Et éviter le sucre : les aliments trop sucrés font le lit de la DMLA et du diabète, également nocif pour l’œil. Dormir dans le noir complet : plus il fait noir, plus les cellules de la rétine se débarrassent vite de leurs déchets.

L’association Retina France diffuse gratuitement un livret bleu comprenant une grille de dépistage de la DMLA. Elle vous propose de tester votre vision grâce à la grille d’Amsler sur la page d’accueil de son site Internet (www.retina.fr). Retina France : 0 810 30 20 50 (prix d’un appel local).