Travailler plus longtemps, est-ce toujours une bonne solution ?

À l’approche de l’âge légal de départ en retraite, il est opportun de se demander s’il faut faire valoir ses droits à la retraite ou, a contrario, rester salarié quelques années de plus. Nos conseils pour choisir l’option la plus adaptée à votre profil.

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Le cumul emploi retraite permet, sous conditions, de cumuler intégralement pensions et revenus.
Le cumul emploi retraite permet, sous conditions, de cumuler intégralement pensions et revenus.

La poursuite de son activité professionnelle permet, à l’évidence, de booster sa future pension de retraite grâce à l’acquisition de trimestres et de points de retraite supplémentaires. Mais encore faut-il mesurer à sa juste valeur l’impact financier d’un tel projet.

Le taux plein : un critère essentiel

La plupart des salariés seniors qui approchent de l’âge légal de départ en retraite (62 ans pour toutes les personnes nées en 1955 ou après, sauf dispositifs de retraite anticipée) ont un objectif en tête : atteindre le taux plein pour optimiser le montant de leurs futures pensions. Ce taux plein concerne la retraite de base versée par l’Assurance retraite (également connue sous le nom de régime général). Cette dernière ne constitue qu’une partie de la future pension d’un salarié du secteur privé ou du secteur agricole, puisqu’elle est systématiquement complétée par une retraite versée par les caisses complémentaires Arrco et, pour les salariés qui ont le statut de cadre ou assimilé, par les caisses Agirc.

Le taux plein de cette retraite de base est égal à 50 % du salaire annuel moyen de l’assuré. Pour en bénéficier, chaque salarié doit avoir engrangé au cours de sa carrière professionnelle un certain nombre de trimestres d’assurance retraite :

  • 166 pour une personne née en 1955, 1956 ou 1957 ;
  • 167 pour une personne née en 1958, 1959 ou 1960 et ainsi de suite ;
  • jusqu’à 172 points pour les personnes nées en 1973 ou après.

Comme on ne peut totaliser que quatre trimestres retraite par an (y compris si l’on exerce une seconde activité sous un statut professionnel éventuellement différent, par exemple celui de micro-entrepreneur), seules les personnes qui ont commencé à travailler relativement tôt (Qui peut encore partir avant 62 ans ? Cliquer ici) et sans discontinuer peuvent partir à taux plein dès qu’elles franchissent le cap de leurs 62 ans.

Celles dont la carrière professionnelle a été heurtée (périodes de chômage indemnisé ou de maladie, etc.) peuvent, sous certaines conditions, se voir attribuer des trimestres retraite.

La décote, une minorisation pérenne et pénalisante

Cette solidarité ne vaut toutefois pas si, pour une raison ou une autre, vous avez insuffisamment cotisé à l’Assurance retraite en raison d’une entrée tardive sur le marché du travail ou, par exemple, d’un congé parental de plusieurs années.

«Dès ses 62 ans, une personne peut tout de même faire valoir ses droits à la retraite, surtout 
si son patrimoine est bien établi ou si elle a pour priorité de profiter de la vie avec son conjoint déjà retraité», souligne Emmanuel Grimaud, président de Maximis retraite et Simul-retraite.fr.

Dans ce cas, le taux de calcul de la pension de base diminue de - 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres (c’est la décote), et son montant est proratisé selon le nombre de trimestres manquants.

Par exemple, un salarié né en 1956, dont le salaire annuel moyen serait de 24 000 euros et dont la durée d’assurance serait de 156 trimestres (sur 166) verrait sa retraite de base ramenée à 9 859 euros par an, au lieu de 12 000 euros si elle était calculée à taux plein, soit 18 % en moins. Sans oublier les minorations viagères qui seront à leur tour appliquées sur ses pensions complémentaires...

La surcote, un bonus a priori attractif

Si vous atteignez le taux plein dès vos 62 ans, vous pouvez souhaiter rester salarié quelques années de plus pour diverses raisons soit personnelles (votre conjoint est plus jeune et vous n’avez pour le moment aucun projet précis, vous êtes particulièrement investi dans votre travail et n’entendez pas lâcher les projets en cours...), soit sociales (vous n’envisagez pas encore la vie sans vos collègues...), soit financières (vous souhaitez emprunter, vous avez des enfants encore jeunes...). Vous continuerez ainsi à bénéficier d’un salaire plus élevé que votre future pension de retraite dans la majorité des cas, de la protection sociale de votre entreprise (capital décès, complémentaire santé, etc.), ainsi que d’autres avantages éventuels que cette dernière propose, comme la participation aux bénéfices et les prestations du comité d’entreprise.


Côté retraite, votre pension de base sera majorée d’une surcote égale à + 1,25 % par trimestre calendaire cotisé en plus (soit + 5 % pour une année) et vous continuez à engranger des points de retraite complémentaires, ce qui se traduira, au bout du compte, par de meilleures pensions. Si vous êtes né en 1957 ou après, travailler au moins quatre trimestres au-delà de votre âge de taux plein vous permettra par ailleurs d’échapper au malus temporaire, qui sera mis en place sur les pensions de retraite complémentaires à partir du 1er janvier prochain. Ce malus, qui sera de 10 % pendant trois ans, s’appliquera également aux longues carrières (personnes ayant cotisé à l’Assurance retraite au moins cinq trimestres avant leur vingtième anniversaire) qui peuvent, à ce titre, partir en retraite dès 60 ans.

«Pour autant, faites vos calculs avant de prendre quelque décision que ce soit, car rester salarié, de surcroît à temps plein, n’est pas forcément la meilleure option pour tout le monde», conseille Emmanuel Grimaud.

Une chose est sûre : ce qui peut être avantageux pour quelqu’un, même si son salaire est identique au vôtre en fin de carrière, ne l’est pas nécessairement pour vous. Chaque situation est à mesurer en regard du déroulé professionnel, du statut (cadre ou non), de l’ensemble des salaires, des cotisations retraite ayant été prélevées et, entre autres, du nombre d’enfants que l’on a eus (les mères de famille se voient attribuer huit trimestres par enfant né ou adopté avant le 1er janvier 2010). Il n’existe pas de règle absolue : travailler quelques années en plus est intéressant pour certains, peu probant pour d’autres...

Retravailler ensuite, pourquoi pas ?

Percevoir ses pensions dès l’âge légal et à taux plein, puis travailler à nouveau permet de véritablement booster ses revenus. Dans le cadre du cumul emploi retraite intégral, il est possible de percevoir de façon illimitée de nouveaux salaires ou honoraires...

« Cette option est de loin 
la plus souple et la plus intéressante financièrement. Je la conseille dans 9 cas sur 10, car, même à temps partiel et sur une durée limitée, on bénéficie d’un gain de revenus significatif », affirme Emmanuel Grimaud.

Pensez à la retraite progressive

Dès 60 ans, sous certaines conditions, vous pouvez travailler moins (avec l’accord de l’employeur) et percevoir une pension dite « de retraite progressive » qui compense pour partie le manque à gagner côté salaire. Ce dispositif est vraiment intéressant car il permet de surcoter. À une condition : les cotisations retraite (base et complémentaires) doivent continuer à être prélevées sur la base d’un temps plein, ce qui suppose, là aussi, l’accord de l’employeur.

df
Roselyne Poznanski
Mis à jour le

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