Travailler plus longtemps, est-ce toujours une bonne solution  ?

À l’approche de l’âge légal de départ en retraite, il est opportun de se demander s’il faut faire valoir ses droits à la retraite ou, a contrario, rester salarié quelques années de plus. Nos conseils pour choisir l’option la plus adaptée à votre profil.

Retrouvez ce contenu dans votre compte en cliquant sur ce lien

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris dans votre compte

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
10mn de lecture
Faut-il travailler plus longtemps ?

La poursuite de son activité professionnelle permet, à l’évidence, de booster sa future pension de retraite grâce à l’acquisition de trimestres et de points de retraite supplémentaires. Mais encore faut-il mesurer à sa juste valeur l’impact financier d’un tel projet.

Le taux plein : un critère essentiel ?

La plupart des salariés seniors qui approchent de l’âge légal de départ en retraite (62 ans pour toutes les personnes nées en 1955 ou après, sauf dispositifs de retraite anticipée) ont un objectif en tête : atteindre le taux plein pour optimiser le montant de leurs futures pensions. Ce taux plein concerne la retraite de base versée par l’Assurance retraite (également connue sous le nom de régime général). Cette dernière ne constitue qu’une partie de la future pension d’un salarié du secteur privé ou du secteur agricole, puisqu’elle est systématiquement complétée par une retraite versée par les caisses complémentaires Arrco et, pour les salariés qui ont le statut de cadre ou assimilé, par les caisses Agirc.

Le taux plein de cette retraite de base est égal à 50 % du salaire annuel moyen de l’assuré. Pour en bénéficier, chaque salarié doit avoir engrangé au cours de sa carrière professionnelle un certain nombre de trimestres d’assurance retraite :

  • 166 pour une personne née en 1955, 1956 ou 1957 ;
  • 167 pour une personne née en 1958, 1959 ou 1960 et ainsi de suite ;
  • jusqu’à 172 points pour les personnes nées en 1973 ou après.

Comme on ne peut totaliser que quatre trimestres retraite par an (y compris si l’on exerce une seconde activité sous un statut professionnel éventuellement différent, par exemple celui de micro-entrepreneur), seules les personnes qui ont commencé à travailler relativement tôt (Qui peut encore partir avant 62 ans ? Cliquer ici) et sans discontinuer peuvent partir à taux plein dès qu’elles franchissent le cap de leurs 62 ans.

Celles dont la carrière professionnelle a été heurtée (périodes de chômage indemnisé ou de maladie, etc.) peuvent, sous certaines conditions, se voir attribuer des trimestres retraite.

La décote, une minorisation pérenne et pénalisante

Cette solidarité ne vaut toutefois pas si, pour une raison ou une autre, vous avez insuffisamment cotisé à l’Assurance retraite en raison d’une entrée tardive sur le marché du travail ou, par exemple, d’un congé parental de plusieurs années.

«Dès ses 62 ans, une personne peut tout de même faire valoir ses droits à la retraite, surtout si son patrimoine est bien établi ou si elle a pour priorité de profiter de la vie avec son conjoint déjà retraité», souligne Emmanuel Grimaud, président de Maximis retraite et Simul-retraite.fr.

Bientôt ou déjà à la retraite : recevez nos articles par email
Chaque semaine, recevez les dernières actualités "retraite" pour faire les bons choix !

Dans ce cas, le taux de calcul de la pension de base diminue de - 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres (c’est la décote), et son montant est proratisé selon le nombre de trimestres manquants.

Par exemple, un salarié né en 1956, dont le salaire annuel moyen serait de 24 000 euros et dont la durée d’assurance serait de 156 trimestres (sur 166) verrait sa retraite de base ramenée à 9 859 euros par an, au lieu de 12 000 euros si elle était calculée à taux plein, soit 18 % en moins. Sans oublier les minorations viagères qui seront à leur tour appliquées sur ses pensions complémentaires...

