Dons d'organes : que feriez-vous ?

Dons d'organes : que feriez-vous ?

Après une mort souvent brutale, il arrive que soit demandé à la famille son accord pour un don d'organes. Une fois sur deux elle refuse. Il importe de faire connaître son choix assez tôt.

Selon la loi, toute personne majeure est considérée consentante au prélèvement de ses organes après sa mort si elle n'a pas manifesté de refus de son vivant.

Mais en pratique, la principale cause d'opposition au prélèvement reste le refus des proches, beaucoup plus fréquent que celui du défunt qui, en général, ne s'est pas exprimé. Une réaction tout à fait compréhensible quand on vient de perdre quelqu'un, souvent jeune, et de façon brutale.

Comment manifester sa volonté de donner ses organes

Si vous êtes consentant :

  • Faites connaître votre volonté à votre entourage.
  • Réclamez une carte de donneur à l'Agence de la biomédecine, et portez-la toujours sur vous avec votre permis de conduire.
  • Sachez que l'anonymat du don est respecté et soyez rassuré sur le fait que le don ira à un receveur et non à la médecine.

Si, en tant que proche, on vous demande votre accord, sachez que :

  • Si le défunt est mineur, seuls les parents sont autorisés à consentir, par écrit, au prélèvement de ses organes et tissus.
  • Si la personne décédée est majeure, on recherche la preuve de la volonté de donner (carte, témoignage). Si on ne trouve aucun élément, c'est à la famille de décider.

Don d'organes : en parler en famille

La discussion permet de lever des freins, d'exprimer ses intentions et de connaître celles de son entourage.

Les parents doivent savoir que le thème investit aussi progressivement les établissements scolaires : le don d'organes et la greffe font partie du programme de biologie, de l'éducation à la citoyenneté et peuvent être abordés en cours de philosophie. Le prétexte est donc trouvé pour en discuter un soir en famille.

Pas besoin de rentrer dans les détails. Répondre simplement en parlant d'un don de vie suffit en général à l'enfant. Les adolescents, provocateurs, sensibles ou discrets, ont besoin, eux, si ce n'est de réponse précise, au moins d'échos à leurs interrogations. Parler du don d'organes avec eux, c'est aussi et surtout les tranquilliser sur le respect d'une décision qu'ils peuvent avoir envie de prendre.

Qu'en pensent les enfants et les adolescents ?

"La question, souvent éludée en famille, passe très bien avec des enfants de 11-13 ans, explique Philippe Barrier, professeur de philosophie. Ils ont une générosité spontanée et se projettent plutôt dans la peau du receveur, en voyant dans la greffe un instrument de guérison. Les 14-18 ans semblent davantage réservés avant de laisser s'exprimer aussi bien leur générosité que leurs craintes."

Philippe Barrier est auteur de Lettre ouverte à ceux qui ne se voient pas donneurs d'organe, aux éditions Frison-Roche

Le don d'organes est une décision extrêmement difficile à prendre

"J'ai donné mon accord pour le prélèvement cœur-poumon de mon mari, mort dans un accident de voiture. Le don est une décision extrêmement difficile à prendre. À ce moment-là, on est déjà assommé par la douleur. On se sent anesthésié. Aussi, pouvoir répondre : "Oui, d'accord, prenez un ou deux organes" est terrible. Je l'ai fait seulement en souvenir de mon mari. Nous avions abordé le sujet ensemble quelque temps auparavant, à la suite d'une émission de télévision. Il s'était exprimé. J'ai seulement fait comme il avait dit, même s'il n'avait pas fait la démarche pour réclamer sa carte de donneur. Je pense avoir respecté sa volonté", témoignage de Caroline, 30 ans.

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