Comment parrainer un enfant du tiers-monde ?

Comment parrainer un enfant du tiers-monde ?

Parrainer un enfant du tiers-monde, c'est l'aider financièrement et affectivement… La formule a de quoi séduire ceux qui, sans aller jusqu'à l'adoption, veulent 'faire quelque chose'.

Dans les magazines les plus divers, les associations vous sollicitent régulièrement pour un engagement aux côtés des enfants déshérités : sans aller jusqu'à l'adoption, vous pouvez, grâce au parrainage, aider un enfant du bout du monde (pas forcément orphelin). Le parrainage vous permet de vous engager financièrement, mais aussi affectivement : il consiste à donner de l'argent à un enfant avec lequel vous entretiendrez un lien personnalisé.

Digne de confiance

Comment être sûr que vos dons parviennent à votre filleul ? L'échange est-il vraiment possible avec ce dernier ? Comment cette relation affective qui se traduit essentiellement par des dons en argent vit-elle dans le temps ? Nous avons examiné le fonctionnement d'une association de parrainage qui nous a paru digne de confiance. Il y en a d'autres. Le but n'est ici que de vous permettre de vérifier que vous avez pris la bonne voie en choisissant cette forme d'engagement.

En matière de parrainage, le CFPE (Centre français de protection de l'enfance) est une organisation incontournable et fiable qui aide plus de 12 000 enfants dans le monde. Par son biais, parrainer un enfant revient à 22 euros par mois (le parrainage est partiellement déductible des impôts).

Nourriture, soins, études

20 % de la somme que vous donnez reste en France pour couvrir les frais de fonctionnement de l'association. Le CFPE insiste sur la possibilité d'interrompre à tout moment le parrainage. Néanmoins, il vaut mieux prévoir un engagement dans la durée (un an au minimum). Les sommes que vous destinez à votre filleul lui permettront d'être nourri, soigné, d'aller en classe. Les associations de parrainage privilégient les actions de développement à long terme. À ce titre, la scolarisation fait partie des priorités.

Une relation qui engage

Chaque parrain connaît le nom, le visage, et les conditions de vie de son filleul. L'association lui permet de suivre ses progrès et d'entrer en contact avec lui, par le biais d'une correspondance, l'envoi de dessins ou de photos… La qualité de la relation est évidemment aléatoire.

Étienne Gallo raconte : "Si on ne connaît pas son filleul en chair et en os, on trouve parfois que les lettres sont artificielles, succinctes et répétitives. " Comment s'en étonner ? L'enfant ne connaît pas son parrain…

Mais un lien plus profond peut s'établir si l'on rend visite à son filleul dans son pays (ce qui n'est pas donné à tout le monde). Étienne Gallo a vu le petit Thaï six fois en deux ans. "Je l'emmène manger, je l'emmène à la plage. Au début, il ne comprenait pas trop qui j'étais. Après, il me présentait carrément comme son père ! Il va mieux, parce qu'il sait que quelqu'un le soutient."

Délicat à gérer, cependant, le fait que les rapports soient médiatisés par l'argent. "Les filleuls nous croient très riches. J'ai dû expliquer au mien que je ne pourrais pas lui offrir un vélo et une guitare pour son anniversaire", se souvient Colette Lefebvre. Avant de reprendre, pour insister sur l'aspect affectif : "Il ne s'agit pas d'une action humanitaire anonyme. Les enfants sont très tristes quand le parrain n'envoie jamais de courrier."

Il faut donc savoir à quoi l'on s'engage. Sans pour autant renoncer par peur d'être pris au piège : quand un parrain "démissionne", le CFPE cherche un relais pour son filleul. Et si l'on n'a pas les moyens de rencontrer son filleul, on lui aura au moins permis de grandir dans des conditions acceptables…

Les relations directes, la meilleure des garanties

Le CFPE est membre du Comité de la charte "Donner en confiance" (Charte de déontologie des organisations sociales et humanitaires faisant appel à la générosité du public). Pour être agréé, il faut satisfaire à certaines conditions : transparence financière, loyauté des messages émis lors des collectes de fonds, utilisation des fonds conforme aux objectifs annoncés, conformité aux statuts et gestion désintéressée. Parmi les membres agréés, on peut citer, aux côtés du CFPE, Médecins du Monde ou le Secours catholique… À défaut d'une garantie de ce type, vérifiez que les statuts de l'association à laquelle vous vous adressez imposent un contrôle et une publication annuels des comptes par un commissaire aux comptes indépendant.

Le Comité de la charte "Donner en confiance" ne se prononce pas sur l'opportunité des missions, ni sur l'efficacité des actions. Il ne dispose pas de correspondants sur le terrain. Mais, pour ce qui est du parrainage, les donateurs peuvent, eux-mêmes, aller voir leur filleul, et c'est la meilleure des garanties !

Colette Lefebvre parraine un enfant avec le CFPE. Elle s'est rendue au Pérou et témoigne : "Le CFPE transmet l'argent que je donne à une religieuse. C'est elle qui contacte la famille de mon filleul, lui remet la somme, et veille à sa bonne utilisation. La priorité, c'est que Juan aille à l'école. Après, s'il reste un peu d'argent, il peut servir à toute la famille." Pour Étienne Gallo, qui profite de ses déplacements professionnels pour aller voir son filleul au Vietnam, les choses sont un peu différentes : il parraine un enfant, mais l'argent qu'il envoie sert, de manière plus globale, à l'entretien de l'école fréquentée par son filleul. "J'ai vu les chaises que les religieuses ont achetées pour l'école, dit-il. Il serait inutile de donner l'argent à la famille de Thaï : sa mère (que j'ai rencontrée) ne s'occupe pas de lui…"

Au CFPE, on explique que l'association achemine effectivement les dons jusqu'aux correspondants sur le terrain, des religieuses, mais aussi des infirmières, des enseignants… tous bénévoles. Les correspondants sont chargés de gérer les sommes ; ils doivent transmettre un compte rendu de leur utilisation, et envoyer les factures. Colette Lefebvre a plus d'une fois expérimenté le sérieux du circuit : "Je suis en contact avec d'autres parrains. Parfois, le parrainage a été arrêté, parce que la famille employait mal l'argent destiné à l'enfant."