Établir une relation de confiance avec son médecin

Établir une relation de confiance avec son médecin

Un arrêt de travail refusé, un diagnostic ou un traitement mal expliqué et le courant ne passe plus. Il est pourtant possible d’en parler efficacement avec son médecin.

Souvent, l’examen clinique – écoute au stéthoscope des bronches ou du cœur, palpation du cou à la recherche de ganglions, prise de la tension – et le questionnaire du médecin suffisent pour poser un diagnostic.

Nous avons une “obligation de moyens” qui s’appuie sur notre formation et notre expérience, résume André Deseur, généraliste à Veneux-les-­Sablons (Seine-et-Marne) et président de la section Exercice professionnel du Conseil national de l’Ordre des médecins.

Suivre le diagnostic du médecin

Le praticien ne guérit pas toujours son patient mais il doit tout mettre en œuvre pour le soulager.

On n’imagine plus se passer des examens complémentaires – prise de sang, radiographie – avant de décider d’une intervention ou de certains traitements, poursuit le Dr Deseur. Les malades en réclament parce qu’ils sont mieux informés et que ces technologies se sont banalisées.

En ce qui me concerne, je préfère com­mencer par prescrire un traitement classique qui s’appuie sur mon propre diagnostic. On effectue bien trop d’examens complémentaires inutiles, trop d’IRM ou de scanner. La précipitation n’est pas bonne conseillère.

Davantage informés (mais parfois mal), plus exigeants, les patients s’en remettent moins au savoir du praticien. Ils veulent dialoguer avec lui, voire orienter ses prescriptions, et surtout être soulagés rapidement. D’où des frictions et des litiges.

Tout traitement médicamenteux ne prouve son efficacité qu’au-delà de quelques jours, voire de quelques semaines de prise continue. C’est le manque d’observance du ­malade, sur la prise d’antibiotiques par exemple, qui compromet le résultat.

Pour des problèmes de santé ­sévères, c’est le défaut de dialogue entre le praticien et le malade qui débouche sur l’impression “qu’on a perdu du temps”, déplore le Dr Deseur.

L'arrêt maladie : demandé ou imposé

Il y a trente ans, le repos faisait partie du traitement, surtout parce qu’il permettait d’éviter la contagion. C’est le médecin qui, au vu de la pathologie, de l’état de santé, de la profession et du lieu de travail de son patient, décide s’il lui faut ou non garder la chambre. ­Depuis, la situation a changé et l’arrêt de travail est devenu un sujet de discorde.

Le médecin doit ­composer avec ceux qui refusent de s’arrêter, car ils ont peur de perdre leur emploi ou des journées de salaires, et avec ceux qui argumentent pour obtenir un arrêt de travail plus long, de façon à souffler un peu.

À vous de convaincre votre médecin traitant du bien-fondé de votre requête, observe le Dr Deseur. De nombreuses demandes sont liées aux difficultés professionnelles ou familiales qui viennent souvent s’ajouter à la maladie.

D’autre part, il rappelle que les arrêts maladie « pour enfant malade » n’existent pas.

En revanche, le Code du travail prévoit que tout salarié peut bénéficier d’un congé pour s’occuper d’un enfant malade âgé de moins de 16 ans dont il a la charge, le médecin devant se borner à établir un certificat médical justifiant de la maladie de l’enfant.

Autre motif de déstabilisation des malades, les modifications d’une ordonnance. La pharmacopée évoluant sans cesse, un médicament pertinent il y a dix ans ne l’est plus forcément en 2013. L’état du malade aussi évolue.

Le médecin doit adapter son traitement et, de plus en plus souvent, remplacer les produits retirés du marché, soit parce que des effets indésirables ont été détectés (le Di-Antalvic, par exemple), soit parce que leur « service médical rendu insuffisant » a entraîné un ­déremboursement partiel ou total. C’est notamment le cas des veino­toniques.

Enfin, les génériques remplacent désormais le plus souvent les médicaments de marque. Aussi fiables et moins chers, ils ont les mêmes propriétés et sont prescrits sous le nom de leur molécule (la dénomination commune internationale), le pharmacien fournissant le générique correspondant.

Expliquer un traitement au patient

Voilà qui ne fait guère l’affaire des personnes âgées ou des malades soulagés par un traitement qu’on leur refuse et qui risquent de perdre confiance en leur médecin. Lequel doit faire assaut de pédagogie pour conforter son ordonnance et rassurer son patient.

Le médecin doit apporter à la personne qu’il examine, soigne et conseille, une « information loyale, claire et appropriée sur son état, les ­investigations et les soins qu’il lui propose », énonce l’article 35 du Code de déontologie.

Il doit expliquer les raisons d’un traitement, d’une intervention et délivrer cette information avec tact lors d’un entretien individuel. 

Le devoir de confidentialité du médecin

Quand son patient est trop impressionné pour l’interroger ou ne semble pas comprendre ce qui lui arrive, le médecin peut-il s’en ouvrir à un tiers ?

La réponse est clairement non. La relation de confiance s’inscrit dans le cadre du secret professionnel, même si le malade a le droit de se faire accompagner chez le ­généraliste pour entendre un diagnostic ou ­comprendre des explications.

