Retraite : partirez-vous au taux plein, avec une décote ou une surcote ?

Partir dès l’âge légal – 62 ans le plus souvent –, c’est tentant. Mais vous n’avez peut-être pas cotisé suffisamment longtemps pour bénéficier d’une pension sans décote. Dans ce cas, elle sera réduite définitivement. Est-ce vraiment pénalisant? Vous pouvez aussi bénéficier d'une surcote en continuant à travailler. Nos explications pour faire les bons calculs. 

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Le nombre de trimestres nécessaires à l'obtention du taux plein dépend de votre année de naissance.
© adobestock

Partir à taux plein

Le taux est ce qui permet de calculer le montant de la retraite de base puisque, pour les salariés, artisans ou commerçants, elle est fixée grâce à l’équation suivante : revenu professionnel moyen × taux × (durée d’assurance dans le régime des salariés ÷ durée d’assurance exigée tous régimes confondus selon votre année de naissance). Au maximum, le taux s’élève à 50%. C’est ce que l’on appelle le taux plein, qui permet de prendre sa retraite sans minoration (décote). En simplifiant, cela revient à dire, par exemple, que si vous avez cotisé toute votre carrière dans le régime des salariés, votre retraite de base sera égale à la moitié du salaire de référence retenu (votre salaire est pris en compte chaque année dans la limite du plafond de la Sécurité sociale).

 Vous avez le nombre de trimestres requis

> Pour bénéficier de ce taux de 50 %, vous devez avoir été assuré à un régime de retraite pendant un certain nombre de trimestres qui varie en fonction de votre âge (voir le tableau ci-dessous). Par exemple, un salarié né en 1960 bénéficie du taux plein à condition d’avoir été assuré, tous régimes confondus, pendant 167 trimestres. Dès qu’il a atteint l’âge légal de départ à la retraite (62 ans, en général) et ses 167 trimestres, il peut partir avec le taux plein. Peu importe qu’il ait par exemple  validé 50 trimestres comme commerçant et le reste comme salarié.

LES TRIMESTRES D'ASSURANCE NÉCESSAIRES POUR AVOIR LE TAUX PLEIN (régime général et assimilés)

Année de naissance

Nombre de trimestres exigés

1951 

163

1952

164

1953-1954

165

1955-1956-1957

166

1958-1959-1960

167

1961-1962-1963

168

1964-1965-1966

169

1967-1968-1969

170

1970-1971-1972

171

À partir de 1973

172

Vous avez l’âge du taux plein automatique

> Même sans disposer des trimestres requis, vous pouvez tout de même obtenir le taux plein à condition de ne prendre votre retraite qu’à l’âge auquel il est accordé automatiquement, quelle que soit la durée d’assurance, c’est-à-dire à 67 ans pour tous ceux qui sont nés à partir de 1955. Toutefois, si vous êtes né en 1954, le taux plein est automatique à 66 ans et 7 mois; né en 1953, le taux plein est à 66 ans et 2 mois; né en 1952, le taux plein est à 65 ans et 9 mois; né entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1951, le taux plein est à 65 ans et 4 mois; né avant le 1er juillet 1951, le taux plein est à 65 ans.

Par ailleurs, le taux plein automatique est resté fixé à 65 ans si :

  • vous êtes né entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1955 inclus, vous avez eu ou élevé au moins trois enfants et vous avez interrompu ou réduit votre activité professionnelle pour vous consacrer à l’éducation d’au moins l’un d’entre eux ;
  • vous avez interrompu votre activité professionnelle pendant au moins 30 mois consécutifs soit en qualité d’aidant familial, soit en tant que tiers auprès d’une personne handicapée au taux d’incapacité d’au moins 80% et percevant l’allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP) ;
  • vous avez été, pendant au moins 30 mois, salarié ou aidant de votre enfant bénéficiaire de la prestation de compensation du handicap (PCH) dans le cadre du dispositif prévu en cas d’aide humaine ;
  • vous êtes reconnu handicapé à un taux d’incapacité supérieur à 50% et vous ne remplissez pas les conditions pour bénéficier du droit à la retraite anticipée pour handicap ;
  • vous justifiez d’au moins un trimestre au titre de la majoration de durée d’assurance pour enfant handicapé.
  • Enfin, le taux plein est accordé dès 62 ans si vous êtes reconnu inapte au travail, et même dès 60 ans si vous avez droit à la retraite anticipée pour pénibilité.

