Maintien à domicile : réagir aux premiers signes de faiblesse

Maintien à domicile : réagir aux premiers signes de faiblesse

Pour qu’une personne âgée garde son autonomie et continue d'habiter chez elle, il faut repérer les premiers signes de faiblesse. Et surveiller particulièrement : l'alimentation, la mémoire et le maintien d'une activité physique.

S’il est naturel d’être moins vif à 80 ans qu’à 50, il n’est pas normal de démissionner quand apparaissent, en quelques mois, des signes de faiblesse que l’on trouverait inquiétants chez des gens plus jeunes : être physiquement très affaibli, manquer d’appétit, s’essouffler plus que la normale…

Affaiblissement : les signes qui doivent vous alerter

Certes, avec l’âge, nos cellules se renouvellent moins bien ou ne se reproduisent plus. Ce mécanisme est responsable de certains troubles, tels que baisse de la vue, de l’ouïe, fragilisation des os, etc.

Mais ces atteintes, même graves, peuvent être prévenues, ralenties et parfois même guéries. Et ce n’est pas parce que la vieillesse est là que l’on doit s’immobiliser dans un fauteuil ou cesser de manger. Ces signes doivent au contraire nous alerter car ils correspondent à ce que les gériatres appellent des « fragilités ».

Le concept de fragilités chez la personne âgée recouvre différents signes d’affaiblissement physique auxquels les spécialistes ont ajouté une dimension psychologique (le risque dépressif) et sociale (l’isolement).

La fragilité est un état instable qui se situe entre l’autonomie et la dépendance, explique Le Dr Abellan Van Kan, responsable de l’Hôpital de jour d’évaluation des fragilités, au CHU de Toulouse. Si rien n’est fait pour détecter une fragilité quand elle se déclare, la dépendance peut se déclencher dans les années suivantes. En revanche, en y apportant un remède, il est possible de décaler l’entrée dans la dépendance de plusieurs années, voire de l’éviter ! Car le propre des fragilités, c’est qu’elles sont réversibles. »

D’où l’importance pour les proches de rester vigilants et d’assurer, en quelque sorte, une veille médicale de son parent âgé.

Surveiller l’alimentation

Dans 90 % des cas, la perte de l’appétit signe l’apparition d’une fragilité. La dénutrition suit très vite, avec ses conséquences sur la mobilité, l’humeur qui devient dépressive, la moindre résistance aux infections et, bien sûr, l’état de santé général.

Il faut s’inquiéter en cas de perte de 5 % du poids, ou de 2 kg en un mois, de 3 kg dans les trois mois, de 4 kg dans les six mois, ou de plus de 5 kg en un an. Car, qui dit dénutrition, dit diminution des réserves de protéines, déficits sensoriels et baisse de la mobilité, de la dextérité et des fonctions cognitives.

Contrairement à une idée reçue, les personnes âgées n’ont pas besoin de moins manger. Ce serait même l’inverse : en comparant les dépenses énergétiques de femmes de 70 à 75 ans et de femmes de 40 ans sur un tapis de marche, on s’est aperçu que les plus âgées brûlaient 20 % de calories en plus pour produire le même effort.

Toute perte de poids doit donner l’alerte. À 80 ans, il faut s’inquiéter quand on doit resserrer sa ceinture d’un cran ou deux. 

Attention, même une personne un peu ronde peut se trouver dénutrie car, après 70 ans, le déficit alimentaire se traduit par une perte de muscle plutôt que de graisse.

Les conseils du médecin

  • Se peser tous les mois
  • Entretenir sa masse musculaire en reprenant une activité physique même légère 
  • Manger des protéines
  • Sans négliger glucides et lipides, dans le cadre d’une alimentation variée et de qualité ; penser à faire vérifier sa dentition.

Garder une activité physique

Si une personne cesse de sortir pour de petites courses ou se met à marcher chez elle avec beaucoup de lenteur, il ne faut pas se dire que c’est parce qu’elle a 80 ans.

Car la première cause d’essoufflement est souvent cardiovasculaire. Certes, avec le vieillissement, le cœur pompe moins efficacement pendant l’effort. Mais ce n’est pas une raison pour passer à côté d’une pathologie cardiaque qui peut se soigner (arythmie, trouble des valves).

Des douleurs d’arthrose, une vue qui baisse, des troubles de l’équilibre peuvent aussi amener à réduire son activité physique ou ses déplacements.

De même, les terribles douleurs post-zona (pathologie 14 fois plus fréquente à 80 ans qu’à 20 ans) doivent être prises en charge, en centre antidouleur s’il le faut, pour aider la personne à poursuivre son activité.

Et si l’on prescrit des morphiniques pour les douleurs récalcitrantes, il faut prendre le temps de bien l’expliquer. Car pour cette génération, la morphine fait peur en évoquant drogue ou soins palliatifs. 

Il faut toujours demander à une personne âgée si elle a des douleurs. En effet, trop souvent les personnes âgées ne se plaignent pas de peur de subir des examens ou d’être emmenées à l’hôpital.

Les conseils du médecin

  • Rechercher la cause d’une moindre mobilité pour la faire traiter par un spécialiste (cardiologue, rhumatologue, centre antidouleur, kinésithérapeute) 
  • Penser à une éventuelle dénutrition, qui réduirait la force de bouger, ou à un risque de dépression qui en enlèverait l’envie de faire des efforts
  • Lutter contre les douleurs chroniques (doses de paracétamol, légères mais continues, contre l’arthrose).

Lutter contre la perte de mémoire

Associer la perte de mémoire ou les troubles cognitifs à l’âge est une erreur. Car il faut -sortir de l’idée reçue qu’avec l’âge il est normal de « perdre un peu la tête ».

Une personne qui ne parvient plus, de façon régulière, à enregistrer des informations nouvelles, ce qu’elle a mangé la veille, ou qui oublie d’aller chercher sa petite fille à l’école comme d’habitude, ce n’est pas « normal ». 

De même, une personne dynamique qui renonce à continuer une activité artistique ou de jeu de société a peut-être, en réalité, du mal à retrouver son chemin.

Les troubles de la mémoire et les atteintes cognitives que l’on associe à l’âge peuvent avoir bien des causes :

  • une dépression, souvent liée à l’isolement ou à un événement sous-estimé par l’entourage, comme la mort d’un animal domestique ;
  • la prise concomitante de nombreux médicaments, les personnes âgées consommant parfois huit, dix médicaments par jour ;
  • un accident vasculaire cérébral passé inaperçu et dont on peut prévenir la récidive par une prise en charge médicale et compenser les effets par une rééducation (en orthophonie notamment) ;
  • la maladie d’Alzheimer à ses débuts.

Le fait de poser le diagnostic permet d’améliorer la qualité de vie et le bien-être de la personne.

Les conseils du médecin

  • Vérifier régulièrement le bien-fondé des traitements médicamenteux prescrits par les différents spécialistes ;
  • être attentif à tout signe de dépression ;
  • consulter en cas de perte de connaissance, de troubles de la vue, de la mobilité, même transitoires ;
  • se rendre si besoin à une consultation mémoire dans un centre spécialisé.
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