Implants mammaires PIP : comment en changer ?

Implants mammaires PIP : comment en changer ?

Fragiles, défectueux, voire dangereux… Toute femme ayant des implants mammaires de la marque PIP doit consulter son chirurgien et envisager leur ablation. Une intervention totalement prise en charge par l’Assurance-maladie.

Combien de femmes portent des implants en France ?

Quelque 500 000 Françaises portent des implants mammaires, dont 30 000 de la marque Poly Implant Prothèse (PIP). Parce qu’elles bénéficient d’une reconstruction du (des) sein(s) après un cancer, pour gommer une malformation, ou pour obtenir un tour de poitrine plus avantageux.

Comment être sûre des prothèses implantées ?

Si l’intervention est récente, vous devez avoir reçu une carte de porteuse d’implant qui vous identifie. Il suffit de s’y reporter et de prendre un rendez-vous avec le chirurgien.

Si l’intervention date de plusieurs années, le compte rendu opératoire et la marque de l’implant ont été conservés. Il faut prendre contact avec le chirurgien qui vous a opérée ou avec l’établissement où l’intervention a eu lieu.

L’accès au dossier médical est un droit (art. L. 1111-7 du Code de la santé publique).

Faites un courrier simple au directeur de l’établissement, indique Véronique Kornmann, chargée de mission droit des personnes à la Ligue contre le cancer. II doit vous être remis ou envoyé sous huit jours si l’opération est récente et sous deux mois si l’acte date de cinq ans et plus. Il ne vous en coûte que les frais de reproduction (photocopies).

Que faire si l’on porte des prothèses PIP ?

Vous avez vu le chirurgien, il vous a examinée et fait passer une échographie de contrôle : rien à signaler. Vous pouvez opter pour une surveillance par échographie tous les six mois, prise en charge en 2012-2013.

Les prothèses PIP sont de très mauvaises prothèses par leur fragilité, mais elles ne sont pas dangereuses, sauf en cas d’inflammation, rassure Bruno Alfandari, le chirurgien et président du Syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique.

L’échographie et l’examen sont remboursés dans le cadre du suivi des patientes, mais seulement sur la base des tarifs pratiqués en secteur 1.

  • Soit 28 € pour une consultation de spécialiste chirurgien (1 CS) ou une anes­thésie (1 CS) ;
  • 18,22 € pour un bilan biologique standard ;
  • 41,58 € pour une échographie ­mammaire.

La prise en charge se fait dans le périmètre des tarifs de convention de la Sécurité sociale : à 100 % s’il s’agit d’une reconstruction après cancer ou malformation et à 70 % dans le cadre de la chirurgie esthétique.

Tous les dépassements d’honoraires sont à la charge de la patiente ou de sa complémentaire santé.

Dans quel délai peut-on se faire enlever les implants mammaires ?

Si l’échographie révèle un ou des implants défectueux, l’intervention se fera rapidement. Sinon, l’encombrement des services de chirurgie mis à contribution porte parfois à six mois, voire davantage, le délai pour une opération de reconstruction, notamment en région parisienne et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca).

Tant que la prothèse est fiable, l’urgence est relative. Les chirurgiens rappellent d’ailleurs qu’une prothèse mammaire est toujours temporaire, sa durée de vie n’excédant pas quinze à vingt ans au maximum. Dans le cas des prothèses PIP, plus de la moitié des cas de rupture constatés sont survenus dans les cinq ans…

Dans quel établissement faut-il se rendre pour le retrait des implants mammaires ?

Dans les hôpitaux ou cliniques de chirurgie générale ou/et esthétique agréés par les agences régionales de santé (ARS).

Toutes les opérations d’explantation sont réalisées par un chirurgien de l’établissement – ou un chirurgien extérieur sur un plateau technique mis à sa disposition. L’opération nécessite une entente préalable de l’Assurance-maladie diligentée par le chirurgien.

Pour vérifier si l’établissement est habilité, il faut se reporter à l’ARS dont vous dépendez, en tapant www.ars.[nom de la région].sante.fr. Exemple pour la région Paca : consultez le site http://www.ars.paca.sante.fr ou composez le 02 38 77 32 32.

Double avantage à cette habilitation des pouvoirs publics : un traitement équivalent pour les 30 000 femmes concernées et un encadrement qui doit éviter les dépassements d’honoraires.

Quelle est la prise en charge de l’Assurance-maladie pour le retrait des prothèses PIP ?

Qu’il s’agisse de reconstruction des seins ou de chirurgie esthétique, l’explantation est prise en charge à 100 % des tarifs de convention. Le reste à charge est de 18 € par jour, correspondant au forfait journalier hospitalier, si la personne est hospitalisée plus d’un jour.

Si un arrêt de travail est prescrit, il est indemnisé aux conditions habituelles. Avec la complémentaire santé, le reste à charge doit être modeste.

Si les conditions de santé sont réunies, les chirurgiens proposent une opération globale de dépose-repose afin de ne pratiquer qu’une anesthésie générale. L’opération donne lieu à un compte rendu opératoire détaillé comprenant la marque de la nouvelle ­prothèse.

