Le don d’organes en 10 questions

Le don d’organes en 10 questions

Si l’on souhaite donner ses organes après son décès, ce doit être connu de tous : cela facilite le prélèvement et permet de réaliser une greffe dans les plus brefs délais, condition indispensable à la survie de nombreux malades.

1. Serai-je prélevé si je n’ai pas rempli de carte de donneur ?

Rien ne s'oppose à ce que vous soyez prélevé. Il n’y a pas de carte officielle de donneur, mais l’Agence de la biomédecine et France Adot (fédération des Associations pour le don d’organes et de tissus humains), qui militent pour le don d’organes, fournissent une carte aux personnes qui souhaitent faire connaître leur souhait.

Quoi qu’il en soit, si vous n’êtes pas inscrit sur le registre national des refus, vous êtes présumé consentant. Sauf si votre famille y fait obstacle. Le nombre, grandissant, de familles recomposées complique parfois le travail du corps médical quand il a besoin de recueillir l’accord unanime des proches.

Aussi, mieux vaut avoir exprimé sa volonté auprès des siens pour lever toute ambiguïté et, le cas échéant, porter une carte de donneur sur soi.

2. Je possède une carte de donneur : ai-je besoin de l’avoir toujours sur moi ?

Pas nécessairement mais c'est préférable. « Si vous avez clairement indiqué votre position, elle sera respectée, assure Pierre Noir, vice-président de l’association France Adot. Avoir sa carte de donneur sur soi simplifie la démarche du personnel soignant dans la discussion avec la famille. » Et permet de gagner du temps.

Car les heures sont comptées pour garder toutes ses potentialités à l’organe et réussir la transplantation avec les meilleures chances de succès pour le receveur. Le prélèvement doit être mené dans les heures qui suivent le décès.

Régis Quéré, infirmier coordinateur de prélèvements à l'hôpital Necker-Enfants malades, Paris, explique comment se passent les choses :

Les équipes de réanimation nous annoncent le pronostic de la mort encéphalique et qu’un don d’organe est envisageable. En quelques heures, nous devons vérifier que le prélèvement est possible sur le plan médical et que le greffon est fonctionnel. Nous consultons l’Agence de la biomédecine pour qu’elle procède à la recherche du receveur potentiel. Puis nous abordons la famille pour l’annonce du décès et la recherche de la volonté du défunt. (…) Lorsque l’entourage ne connaît pas la position et les convictions de la personne, le doute le conduit en général à s’abstenir.

3. Les dons d’organes sont-ils anonymes et gratuits en France ?

Oui. Ces règles éthiques – volontariat, anonymat, gratuité – garantissent la confiance des Français dans le dispositif. L’Agence de la biomédecine en est le garant. Il n’y a aucune pression pour recueillir l’accord d’une personne sur un don d’organe, aucun versement d’argent dans cette chaîne de solidarité, aucun passe-droit ni autre priorité pour l’accès à la greffe.

4. Peut-on encore donner après 55 ans ?

Oui. L’âge moyen du donneur est de 54 ans. Le foie et les reins, notamment, conservent toutes leurs fonctionnalités à un âge avancé, et des prélèvements pour greffe se font ­couramment autour de 80 ans. D’ailleurs, l’âge moyen des personnes qui entrent en dialyse et ont besoin d’une greffe du rein est de 70 ans.

5. Les prélèvements sur les enfants sont-ils autorisés ?

Oui. Les parents doivent donner leur accord après le décès d’un bébé ou d’un mineur. C’est difficile pour les parents, mais d’autres enfants peuvent être sauvés grâce à cette générosité. Toutefois, les enfants à partir de 13 ans peuvent s’inscrire sur le registre national des refus (par courrier, avec la photocopie d’une pièce d’identité).

6. Comment s'effectue le rapprochement entre donneur et receveur ?

Il est réglementé. Le fichier informatique anonyme géré par l’Agence de la biomédecine, appelé Cristal, contient des milliers de données, dont la liste nationale des attentes de greffe. Le grand public n’en connaît pas toujours l’existence, contrairement aux malades qui attendent le greffon le plus compatible. En présence d’un donneur potentiel, le logiciel informatique croise les deux parties – carac­téristiques du donneur et du receveur – afin d’offrir les meilleures chances de compatibilité au greffon.

On ne peut pas fausser les binômes qui se forment grâce au logiciel. Si, le jour J, le receveur n’est pas apte à l’opération – il peut être grippé, par exemple –, le greffon va au receveur inscrit immédiatement après sur la liste.

7. L’hôpital peut-il prélever plusieurs organes sur une même personne ?

Oui. Peuvent être donnés le cœur, les poumons, le foie, les reins, le pancréas et l’intestin. Sont également ­prélevés les cornées, des tissus (artères, épiderme, tendons ou encore os). Les besoins sont importants, et un greffon supplée ­l’organe défaillant pour une douzaine d’années en moyenne. Il n’est donc pas rare de devoir greffer à nouveau la même personne.

8. Le cerveau doit-il être arrêté pour que le prélèvement soit possible ?

Oui. Les prélèvements sont essentiellement réalisés sur des personnes en mort encéphalique (c’est le cas pour 94 % des prélèvements réalisés en France, souvent après un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral), conduisant à la destruction irréversible du cerveau. La réanimation mise en place permet, pour un temps limité, de maintenir artificiellement la fonction des organes afin d’organiser le prélèvement.

Depuis 2005, on procède aussi à des prélèvements « à cœur arrêté », car les techniques d’irrigation artificielle se sont améliorées, mais pas autant qu’aux États-Unis et en Grande-Bretagne, où cette technique représente 50 % des prélèvements.

9. Peut-on donner de son vivant ?

Oui. Le don du vivant concerne 6,4 % du total des greffes. « En France, le premier don d’un rein d’une maman à son fils date de 1953, précise Pierre Noir. Puis, en 1980, le premier don d’un rein d’un frère à sa sœur. Les dons du vivant d’une portion de foie (il repousse et se régénère) et de poumon (un demi-lobe) ont suivi. »

Le donneur vivant en parfaite santé prend un risque, c’est pourquoi ces dons restent limités (19 pour le foie en 2011). Le plus souvent effectué entre membres de la famille, le don est aussi accepté entre proches.

Pour éviter les pressions et abus, un comité de donneurs vivants protège et vérifie la bonne volonté du donneur.

10. Après un don, le corps est-il rendu à la famille ?

Oui. Il ne faut pas confondre don d’organes et don du corps. Dans le premier cas, le corps est rendu à la famille, qui peut procéder aux obsèques. Le corps est présenté sous les meilleures apparences (suture, maquillage, habillement).

En revanche, dans le cas du « don du corps à la science », le corps n’est pas rendu par l’hôpital.