Retraite en Europe : quel pays choisir ?

Retraite en Europe : quel pays choisir ?
Coût de la vie, climat et proximité constituent des critères de choix pour les retraités français. - © EpicStockMedia

Dans l’Union européenne, vous êtes libre d’élire domicile où bon vous semble. Mais certaines destinations se révèlent plus pratiques et plus économiques que d’autres pour vous y installer.

LES ATOUTS DES PAYS DU SUD

Le Portugal arrive en tête des destinations préférées des retraités en quête d’expatriation. La proximité avec la France permet de rendre facilement visite aux amis et aux enfants. Outre le climat ensoleillé, le coût de la vie est d’environ 20 % inférieur à celui de la France. Même si les prix de l’immobilier ont beaucoup augmenté, ils restent plus bas qu’en France, en particulier si l’on compare ceux des capitales, Paris et Lisbonne. De plus, les retraités du secteur privé et les indépendants (mais pas les fonctionnaires) profitent pendant 10 ans d’une exonération totale d’impôt sur le revenu. Concernant la santé, « dans le secteur public, vous n’aurez à régler que le ticket modérateur, mais les délais d’attente sont parfois longs, tandis que le secteur privé est assez onéreux », remarque Paul Delahoutre, fondateur du site Retraitesansfrontieres.fr.

L’Espagne est également prisée. « Le coût de la vie est entre 5 et 10 % inférieur à celui de la France, l’écart étant plus marqué dans le sud en s’éloignant de la côte, et le système de santé public est bon », relève Paul Delahoutre. En matière fiscale, si la taxe foncière s’avère plus légère, l’impôt sur le revenu est plus lourd qu’en France.

La Grèce, bien que plus éloignée, séduit pour son climat. « Le coût de la vie, comme au Portugal, y est 20 % moins élevé qu’ici 
et l’immobilier beaucoup plus abordable », souligne Paul Delahoutre. En revanche, les retraités français y sont souvent un peu 
plus fortement imposés que dans l’Hexagone. Les salaires étant plus modestes en Grèce, le barème de l’impôt est calculé en conséquence : les Français qui disposent d’une retraite confortable par rapport aux standards locaux sont donc imposés dans des tranches plus élevées qu’en France. Le système de santé, lui, se révèle plus performant à Athènes que dans les îles.

L’Italie reste attractive. « Le système de santé ressemble au nôtre », observe Paul Delahoutre. Mais le coût de la vie équivaut à celui de la France, et la fiscalité n’y est pas plus douce.

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FOURNIR UN « CERTIFICAT DE VIE »

Votre pension continuera à être versée comme avant sur votre compte bancaire en France, sauf si vous demandez à ce qu’elle le soit à l’étranger. Vous devrez signaler votre nouvelle adresse à vos différentes caisses et leur fournir chaque année un « certificat de vie », à faire valider par les autorités locales (selon les cas, police, ambassade, consulat...) et à renvoyer pour attester que vous n’êtes pas décédé et qu’il est donc normal de continuer à vous verser vos pensions.

« Seules certaines prestations qui ne sont pas liées à la carrière professionnelle, comme l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), sont soumises à une condition de résidence en France », précise Philippe Bainville, à la Caisse nationale d’Assurance-vieillesse (CNAV).


Si vous ne résidez plus en France,
 les contributions sociales sur vos retraites 
– CSG, CRDS et CASA (contribution additionnelle de solidarité pour 
l’autonomie) – ne seront plus prélevées. Vous aurez seulement à régler une cotisation d’Assurance-maladie au taux de 3,2 % sur la pension de base et de 4,2 % sur la pension complémentaire pour le régime général des salariés, ou de 7,1 % sur les retraites pour les travailleurs indépendants.

LES PRÉCAUTIONS À PRENDRE POUR L’ASSURANCE-MALADIE

Vous restez affilié à l’Assurance-maladie française même si vous vivez à l’étranger, et vous pouvez donc revenir en France vous faire soigner : vous y bénéficierez de la prise en charge de tous les soins selon la réglementation française. Pratique pour les soins non urgents, les actes de prévention, les examens de contrôle... Pour améliorer votre niveau de remboursement, vous pouvez conserver votre complémentaire santé française, mais elle ne vous sera d’aucune aide si vous vous faites soigner dans votre pays d’accueil.