Il s’agit de chirurgie préventive, les opérations seront à plus de 90 % sans compli­cation avérée de la prothèse, rassure le docteur Bruno Alfandari.

La réimplantation de nouvelles prothèses est-elle à la charge des patientes ?

À la suite d’un cancer ou d’un syndrome malformatif, le remplacement de la prothèse est pris en charge par l’Assurance-maladie, lorsque l’opération est menée dans l’un des établissements agréés.

En revanche, après une opération esthétique, seule l’ablation réalisée dans un établissement agréé est supportée par l’Assurance-maladie. Si la patiente souhaite, dans le même temps opératoire, une réimplantation, l’hospitalisation et l’anesthésie restent pris en charge, mais le reste à charge est plus important.

Il inclut notamment les nouveaux implants (660 € pour les deux seins) et, dans le secteur privé, les honoraires de chirurgie liés à la pose (277,62 € en tarif de convention pour les deux seins).

Les chirurgiens sont invités par le Conseil de l’ordre à pratiquer des honoraires en rapport avec les tarifs de l’Assurance-maladie, compte tenu du caractère exceptionnel de ces situations, explique le docteur Legman, président du Conseil national de l’ordre des médecins.

Le syndicat de chirurgie plastique et esthétique appelle aussi ses membres à une modération de leurs honoraires.

Dans le cadre d’une telle intervention, le coût forfaitaire global de “dépose-repose” sera proche de 1 500 € pour les deux seins, indique le docteur Bruno Alfandari. Cela comprend l’opération, l’anesthésie et la pose des deux prothèses, à condition qu’il s’agisse de prothèses de taille identique.

Les associations aident les victimes des implants PIP

Stéphane Gobel, juriste et responsable de la plate-forme Santé info Droits du Collectif interassociatif sur la santé rappelle les voies de recours des victimes des implants mammaires PIP : "Les femmes opérées peuvent souffrir de divers préjudices : un préjudice économique, lié aux dépenses engagées et une perte de salaire pour arrêt de travail ; un pretium doloris, lié aux souffrances endurées ; un préjudice d’agrément, apprécié en fonction du mode de vie antérieur ; et un préjudice esthétique.

En dehors des actions au pénal, les victimes peuvent se tourner vers les tribunaux civils : le tribunal d’instance pour un préjudice inférieur à 10 000 € et le tribunal de grande instance au-delà de 10 000 €. En l’état, il est difficile de déterminer la voie de recours adaptée. Il peut être utile de se rapprocher des associations aidant les victimes des implants PIP."

Historique du scandale des prothèses PIP

Créée en 1991, la société Poly Implant Prothèse a occupé pendant un temps le troisième rang mondial des fournisseurs avec 100 000 prothèses fabriquées par an. Dès le milieu des années 2000, elle a cherché à réduire les coûts de revient du gel équipant les implants. Poly Implant a alors utilisé un gel de silicone non conforme et des poches plus fragiles sujettes à suintement et rupture.

  • 30 mars 2010

La société Poly Implant Prothèse est mise en liquidation judiciaire. Le parquet de Marseille ouvre une enquête pour "tromperie et mise en danger de la vie d’autrui".

  • 30 mars 2010

Les implants sont retirés du marché par l’Agence de sécurité sanitaire (Afssaps) après avoir constaté de nombreux cas de suintement et de rupture des poches en 2008 et 2009.

  • 28 septembre 2010

Les prothèses ont été conçues avec un gel non conforme, présentant des "effets indésirables graves", selon les termes de l’Afssaps, essentiellement inflammatoires. L’Afssaps recommande le retrait des prothèses en cas de suspicion de rupture.

  • 23 décembre 2011

Le ministère de la Santé recommande le retrait des prothèses PIP pour les 30 000 femmes porteuses.

  • 6 janvier 2012

La Ligue contre le cancer débloque un fonds d’urgence de 50 000 € pour le soutien psychologique, social et matériel des femmes concernées dont les demandes transitent par les 103 comités départementaux et leur dispositif de téléphonie sociale.

Le chiffre

1 379 ruptures ayant entraîné une explantation ont été déclarées à l’Agence de sécurité sanitaire (Afssaps), au 31 janvier 2012. Source : Afssaps.

Infos +

  • Ligue contre le cancer. http://www.ligue-cancer.net/ 08 10 11 11 01. Pour un entretien téléphonique anonyme avec un psychologue clinicien, du lundi au samedi. Les comités départementaux offrent des consultations avec un psychologue ou l’entrée dans un groupe de parole, ainsi qu’une permanence juridique gratuite.
  • Ministère de la Santé. 08 00 63 66 36. Pour être conseillée et orientée dans la démarche à suivre.
  • Deux associations aident les femmes. http://www.mdfpip.com pour le Mouvement de défense des femmes porteuses d’implants et de prothèses et http://www.associationppp.com pour l’Association de défense des porteuses de prothèses PIP. Elles ont été créées pour gérer collectivement les plaintesdes femmes au pénal (2 500 ont déjà déposé plainte).
  • Syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. http://www.sncpre.org.