Travailler pendant sa retraite

Travailler pendant sa retraite
Le cumul emploi-retraite peut vous aider provisoirement, si vous avez encore des enfants étudiants ou des prêts à rembourser. - © Geber86

Cumuler un emploi avec ses retraites de base et complémentaires reste un moyen temporaire, très appréciable, d’améliorer son niveau de vie. Le point sur la réglementation.

« Cette solution est intéressante, car elle offre la possibilité, à la retraite, d’augmenter son pouvoir d’achat. Elle se révèle particulièrement judicieuse pour ceux qui n’ont pas droit à la retraite progressive ou ne peuvent pas "surcoter" en différant leur départ, par exemple parce qu’ils sont au chômage et tenus de faire liquider leurs pensions à l’âge légal, détaille Jérôme Garcia, expert retraite de la société de conseil France Retraite. En outre, certaines personnes préfèrent "assurer leurs arrières" et optent pour un cumul emploi-retraite plutôt qu’une poursuite d’activité dans un contexte social où les réformes se succèdent. »

Autre atout du cumul emploi-retraite : il peut vous aider provisoirement, si vous avez encore des enfants étudiants ou des prêts à rembourser. En percevant un double revenu, vous ferez mieux face à vos charges financières pendant quelques mois, voire années supplémentaires. A contrario, il ne vous permet pas d’acquérir de nouveaux droits
 à retraite, bien que vous soyez tenu, comme tout travailleur, de verser des cotisations aux régimes obligatoires de retraite.

1 – Vous êtes salarié du privé

Pour en bénéficier, vous devez cesser toutes vos activités professionnelles, sauf exceptions (assistantes maternelles, personnes exerçant une activité artistique, littéraire ou scientifique à titre accessoire, tierce personne auprès d’une personne âgée, etc.). Autre impératif : demander toutes vos retraites obligatoires, de base et complémentaires (françaises et étrangères).

Le cumul intégral

Vous pouvez cumuler en totalité vos pensions et vos gains professionnels à condition que vous perceviez une retraite au taux plein, soit parce que vous avez atteint l’âge légal de départ (62 ans pour les natifs de 1955 et après) et le nombre de trimestres requis (166 trimestres pour les personnes nées en 1955, 1956 et 1957) ; soit parce que vous avez atteint l’âge automatique du taux plein (entre 65 et 67 ans selon votre année de naissance) ; soit entre ces deux bornes d’âge dès que vous remplissez les conditions du taux plein.

Rien ne vous empêche de reprendre immédiatement ou ultérieurement une activité professionnelle, quelle qu’elle soit.

Le bémol : vos impôts vont aussi augmenter. Évaluez l’impact fiscal de votre reprise d’activité, selon vos nouveaux revenus, sur impots.gouv.fr.

À noter : il est conseillé de prévenir votre Carsat (Caisse d’Assurance-retraite et de la santé au travail) pour votre retraite de base. Cette démarche est obligatoire pour vos retraites complémentaires Arrco-Agirc.

Par exemple, Geneviève, salariée non-cadre, est née le 6 septembre 1957. Elle a élevé
 2 enfants. Son salaire annuel brut est de 36 500 €, soit un peu plus de 29 000 € annuels nets. Elle peut demander sa retraite au taux plein à 62 ans et faire liquider toutes ses pensions. Mais elle va subir pendant 3 ans un « malus » sur ses retraites complémentaires. Si elle reprend une activité à plein temps, avec le même salaire, sa retraite globale annuelle nette (20 908 €) et son revenu d’activité annuel net (29 000 €) lui procureront un revenu annuel net de 49 908 €.