Rien ne vous empêche de bénéficier de la Sécurité sociale locale (information sur
 la protection sociale à l’étranger sur Cleiss.fr). Il suffit de demander, de préférence avant de partir, à votre caisse de retraite du régime de base, sur Contactodss@cnav.fr, le document S1 (inscription en vue de bénéficier de la couverture de l’Assurance-maladie) que vous remettrez à la caisse d’Assurance-maladie du lieu de votre nouvelle résidence. La souscription d’une complémentaire locale est possible, mais votre prise en charge se limitera souvent aux seuls soins dispensés dans le secteur public. « Au Portugal, par exemple, si vous êtes soigné dans le privé, la Sécurité sociale ne vous rembourse rien », précise Paul Delahoutre. Si vous désirez être soigné dans le privé, il est conseillé de cotiser à la Caisse des Français de l’étranger (CFE), qui permet d’être remboursé de ses dépenses de santé à l’étranger sur les mêmes bases qu’en France, y compris dans le privé. Des complémentaires santé partenaires de la CFE peuvent même restreindre encore le reste à charge. Mais cela revient assez cher : 4,2 % de la pension (minimum 234 euros par trimestre), sans compter le coût de la complémentaire.

CONNAÎTRE LES RÈGLES FISCALES

Si vous êtes fonctionnaire à la retraite, « votre pension restera imposée en France, quel que soit le pays européen dans lequel vous séjournez », résume Paul Delahoutre. Inutile dans ce cas de rêver à l’exonération d’impôt offerte au Portugal. Pas de crainte, en revanche, d’être taxé deux fois (une fois en France, une seconde fois dans le pays d’accueil), car des accords ont été signés entre la France et la plupart des pays européens.

Dans les autres cas, vous serez imposé dans votre nouveau pays. Vous devrez néanmoins accomplir quelques formalités. Par exemple, au Portugal, demandez à la mairie 
un « certificat d’enregistrement », votre titre de séjour dans le pays. Dès que vous disposez d’une copie de l’acte d’achat de votre logement ou du bail de location, demandez également à la « freguesia » de votre ville une attestation de résidence. Ces documents sont nécessaires pour bénéficier du statut de résident non habituel qui ouvre droit à une exonération totale d’impôt sur le revenu pendant 10 ans (ensuite, vous serez imposé comme les Portugais, plus lourdement qu’en France). Votre demande doit s’effectuer en ligne sur Portaldasfinancas.gov.pt/pt/home.action.

En Grèce, vous devrez demander une attestation d’enregistrement au commissariat de police de votre domicile et vous procurer un numéro fiscal auprès du bureau des impôts (AIO) de votre lieu de résidence, document indispensable pour entreprendre différentes démarches, comme ouvrir un compte bancaire, acheter un téléphone portable, etc.

PRÉPARER SA SUCCESSION AUPRÈS DU NOTAIRE

Si vous vivez à l’étranger, votre héritage sera réparti entre votre conjoint et vos enfants (ou éventuellement vos autres parents) selon la réglementation du pays où vous aurez établi votre dernière demeure. Votre conjoint peut se trouver privé de tout
 ou au contraire être surprotégé au détriment des enfants, en fonction des règles locales.
 À tout le moins, renseignez-vous sur ce qui est prévu.

« Si vous préférez que la loi française s’applique, il faut le préciser dans un testament rédigé en France ou dans votre pays d’accueil », conseille Jean-François Humbert, notaire à Paris. S’agissant des droits de succession, en revanche, chacun de vos héritiers sera taxé selon la fiscalité en vigueur dans son pays de résidence. Pour un conjoint qui vit à l’étranger, les droits de succession seront donc calculés selon les règles fiscales de son pays d’accueil. Si vos enfants, eux, sont restés en France, « leur part d’héritage sera imposée suivant le barème français, que les biens soient situés
 en France ou à l’étranger », précise-t-il. Même principe si vous leur consentez des donations : « S’ils vivent en France, ces donations devront être déclarées et taxées en France. » Peu importe donc que vous vous soyez expatrié dans un pays qui taxe peu les transmissions, comme l’Italie. Si vos enfants ne vivent pas eux aussi dans ce pays, ils ne profiteront pas de cette faible imposition.

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