Ne confondez pas taux plein et retraite pleine

> Si vous avez cotisé à différents régimes, par exemple comme salarié puis en profession libérale, vous obtenez le taux plein lorsque vous avez cumulé au total le nombre requis de trimestres, mais cela ne vous donne pas droit pour autant à une retraite pleine dans chaque régime. «Le régime des salariés calculera votre retraite de base au prorata des trimestres cotisés chez lui (ce ne sera pas la retraite pleine) et l’autre régime en fera autant pour la pension qu’il vous versera», explique Philippe Bainville, expert retraite à la CNAV.

> Vous n’aurez pas non plus la retraite pleine si vous atteignez l’âge de taux plein automatique, sans pour autant totaliser le nombre de trimestres requis. Par exemple, si vous n’avez cotisé que 120 trimestres alors que, pour votre génération, il en faudrait 160, votre retraite sera réduite au prorata des trimestres manquants. Vous ne disposez que de 75% de la durée d’assurance requise (120 ÷ 160 trimestres). Votre retraite représentera donc 50% de 75% de votre salaire annuel moyen des meilleures années, et vous percevrez 37,5% de ce dernier.

Partir avant le taux plein

> C’est désormais la règle dans tous les régimes de retraite : si vous partez alors que vous n’avez pas cotisé assez de trimestres pour atteindre le nombre requis (tous régimes confondus et pas seulement dans le dernier régime auquel vous avez cotisé) et que vous n’avez pas l’âge du taux plein automatique, votre pension de base sera réduite. Cette minoration s’appliquera à votre pension votre vie durant.

La décote

> Quel que soit le régime, le taux qui sert à calculer votre retraite sera diminué le plus souvent de 1,25% par trimestre manquant (soit 5% par an) pour avoir le nombre de trimestres requis ou pour atteindre l’âge du taux plein automatique (67 ans, en général, sauf cas particuliers). «Toutefois, cette décote est plafonnée à 20 trimestres», rappelle Rémy Gautier de Simul-retraite.fr. Par exemple, pour un salarié auquel il manque dix trimestres, la décote sera de 10 × 1,25%, soit 12,5%. Si sa retraite devait être de 16000 euros par an à taux plein (avec tous ses trimestres ou, à défaut, à 67 ans) mais qu’il demande sa retraite de base sans attendre, cette pension ne sera plus que de 16000 euros − 12,5 %, soit 14000 euros à cause de la décote des dix trimestres.

> Les critères peuvent être différents dans certains cas particuliers (pas de décote, par exemple, pour les départs anticipés pour carrière longue). Pour les salariés, le taux minimum de calcul de la retraite, quel que soit le nombre de trimestres est de 37,5%.

PENSEZ-Y : l’Agirc-Arrco propose de simuler votre retraite en fonction de l’âge auquel vous la prendrez, en évaluant l’impact de la décote, de la surcote ou du bonus-malus temporaire sur Calculette-retraite.agirc-arrco.fr.

Pour les fonctionnaires, 75% du dernier traitement

> La retraite de base des fonctionnaires est égale à 75 % de leur traitement des six derniers mois (hors prime), s’ils remplissent la durée d’assurance requise. Pour le personnel sédentaire de la fonction publique, il faut par exemple avoir cumulé, tous régimes confondus, 167 trimestres pour les personnes nées en 1958, 1959 ou 1960. Le nombre requis passe à 168 trimestres pour les personnes nées en 1961 ou 1962.

CAS PRATIQUE 

André, né le 9 septembre 1957, salarié du privé.
> Salaire brut annuel : 35759 € (soit 2292 € net par mois).
> Âge légal de départ à la retraite : 62 ans, départ possible le 1er octobre 2019.
> Nombre de trimestres acquis : 154, soit 12 trimestres de moins
que ceux requis pour le taux plein pour sa génération (166).
> Coût du rachat de 12 trimestres : au titre des années d’études pour un effet sur le taux seul,
51192 € déductibles de son revenu imposable.

 

Montant de ses pensions de retraite (net par mois)*

• Il prend sa retraite à 62 ans

1540 € à vie

• Il rachète les 12 trimestres manquants et part à 62 ans

1733 € pendant trois ans (malus Agirc-Arrco), puis 1791 € à vie

• Il continue à travailler jusqu’à 65 ans sans racheter de trimestres

1916 € pendant deux ans (malus Agirc-Arrco), puis 1978 € à vie

> Il continue jusqu’à 66 ans sans racheter de trimestres

2078 € (surcote et points Agirc-Arrco supplémentaires) à vie

> Il continue jusqu’à 67 ans sans racheter de trimestres

2226 € pendant un an (bonus Agirc-Arrco), puis 2161 € à vie.

