Retraite : créer une colocation de retraités, une bonne alternative à l'Ehpad ?

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© Katarzyna Bialasiewicz - iStock

Les avantages de cette formule

La colocation n’est plus l’apanage des étudiants ou des jeunes actifs. Les seniors, propriétaires ou locataires, sont de plus en plus séduits par cette perspective et n’hésitent pas à proposer à d’autres quinquas ou sexagénaires de partager leur logement. « Divorces tardifs, familles monoparentales... nombreux sont les parcours de vie conduisant à une solitude subie et qui amènent à envisager la colocation », note Anne-Laure Tougeron, cofondatrice de l’association Loki Ora à Nantes, qui accompagne les seniors dans cette démarche.

Le principe est identique à celui de la colocation entre étudiants, où les colocataires partagent un logement, une maison ou un appartement, ainsi que le loyer et les charges. « Vivre en colocation permet de mutualiser les frais, témoigne ainsi Sylvie, qui partage une maison dans le Tarn avec sa mère et un retraité. Avec un budget mensuel de 500 euros par personne, nous bouclons toutes les dépenses de la maison. » Un avantage financier non négligeable, « vu que 33 % des retraités perçoivent une pension inférieure à 1 000 euros par mois », précise Yohan Blanche, secrétaire d’Un toit partagé, association consacrée à l’habitat des plus de 55 ans.

Toutefois, la motivation ne doit pas être uniquement financière, mais répondre également à un choix de vie participatif. Moyen idéal de combattre la solitude, la vie en communauté permet aussi de s’entraider si besoin. « La place des familles est plus importante dans la vie des colocations, note de son côté Marion Villez, socioanthropologue spécialisée dans les questions de vieillissement. Elles s’y investissent et s’associent volontiers à leur montage. »

24,3 millions : c'est le nombre minimum de personnes âgées de 60 ans et plus que la France comptera en 2050, sur 74 millions d'habitants. (Source : Insee)

Des seniors autonomes, d'autres un peu moins

La colocation attire avant tout des seniors autonomes. « Il s’agit d’un mouvement de fond qui correspond mieux aux aspirations des personnes vieillissantes d’aujourd’hui, qui souhaitent vivre dans un logement à leur image, plus personnalisé que les maisons de retraite, mais aussi dans un lieu de vie sécurisant par les liens qu’il apporte », tient à souligner Marion Villez. Pour autant, la colocation peut s’adresser aussi aux personnes qui présentent un handicap ou une fragilité. « Ce type de colocation est généralement accompagné par un acteur associatif chargé d’organiser la vie sociale du collectif et les services d’aide à domicile, précise Marion Villez. Il peut d’ailleurs être judicieux pour ceux qui montent des projets de colocation de réfléchir en même temps à l’évolution de leur situation de santé et à leurs éventuels besoins d’être aidés dans leur vie quotidienne. »

Quelle que soit la forme de colocation, « les candidats doivent faire preuve d’une volonté de partage, être adaptables et garder un esprit positif, gage de durée de la colocation », selon Christiane Baumelle psychosociologue à la retraite, qui a été l’une des premières seniors à tester et à populariser cete idée dans les années 2000. À défaut, la colocation risque d’exploser en plein vol, « d’autant qu’il est plus facile de retrouver un logement à 25 ans qu’à 75 ! », dit-elle encore.

« Il faut créer une charte de vie »

Le témoignage de Christiane, 79 ans, retraitée à Landéda, dans le Finistère.

Après mon divorce, je me suis dit que ce n’était pas génial d’être seule et j’ai décidé de vivre autrement en louant une grande maison à Vannes avec deux autres sexagénaires. En consultant les petites annonces sur internet pour trouver les colocataires, j’ai compris que d’autres personnes avaient le même souhait. J’ai donc créé la plateforme Cocon3s.lebonforum.com où les seniors peuvent se rencontrer, sympathiser, dépasser leurs craintes et, pourquoi pas, se tester avant d’organiser ensemble leur propre colocation. Car il n’est pas si facile de cohabiter avec des personnes avec lesquelles on n’a pas, a priori, d’affinités. Il faut pouvoir choisir ses colocataires, trouver une maison offrant à chacun un espace suffisant, mettre en place des règles de vie commune. Ce système peut très bien fonctionner, même avec des personnalités différentes, pour peu qu’on soit ouvert, qu’on ait du plaisir à être avec les autres et qu’on ne laisse pas l’affect prendre le dessus sur la raison.