Vous avez donc intérêt à désigner formellement une « ­personne de confiance » si vous souhaitez qu’un proche (conjoint, parent ou ami) puisse être informé par les médecins amenés à vous suivre.

Il n’est pas rare que le docteur s’entretienne avec un confrère ou avec un spécialiste, eux-mêmes tenus au secret médical.

Pour instaurer un climat de confiance idéal, c’est en présence du malade et après l’avoir averti que j’appelle le spécialiste, témoigne Claire Siret, généraliste à ­Le-Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne). L’échange télé­phonique se fait souvent à trois. Par principe, je demande l’accord du malade pour ap­peler un confrère en son absence.

En ce qui concerne l’étape de la fin de vie, chaque cas est bien sûr particulier. ­Accompagné pendant le traitement, le malade ­comprend l’évolution de sa maladie, ce dialogue se poursuivant jusqu’à la fin.

Seule la personne concernée peut recevoir des informations sur ce que le médecin constate ou pressent.

Ce n’est que sur autorisation expresse du patient que le médecin informe son conjoint, confirme le Dr Deseur.

Un avis partagé par le Dr Siret : « Je réponds à celui qui me questionne sur l’état de santé de son conjoint de l’interroger ­directement. Je n’ai pas à aller contre la volonté du malade de tenir ses proches à l’écart. »

Comment changer de médecin traitant ?

Retarder un rendez-vous chez son médecin traitant parce que le courant ne passe pas ou ne passe plus n’est pas une solution. Mieux vaut trouver un autre praticien.

Sur le plan administratif, c’est assez simple. Il suffit de faire remplir un formulaire de désignation par le nouveau médecin choisi et de le transmettre à sa caisse primaire d’Assurance-maladie.

Que vous changiez de médecin traitant pour cause de désaccord avec l’ancien ou parce qu’il a pris sa ­retraite, ou encore parce que vous avez déménagé, ne partez pas sans lui demander votre dossier médical (articles L. 1111-1 à L. 1111-7 du Code de la Santé publique).

Il doit le transférer au médecin que vous avez désigné ou, à défaut, vous le remettre en main propre.

Si le différend qui vous oppose est plus important, diverses voies de recours sont ouvertes. Toutes les démarches doivent commencer par l’envoi d’une lettre recommandée avec demande d’avis de réception détaillant les circonstances du litige et présentant vos demandes. Vous devrez adresser votre courrier :

  • au conciliateur de la caisse d’Assurance-maladie, s’il s’agit de problèmes administratifs (prise en charge, remboursement) ;
  • au conseil départemental de l’Ordre des médecins, pour obtenir des sanctions disciplinaires (avertissement, interdiction temporaire d’exercer, ­radiation), si la déontologie médicale n’est pas respectée (soins non conformes aux données actuelles de la science, défaut de confidentialité). Mais cette démarche ne débouche jamais sur une indemnisation, pour laquelle il faut enclencher une procédure spécifique.

Reste que la relation la plus efficace pour votre santé repose sur l’instauration d’un dialogue entre vous et votre médecin.

Indemnisation en cas de faute du médecin

Si vous estimez que la responsabilité professionnelle du médecin est engagée et que sa (mauvaise) pratique vous a causé du tort, il vous appartient de demander réparation. Son assureur doit vous faire une offre d’indemnisation sous quatre mois.

Autre voie de recours, celle des commissions régionales de conciliation et d’indemnisation (CRCI). Elles indemnisent en cas d’insuffisance de diagnostic ayant entraîné un dommage important.

La loi du 4 mars 2002 a mis en place un dispositif de règlement amiable, si l’incapacité qui en découle est supérieure à 24 % ou a entraîné un arrêt de travail d’au moins six mois.

Obtenir son dossier médical

Stéphane Gobel, responsable de la plate-forme Santé Info Droits estime que le patient doit faire valoir ses droits à communication : "Les victimes du Mediator peuvent obtenir une indemnisation sur présentation d’éléments relatifs aux prescriptions de ce médicament et des preuves médicales des dommages subis.

En pratique, les intéressés se heurtent à quelques résistances pour récupérer leur dossier médical et certains médecins se sont fait tirer l’oreille. Face à ces difficultés ponctuelles, nous conseillons aux malades de formaliser la demande par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.

Cette démarche, généralement couronnée de succès, montre que le requérant connaît ses droits à communication."

Vous avez besoin de votre dossier médical ? Pour rédiger une demande de dossier médical, utilisez notre modèle de lettre.

Le droit de ne pas être informé sur son état de santé

Ce n’est pas parce que l’on consulte que l’on est prêt à tout entendre sur son état de santé. Certains préfèrent ignorer les résultats d’une analyse qui confirmerait un pronostic fatal. Et rien n’oblige un malade informé à se soigner.

Mais le Code de déontologie médicale pose une limite : celle du danger que le malade, porteur d’une maladie contagieuse, ferait courir à son entourage. Le praticien doit alors tout mettre en œuvre pour lui faire accepter d’être informé et de se soigner (article 35 du Code de déontologie).

Le cas échéant, la loi lui donne le droit de passer outre ce refus (article L. 1111-2 du Code de la Santé publique) et d’informer le patient.

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