Se soigner dans un autre pays européen, est-ce moins cher ?

Se soigner dans un autre pays européen, est-ce moins cher ?

Désormais, nous avons accès à des soins médicaux de qualité dans toute l’Union européenne. Les délais y sont souvent bien plus courts et certaines prothèses moins chères. Et à chaque pays sa spécialité.

Depuis l’entrée en vigueur de la directive « soins transfrontaliers », le 25 octobre dernier, les patients européens sont désormais libres de choisir à leur guise leurs soins, leur médecin ou leur clinique dans n’importe lequel des vingt-sept pays européens.

Cependant, avant de passer la frontière pour faire poser une prothèse ou obtenir plus rapidement un rendez-vous pour un examen, quelques précautions s’imposent. Par exemple, demander un accord préalable auprès de l’Assurance-maladie, se renseigner sur le montant des honoraires et les remboursements auxquels on a droit.

Un conseil : envoyez vos dossiers de remboursement à votre CPAM en recommandé en gardant une copie des factures.

Ophtalmologie dans un délai raisonnable, direction la Belgique

Pour changer ses lunettes, un habitant de Dunkerque doit attendre neuf mois en moyenne. Selon l’UFC-Que Choisir de Lille, 15 % des habitants de la région Nord vivent dans un désert médical en ce qui concerne l’ophtalmologie, et jusqu’à 51 % si l’on ne retient que des spécialistes conventionnés en secteur 1.

La solution ? Prendre la direction de la Belgique, à quelques kilomètres de là, où l’on obtient un rendez-vous dans des délais raisonnables.

Cette consultation sera remboursée par l’Assurance-maladie française, comme le sont tous les « soins ambulatoires programmés » effectués dans l’Union européenne dès lors qu’ils sont pris en charge en France.

Les prescriptions de médicaments ou les ordonnances de verres correcteurs sont valables sur tout le territoire de l’UE et remboursées dans les mêmes conditions.

Le patient français fait alors l’avance des frais et demande ensuite leur remboursement à sa caisse, factures acquittées à l’appui. L’Assurance-maladie envoie le dossier au Centre national des soins à l’étranger (CNSE), à Nantes. Le remboursement intervient en quelques semaines.

Les honoraires d’un ophtalmologiste belge conventionné s’élèvent à 24,15 €. Ils sont remboursés à 70 % par l’Assurance-maladie et la complémentaire santé intervient dans la limite des frais réellement engagés.

À savoir. Lorsque vous envoyez votre dossier de remboursement, n’oubliez pas d’y joindre un formulaire appelé « Soins reçus à l’étranger », à télécharger sur le site ameli.fr.

IRM sans attendre, direction l'Allemagne

En Alsace, il faut environ 45 jours de délai pour passer une IRM, selon une enquête de l’association Imagerie Santé Avenir (avril 2013). C’est une des régions les plus mal loties de France. En allemagne, le délai d'attente est réduit à quelques jours.

Pour ce type d’examen effectué à l'étranger, il faut demander à sa caisse d’Assurance-maladie le formulaire appelé “Droit aux soins programmés” pour un accord préalable. Celui-ci est acquis en cas de non-réponse sous quinze jours.

Le patiente règle sa consultation en Allemagne et se fait rembourser en France. À condition de prendre rendez-vous dans un centre d’IRM, côté allemand, appliquant les tarifs de secteur 1 français, au risque, sinon, de se retrouver avec un reste à charge important !

À savoir. Les renseignements pratiques – modalités de prise en charge, reste à charge – sont délivrés à chaque Européen dans son centre d’information national. Toutefois, fin 2013, le centre d’information français n’était toujours pas opérationnel...

FIV avec don d'ovule, direction l'Espagne ou la Blegique

Plus de 1 500 couples en France étaient en attente d’un don d’ovocyte en 2010, ce qui signifie plus de trois années d’attente pour bénéficier d’une fécondation in vitro (FIV) avec don d’ovule.

Pour obtenir le prise en charge d’une FIV en France, les femmes doivent remplir les conditions suivantes :

  • être âgée de moins de 43 ans,
  • en couple hétérosexuel depuis deux ans,
  • ne pas avoir encore fait les quatre tentatives de FIV prises en charge en France.

Les femmes qui répondent à ces conditions peuvent se tourner vers l’Espagne ou la Belgique.

Le remboursement de l’Assurance-maladie est soumis à 2 conditions :

  • le traitement est pris en charge par la Sécurité sociale, ce qui exclut par exemple le double don (ovule + sperme) non autorisé en France ;
  • le soin n’est pas disponible en France dans un délai raisonnable (ce qui n’est pas le cas pour la FIV avec don de sperme).

Ces conditions remplies, il faut se tourner vers un gynécologue français qui vous accompagnera dans ce parcours, demander à l’Assurance-maladie une prise en charge au titre de la stérilité, puis utiliser le formulaire appelé « Droit aux soins programmés ».

À savoir. Le remboursement accordé par l’Assurance-maladie pour une fécondation in vitro avec don d’ovule est d’environ 1 550 €. Son coût réel en Espagne tourne autour de 5 800 €. Par ailleurs, mieux vaut prendre appui sur des associations françaises spécialisées qui dirigent les patientes vers les cliniques espagnoles qu’elles recommandent.

Implants dentaires moins chers, direction la Hongrie

Comment ne pas être tenté de refaire une couronne ou un implant en Hongrie ou en Espagne où les tarifs sont deux fois moins élevés qu’en France ? Un implant dentaire est fait d’une racine artificielle en titane posée dans l’os, sur laquelle est fixé un pilier prothétique qui servira lui-même de support à une couronne.

En France, seule cette dernière est prise en charge par l’Assurance-maladie à hauteur de 45,15 € (70 % de 64,50 €), auxquels les complémentaires santé ajoutent entre 100 et 200 €. Une couronne est posée en Hongrie ou en Espagne pour 400 €, au lieu de 800 € en France. Elle se trouve ainsi moins mal remboursée par la Sécurité sociale et la complémentaire (sous réserve que le contrat de cette dernière n’exclut pas les soins à l’étranger).

Quant à la racine artificielle et au pilier, non remboursés, ils sont aussi deux fois moins chers.

Au total, un implant dentaire peut coûter entre 850 et 1 350 € en Hongrie ou en Espagne, au lieu de deux à trois fois ces prix en France. Du coup, de nombreuses agences vendent des voyages organisés. Et elles proposent même de joindre l’utile à l’agréable, en couplant traitement et séjour touristique : transport en avion vers la Hongrie, nuits d’hôtel, transferts de l’aéroport, implants, couronnes… et visites guidées de Budapest.

Ce qui n’est jamais inclus, en revanche, c’est le suivi bisannuel et le traitement d’éventuelles complications.

À savoir. Demandez toujours au médecin étranger une « carte implantaire », document qui indique clairement les fabricants, les dénominations et les numéros de lots des matériaux utilisés.