* Hors revalorisation ultérieure. Simulation réalisée par Maximis.

La proratisation de la retraite

> Dans certains régimes, comme celui des salariés, artisans et commerçants, si vous partez sans avoir tous vos trimestres (et même si vous attendez 67 ans pour avoir le taux plein automatique), votre pension sera également minorée parce qu’elle est proratisée, c’est-à-dire réduite au prorata du nombre de trimestres validés dans le régime, par rapport au nombre de trimestres requis tous régimes confondus.

> Pour mémoire, la formule de calcul est : revenu professionnel moyen × taux × (durée d’assurance dans le régime des salariés ÷ durée d’assurance exigée tous régimes confondus en fonction de votre année de naissance). Par exemple, si vous avez validé 157 trimestres dans le régime des salariés alors qu’il vous en fallait 167 pour avoir une retraite de base de salarié intégrale, la formule est multipliée par (157 ÷ 167). Autrement dit, la pension est réduite à 94%.

L'impact sur la retraite complémentaire

> Les caisses de retraite complémentaire, elles aussi, prévoient souvent des décotes si vous partez sans tous les trimestres requis ou avant un âge donné. C’est le cas notamment à l’Agirc-Arrco, lorsque vous ne remplissez pas les conditions de départ à taux plein pour la retraite de base. «Par exemple, si un salarié part un an avant l’âge du taux plein automatique, l’abattement sur la retraite complémentaire sera de 4 %. Cela signifie que vous percevrez 96% du montant qui aurait pu vous être versé si vous aviez eu le taux plein», explique Aurélie Biteau, de l’Agirc-Arrco. Le coefficient de la décote est différent s’il vous manque seulement quelques trimestres pour avoir droit à la retraite à taux plein avant 67 ans. La solution la plus favorable pour vous sera retenue.

Le malus temporaire de l’Agirc-Arrco

> Depuis 2019, de surcroît, un autre dispositif pénalise temporairement les salariés qui prennent leur retraite dès qu’ils ont le taux plein. L’objectif est de protéger l’équilibre financier de l’Agirc-Arrco. Sont concernées les personnes nées à compter du 1er janvier 1957 qui ont atteint le taux plein dans leur régime de base (avec tous leurs trimestres) à partir de 2019 mais qui n’ont pas encore 67 ans. Si un salarié demande sa retraite de base dès qu’il peut le faire à taux plein parce qu’il totalise le nombre de trimestres requis, et liquide en même temps sa retraite complémentaire, celle-ci est minorée de 10 % par an pendant trois ans. Officiellement baptisée “coefficient de solidarité”, cette réduction n’est pas définitive. La quatrième année après le départ à la retraite, elle disparaît. Elle est aussi supprimée dès que le retraité fête ses 67 ans. Pour y échapper, il faut travailler un an de plus. Le salarié qui diffère la liquidation de sa retraite d’un an alors qu’il peut en profiter à taux plein ne subit en effet aucune minoration temporaire de sa complémentaire. Mieux, celle-ci augmente puisqu’il cotise pour des points supplémentaires. De plus, il peut profiter de la surcote pour sa retraite de base.

> Certaines personnes ne sont pas concernées par ce malus temporaire et reçoivent leur retraite complémentaire intégralement même si elles partent dès qu’elles ont le taux plein. «Ce sont les retraités exonérés totalement de CSG (pour ceux qui en sont exonérés partiellement, le malus est réduit de  moitié), les personnes qui prennent leur retraite au titre du dispositif amiante ou de l’inaptitude au travail ou des assurés handicapés, ou encore les retraités ayant élevé un enfant handicapé, ainsi que les aidants familiaux», précise Didier Pensec de l’Agirc-Arrco.

> Depuis le 1er novembre dernier, l’exonération de malus a été étendue aux chômeurs en fin de droits bénéficiaires de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) à la veille de leur retraite, et aux personnes en incapacité de travail au taux de 20% ou plus à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, ou qui bénéficient d’une pension d’invalidité de deuxième ou troisième catégorie, et des personnes qui ont bénéficié  de l’allocation adulte handicapé (AAH).

ATTENTION ! Ces nouveaux cas peuvent avoir un effet rétroactif. Si vous êtes déjà parti à la retraite avec un malus alors que vous étiez dans l’une de ces quatre situations, vous avez jusqu’au 31 décembre 2019 pour demander à en être finalement exonéré.

PENSEZ-Y : sur Lassuranceretraite.fr, site internet officiel de la retraite de la Sécurité sociale, vous pouvez simuler l’impact d’un rachat de trimestres sur votre pension de salarié.

