Retraite : les gagnants et les perdants de la réforme

La refonte en profondeur du système actuel de retraite avec la généralisation du système à points et la fusion des régimes existants en un seul sera avantageuse dans certains cas, défavorable dans d’autres. Le point sur cette réforme selon les situations.

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Les mères et les pères de trois enfants et plus auront une pension de retraite majorée.
© adobestock

Ceux qui seront avantagés 

> Les personnes qui engrangent durablement de faibles salaires. Aujourd’hui, elles doivent cotiser au moins 150 heures au Smic horaire brut, soit 1504,50 euros brut en 2019, pour valider un trimestre de retraite. Demain, dès le premier euro, elles auront des points retraite.

> Les mères d’un ou de deux enfants. Pour l’heure, leurs pensions ne bénéficient d’aucune majoration. Avec la réforme, ce sera 5% de points en plus dès le premier enfant né à partir du 1er janvier 2025 et pour chaque enfant, ensuite.

> Les mères et les pères de trois enfants et plus. Dans la plupart des régimes actuels, leurs pensions sont majorées de 10%. Demain, ce sera 15% pour trois enfants, 20% pour quatre enfants et ainsi de suite.

> Les pères d’au moins un enfant. Aujourd’hui, ils n’ont droit à rien. Cela va changer, à condition que la mère donne son accord. Dans ce cas, ils pourront bénéficier soit de 5%, soit de 2,5% de majoration de leurs points par enfant né à partir de 2025.

> Les exploitants agricoles qui versent actuellement une cotisation minimale de 1800 euros par an pour avoir droit à un minimum de retraite égal à 75% du Smic net. Demain, le montant de cette cotisation va diminuer tandis que leur pension devrait passer à 85% du Smic net.

> Les retraités qui choisiront de retravailler. Dans une certaine mesure, leurs nouveaux revenus, obligatoirement soumis à cotisations, devraient leur permettre d’acquérir de nouveaux points de retraite et donc de majorer à terme leurs pensions. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Ceux qui seront défavorisés 

> Les salariés qui choisiront de partir à 62 ans. Dès lors qu’ils prendront leur retraite avant l’âge d’équilibre de 64 ans, leur pension sera minorée leur vie durant. Même chose pour les personnes entrées tard sur le marché du travail, si l’option d’un allongement de la durée de cotisation est retenue.

> Les fonctionnaires ne percevant pas de primes, ou peu. Leurs pensions ne seront plus calculées sur leurs six derniers mois de traitement, mais sur l’ensemble de leur carrière. Pour compenser ce changement de mode de calcul, leurs primes seront soumises à cotisations. Ceux qui n’en ont pas ou peu, comme les enseignants, seront pénalisés.

> Les fonctionnaires de catégorie active et les salariés des régimes spéciaux. Sauf fonctions spécifiques considérées comme dangereuses, ils ne pourront plus bénéficier d’un départ anticipé avant 62 ans.

> Les salariés qui connaissent une progression de carrière ou, à l’inverse, ceux qui connaissent des cassures professionnelles car leur retraite de base tient compte aujourd’hui de leurs 25 meilleures années de salaire, ce qui permet d’écarter les moins bonnes années. Demain, leur pension sera moindre car elle reflétera l’intégralité de leur carrière.

> Les cadres qui perçoivent plus de 120000 euros brut par an. Ils continueront de cotiser au-delà de ce seuil (au taux de 2,81%) sans acquérir de points de retraite. Actuellement, ils continuent de cumuler des points Agirc-Arrco de retraite complémentaire jusqu’à 324192 euros brut par an.

> Les divorcés. Aujourd’hui, sous certaines conditions, ils peuvent obtenir une pension de réversion quand leur ex-conjoint décède. Ce ne sera plus possible dans le futur régime de retraite universel qui réservera la réversion aux couples encore mariés à la date du décès.

> Les veufs ou veuves dont les pensions sont plus élevées que celles de leur conjoint prédécédé. Jusqu’à présent, s’ils remplissent certaines conditions, ils ont droit à un certain pourcentage (50%, 54% ou 60%) de la pension de leur défunt mari ou épouse. Demain, la réversion sera fonction du niveau de leur propre pension.

LES PROCHAINS PAS DE LA RÉFORME

Nous avons écrit ces pages en nous fondant sur les préconisations inscrites dans le long rapport que Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, a remis au Premier ministre, en juillet dernier, et sur les réactions qu’il a suscitées chez Emmanuel Macron et les partenaires sociaux reçus à Matignon, les 5 et 6 septembre derniers. Il y a fort à parier que ces premières pistes – accouchées après dix-huit mois de concertation avec les syndicats patronaux et salariés et une consultation en ligne des Français – constituent d’ores et déjà l’essentiel du futur régime universel des retraites. Il n’empêche, elles doivent à nouveau être rouvertes à la consultation publique selon des modalités à définir à l’heure où nous imprimons. Le tout pour une présentation du projet de loi de réforme des retraites en conseil des ministres, début 2020, et un vote au parlement, à l’été. Son entrée en vigueur aura lieu progressivement, à partir de 2025, et devrait se poursuivre jusqu’en 2040. Alors, on pourra parler véritablement d’un système universel de retraite par points.

df
Roselyne Poznanski
Publié le

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