La surcote, un bonus a priori attractif

Si vous atteignez le taux plein dès vos 62 ans, vous pouvez souhaiter rester salarié quelques années de plus pour diverses raisons soit personnelles (votre conjoint est plus jeune et vous n’avez pour le moment aucun projet précis, vous êtes particulièrement investi dans votre travail et n’entendez pas lâcher les projets en cours...), soit sociales (vous n’envisagez pas encore la vie sans vos collègues...), soit financières (vous souhaitez emprunter, vous avez des enfants encore jeunes...). Vous continuerez ainsi à bénéficier d’un salaire plus élevé que votre future pension de retraite dans la majorité des cas, de la protection sociale de votre entreprise (capital décès, complémentaire santé, etc.), ainsi que d’autres avantages éventuels que cette dernière propose, comme la participation aux bénéfices et les prestations du comité d’entreprise.

Côté retraite, votre pension de base sera majorée d’une surcote égale à + 1,25 %par trimestre calendaire cotisé en plus (soit + 5 % pour une année) et vous continuez à engranger des points de retraite complémentaires, ce qui se traduira, au bout du compte, par de meilleures pensions. Si vous êtes né en 1957 ou après, travailler au moins quatre trimestres au-delà de votre âge de taux plein vous permettra par ailleurs d’échapper au malus temporaire, qui sera mis en place sur les pensions de retraite complémentaires à partir du 1er janvier prochain. Ce malus, qui sera de 10 % pendant trois ans, s’appliquera également aux longues carrières (personnes ayant cotisé à l’Assurance retraite au moins cinq trimestres avant leur vingtième anniversaire) qui peuvent, à ce titre, partir en retraite dès 60 ans.

«Pour autant, faites vos calculs avant de prendre quelque décision que ce soit, car rester salarié, de surcroît à temps plein, n’est pas forcément la meilleure option pour tout le monde», conseille Emmanuel Grimaud.

Une chose est sûre : ce qui peut être avantageux pour quelqu’un, même si son salaire est identique au vôtre en fin de carrière, ne l’est pas nécessairement pour vous. Chaque situation est à mesurer en regard du déroulé professionnel, du statut (cadre ou non), de l’ensemble des salaires, des cotisations retraite ayant été prélevées et, entre autres, du nombre d’enfants que l’on a eus (les mères de famille se voient attribuer huit trimestres par enfant né ou adopté avant le 1er janvier 2010). Il n’existe pas de règle absolue : travailler quelques années en plus est intéressant pour certains, peu probant pour d’autres...

Retravailler ensuite, pourquoi pas ?

Percevoir ses pensions dès l’âge légal et à taux plein, puis travailler à nouveau permet de véritablement booster ses revenus. Dans le cadre du cumul emploi retraite intégral, il est possible de percevoir de façon illimitée de nouveaux salaires ou honoraires...

« Cette option est de loin la plus souple et la plus intéressante financièrement. Je la conseille dans 9 cas sur 10, car, même à temps partiel et sur une durée limitée, on bénéficie d’un gain de revenus significatif », affirme Emmanuel Grimaud.

Pensez à la retraite progressive

Vous travaillez à temps partiel en fin de carrière et vous percevez, en plus de votre salaire, une fraction de vos retraites de base et complémentaires, calculée selon la durée de votre temps partiel. « La retraite progressive présente un réel intérêt à 60 ans, commente Françoise Kleinbauer. Si l’on ne peut pas bénéficier d’une retraite anticipée pour carrière longue, on peut rester actif plus longtemps en réduisant sa charge de travail, et obtenir ses trimestres pour une retraite à taux plein. » Autres avantages : vous continuez à acquérir des droits, et vous pouvez demander à cotiser sur la base d’un salaire à temps plein.

Le bémol : la durée légale du travail doit être exprimée en heures réparties sur la semaine ou le mois. « Or, les contrats des cadres en forfaits-jours sur l’année ne répondent pas à ce critère », précise Françoise Kleinbauer. Lors du passage à temps partiel, il faut prévoir que l'avenant ou le nouveau contrat de travail mentionne une répartition hebdomadaire ou mensuelle de la durée du travail.