PARTIR OU TRAVAILLER UN AN DE PLUS, COMMENT CHOISIR ?

Cela dépend de vos impératifs personnels. Pour certains, travailler un an de plus ne pose pas de problème majeur, alors que d’autres, moins épanouis dans leurs fonctions, préféreront cesser leur activité sans délai, même si cela implique une retraite complémentaire minorée pendant trois ans. «Il est d’ailleurs parfois possible, quand l’entreprise souhaite voir le salarié partir sans attendre, de négocier qu’elle compense la perte de pension», souligne Rémy Gautier de Maximis retraite.

Partir après le taux plein

La surcote de la retraite de base

> Si vous continuez à travailler alors que vous avez déjà l’âge légal pour partir et que vous pourriez prendre votre retraite à taux plein, votre retraite de base sera majorée votre vie durant. C’est la surcote. Dans la plupart des régimes de base, cette majoration est égale à 1,25% par trimestre civil (90 jours) travaillé en plus, c’est-à-dire 5 % par an. Seuls les trimestres donnant lieu à cotisation comptent, pas les trimestres assimilés (congé maternité, maladie, chômage). Ainsi, pour une retraite de base de 1300 euros par mois, la surcote est de 65 euros par mois (1300 × 5%) pour une année travaillée en plus, de 130 euros par mois pour deux ans supplémentaires, etc. Toutefois, par exception, la surcote s’élève à 0,75% pour la retraite de base des professions libérales, mais les trimestres assimilés donnent également droit à cette surcote.

> En général, les régimes complémentaires ne prévoient pas de surcote viagère pour les personnes qui ont continué à travailler. Mais en poursuivant leur activité, elles continuent à engranger des points de retraite complémentaire.

Le bonus de l’Agirc-Arrco

> Les salariés peuvent avoir un intérêt à partir après avoir obtenu le taux plein au regard de la retraite complémentaire : éviter le malus de l’Agirc-Arrco, une minoration temporaire de la pension complémentaire de 10% pendant trois ans maximum. Si un salarié travaille un an de plus après la date à laquelle il pourrait prendre sa retraite de base à taux plein, il ne subit pas ce malus pour sa complémentaire. Mais surtout, s’il poursuit son activité au-delà d’une année, il a droit à une majoration de sa pension pendant un an. Ainsi, sa retraite complémentaire augmente de 10% pendant un an s’il a travaillé deux ans de plus après avoir obtenu le taux plein, 20% s’il a travaillé trois ans, et 30 % pour quatre ans. Dans tous les cas, cette hausse de la pension n’est accordée… que pour une année.

Une majoration de la durée d’assurance

> Certaines personnes, loin d’avoir le nombre de trimestres requis, doivent attendre 67 ans pour prendre leur retraite de base à taux plein. Dans ce cas, il n’y a plus de décote, mais la pension est plus faible que si tous les trimestres avaient été réunis. En effet, dans le régime des salariés et les régimes alignés (commerçants, artisans, industriels), la pension est proratisée, c’est-à-dire calculée en fonction du nombre de trimestres acquis par rapport au nombre total requis pour leur génération. Dans ce cas, il peut être intéressant de continuer à travailler car cela augmente la durée d’assurance prise en compte de 2,5% par trimestre cotisé après l’obtention du taux plein, soit 10% par an.

L’AVIS D’EXPERT : Rémy GAUTIER, directeur de la production de Maximis Simul-retraite.fr

“Tout le monde n’a pas intérêt à racheter des trimestres pour minorer la décote“

Si vous êtes très loin d’avoir tous vos trimestres, en racheter quelques-uns ne changera pas vraiment la donne. Par contre, s’il vous en manque peu, cela peut être une façon de partir à la retraite sans subir de décote sur votre retraite de base, et par ricochet, sur votre complémentaire. L’intérêt de l’opération est aussi différent selon votre situation fiscale car le prix du rachat est déductible du revenu imposable. Cela procure une économie d’impôt sur le revenu d’autant plus forte que vous êtes taxé dans les tranches les plus hautes du barème de l’impôt. L’idéal est de faire une simulation pour mesurer, dans votre cas précis, le coût du rachat de trimestres après économie d’impôt et son impact réel sur les pensions. Attention, il n’est possible de racheter des trimestres que pour les années d’études supérieures ou, pour les salariés, pour chaque année d’affiliation au régime général qui n’a pas donné lieu à quatre trimestres validés. Au total, vous ne pouvez pas en racheter plus de douze.

df
Pauline Clément
Publié le

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