Le cumul partiel

Si vous ne remplissez pas les conditions du cumul intégral, vous ne percevrez vos pensions et vos gains professionnels que dans une certaine limite. C’est le cas notamment si votre retraite a été minorée par une décote parce que vous avez demandé votre pension de base sans avoir obtenu tous vos trimestres. Au régime général, la limite de revenus bruts autorisée (revenus d’activité + pensions de retraite) ne doit pas excéder la moyenne brute mensuelle des 3 derniers mois d’activité ou, si c’est plus avantageux, 160 % du SMIC (2 368,43 € par mois en 2017). Dans les régimes complémentaires Agirc-Arrco s’ajoute une troisième limite : le montant du salaire moyen brut des dix dernières années.

Bon à savoir : depuis le 1er avril 2017, si le plafond est dépassé, le montant de la retraite (de base + complémentaire) n’est plus suspendu mais « écrêté », c’est-à-dire réduit en proportion du dépassement.
 Attention, pour reprendre un emploi dans votre dernière entreprise, vous devez attendre un délai de 6 mois. Autre impératif : déclarer votre reprise d’activité à vos caisses de retraite de base et complémentaires.

2 – Vous êtes affilié à un autre régime

Depuis le 1er janvier 2015, comme pour les salariés du privé, toute reprise d’activité à la retraite ne permet plus d’acquérir de nouveaux droits, malgré les cotisations retraite obligatoires dues. Avertissez vos caisses de votre nouvel emploi.

Les fonctionnaires

Cumul intégral : vous pouvez percevoir en totalité votre pension de l’État et un nouveau revenu d’activité (du public ou privé) dès l’âge légal d’ouverture de vos droits à la retraite, à condition d’avoir obtenu une pension à taux plein et d’avoir fait liquider toutes vos retraites obligatoires.

Cumul partiel : vos nouveaux gains bruts professionnels ne doivent pas dépasser
 1/3 de votre pension annuelle brute de fonctionnaire, majorée d’un forfait de 6 948,34 € (en 2017). Si vos revenus bruts d’activité sont supérieurs à ce plafond, le dépassement est déduit de votre pension. Si l’excédent est supérieur à votre pension, celle-ci est alors suspendue.

Les artisans et commerçants

Cumul intégral : les conditions sont les mêmes que celles appliquées pour les salariés du privé.


Cumul partiel : si vous ne remplissez pas les conditions du cumul libéralisé, vous ne pourrez percevoir votre retraite du RSI en même temps que les revenus tirés d’une nouvelle activité indépendante que si ceux-ci ne dépassent pas 39 228 € nets par an dans une zone de revitalisation rurale ou en quartier prioritaire, et 19 614 € dans les autres zones. En cas de dépassement, votre retraite RSI peut être suspendue.

Les professions libérales

Cumul intégral : la retraite de base doit avoir été obtenue à taux plein, à partir de l’âge légal de départ (62 ans pour les natifs de 1955 et après). En outre, vous devez avoir fait liquider toutes vos retraites de base et complémentaires, sauf celles des régimes auprès desquels vous n’atteignez pas l’âge du taux plein (par exemple dans le régime complémentaire CAVEC des experts-comptables, le taux plein n’est atteint qu’à partir de 65 ans).

Cumul partiel : la reprise de votre nouvelle activité libérale ne doit pas vous procurer
un revenu professionnel net supérieur à
39 228 € par an.

Attention, les régimes complémentaires des différentes sections professionnelles peuvent appliquer des règles particulières. Renseignez-vous.

Les exploitants agricoles

Le dispositif du cumul emploi-retraite pour les exploitants obéit à des règles particulières assez complexes. Des dérogations existent. Rapprochez-vous de votre agence MSA pour faire le point sur votre situation.

Reprendre une activité dans un autre régime

Vous n’avez pas obtenu une retraite à taux plein et reprenez une activité professionnelle dans un régime autre que celui auquel vous étiez affilié. Cette reprise n’aura pas nécessairement de conséquences sur vos pensions et vous pourrez, en principe, cumuler l’intégralité de vos revenus. Mais les règles appliquées dans les différents régimes peuvent différer. Surtout, renseignez-vous bien auprès de votre caisse de retraite. 

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