Les conditions : avoir au moins 60 ans ; réunir au moins 150 trimestres, tous régimes confondus ; exercer une ou plusieurs activités à temps partiel d’une durée comprise entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle du travail ; obtenir l’accord de votre employeur si vous travaillez à temps plein. Si vous êtes déjà à temps partiel, rien ne vous empêche de demander une retraite progressive.

À noter : à l’arrêt de votre activité, le montant de votre retraite sera recalculé en tenant compte des cotisations versées pendant votre retraite progressive.

L’impact de la retraite progressive : par exemple, si Stéphanie choisit de partir en retraite progressive à 60 ans, le 1er octobre 2017, elle percevra 94 % de son revenu annuel net en travaillant à 80 %, et 86 % en travaillant à mi-temps.

Le rachat de trimestres pour partir à taux plain

Sous conditions, vous rachetez un ou plusieurs trimestres dans le régime de base si vous n’avez pas, à partir de l’âge légal, la durée requise pour le taux plein. Vous évitez ainsi une pension minorée« Cette opération ne doit être envisagée que lorsqu’on est sûr de sa date de départ à la retraite pour ne pas racheter inutilement si, finalement, on décide de prolonger son activité, explique Françoise Kleinbauer. Au moins un an et demi avant votre départ, évaluez avec un expert retraite la rentabilité de ce rachat, qui dépend complètement de votre carrière et de votre taux d’imposition. » Autre avantage : les cotisations versées sont déductibles du revenu imposable.

Les conditions : vous pouvez racheter dans la limite de 12 trimestres : des années incomplètes (par exemple, si on a 2 trimestres au lieu de 4 sur une année) ; des années d’études supérieures sanctionnées par un diplôme.

Le coût : le rachat s’effectue selon deux options. L’une améliore le taux de votre retraite (option 1), la seconde augmente le taux et la durée d’assurance dans le régime général (option 2). Le coût du rachat dépend d’un barème qui tient compte de vos revenus, de votre âge et de l’option choisie.

Par exemple, Pierre, salarié cadre, est né en janvier 1960. Son salaire brut annuel s’élève à 61 659 €. Il totalisera ses 167 trimestres au 1er avril 2023, à 63 ans et 1 mois. Le montant de sa retraite annuelle nette globale est estimé à 30 956 € (hors malus sur les retraites complémentaires).

En rachetant 4 trimestres, il peut partir dès 62 ans et 1 mois. Avec l’option 1, sa retraite annuelle nette après rachat est de 29 769 €, et le coût du rachat (impact fiscal déduit) de 11 586 € amortis en 8 ans. Avec l’option 2, sa retraite annuelle nette après rachat est de 30 204 €, et le coût du rachat (impact fiscal déduit) de 17 170 € amortis en 10 ans.

La majoration d'un an de la retraite complémentaire

Si vous êtes né en 1957 ou après, vous êtes concerné par le « malus » des régimes complémentaires Agirc-Arrco, sauf si vous différez d’un an la date à laquelle vous pourriez prétendre au taux plein. « En plus, vous bénéficiez d’une surcote de 5 % sur votre retraite de base, indique Fanny Guillou Marre, expert retraite Agirc-Arrco. Et si vous reculez votre départ de deux ans ou plus, votre retraite complémentaire est majorée de 10 % à 30 % pendant un an et la surcote de votre pension du régime général augmente. »

Les conditions : pendant un an : + 10 % de la retraite complémentaire pour un départ différé de 2 ans par rapport au taux plein ; + 20 % pour un report de 3 ans ; + 30 % pour un report de 4 ans.

Le calcul : par exemple, Anne est née le 1er mai 1957. Elle peut partir à taux plein au régime général le 1er mai 2019. Sa retraite serait de 1 600 €/mois (régime général + retraite Arrco). En partant 2 ans plus tard (au 1er mai 2021), elle sera de 1 782 €/mois pendant un an, puis de 1 730 € par mois (retraite Agirc-Arrco avec 10 % pendant un an et des points pendant 2 ans de poursuite d’activité, et retraite de base avec une surcote de 10 %), soit un gain de 1 560 € par an auquel s’ajoutent 624 € pendant 1 an.

df
Roselyne Poznanski
Mis à jour le

Partager cet article :