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Partager son propre logement

À côté des sites traditionnels d’annonces qui possèdent des rubriques spécifiques à la colocation (Leboncoin.fr, Pap.fr), existent une multitude de sites destinés aux 50 ans et plus désireux d’accueillir un colocataire, voire davantage, dans leur logement : Colocationseniors.fr, Logement-seniors.com, Seniorsavotreservice.com... Le site d’annonces Cooloc.com permet de contacter directement les candidats à la colocation selon leur profil.

L’association Un toit partagé propose, outre le dépôt d’annonces sur le site Colocationseniors.fr, une gamme de services pour créer sa colocation : guide, exemple de charte de fonctionnement, séminaire de formation, assurance habitation, etc. « Autant de clés permettant d’aborder au mieux cette nouvelle phase de vie qui peut s’avérer délicate, y compris financièrement », note Yohann Blanche.

6 % des candidats à la colocation sont âgés de plus de 50 ans. (Source : LocService, 2019)

Pour mettre toutes les chances de son côté dans sa recherche de colocataires, mieux vaut penser avant à ce que l’on est prêt à partager ou pas. Car, contrairement aux étudiants, les seniors tiennent à une certaine forme d’indépendance. « Il est ainsi préférable que chaque locataire ait une salle d’eau, des toilettes et des placards personnels, explique Anne-Laure Tougeron. Ce qui peut poser problème lorsqu’on désire monter une colocation de quatre à six personnes. » Outre de possibles travaux à prévoir, il faut compter avec le fait que des candidats puissent être réticents à investir une habitation déjà chargée en histoire.

Côté contrat, deux solutions existent. Soit un bail unique est signé par les tous colocataires, soit chaque colocataire signe avec le propriétaire un contrat de bail indépendant.

« Patience et conviction sont requises »

Le témoignage de Sylvie, 61 ans, en préretraite à Mazamet, dans le Tarn.

Avec Frédéric, un ami de longue date, nous avons mûri l’idée de vivre en colocation pendant cinq ans environ. J’en avais assez de la vie en Provence, de plus en plus chère et marquée par une incivilité grandissante. Le déclic s’est produit lorsque ma mère a été victime d’un AVC et que j’ai dû m’en occuper. Nous nous sommes alors mis à la recherche d’une maison assez grande pour nous accueillir tous les trois et monter une colocation de retraités ou de préretraités. Nous avons parcouru les Landes, le Lot-et-Garonne, le Gers, la Dordogne, et enfin le Tarn où nous sommes tombés sur la maison idéale, à Mazamet. Nos proches prédisaient que cela ne marcherait pas entre nous ! Ces deux années de colocation ont permis de lever leurs réticences. Elles sont la preuve que ce mode de vie peut fonctionner, à condition de posséder des affinités, d’être respectueux des autres, d’être dans le dialogue et de savoir accorder sa confiance.

S'installer dans un logement nouveau pour tous

Louer ou acheter ensemble un logement dans le but de le partager est une autre possibilité. Dans cette optique, des associations se proposent d’aider les candidats à former des groupes, afin d’apprendre à se connaître avant de sauter le pas.

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    Ainsi, dans le Finistère, Cocon3S – 3s pour Solidaires, Senior, Solos –, créé en 2008 par Christiane Baumelle, met les personnes intéressées en contact et organise des séminaires d’une semaine préparant à la colocation. Elles y font des essais de vie commune en conditions réelles, définissent leurs attentes et vérifient si ce mode de vie est un bon choix. À Nantes, Loki Ora propose des formations sous forme d’ateliers permettant aux seniors de se tester, et accompagne les colocataires dans la durée avec la visite mensuelle d’une psychologue-gérontologue.

    « Les candidats se rendent compte ainsi de l’importance de garder une liberté de mouvement dans le groupe, note Anne-Laure Tougeron. D’où la nécessité de ne pas constituer un groupe trop petit : à deux ou trois, on se focalise vite sur les défauts de l’autre. À partir de quatre, une dynamique s’installe, et on bénéficie de l’entrain de l’équipe tout en gardant son autonomie. » Les communes et les investisseurs immobiliers l’ont d’ailleurs bien compris. Ils sont de plus en plus nombreux à proposer des logements disponibles en colocation, ou « coliving », au cœur des villes, des quartiers et à proximité des services et des commerces.

    « Il n'y a que des avantages »

    Le témoignage de Frédéric, 66 ans, retraité à Mazamet, dans le Tarn.

    L’idée a germé il y a une dizaine d’années, après mon divorce. J’ai d’abord été accueilli pendant six ans par ma sœur et mon beau-frère. Puis je me suis mis en tête de convaincre mes amis et connaissances de monter une colocation pour mutualiser les frais, partager nos ressources et surtout passer de bons moments. Cela s’est concrétisé par l’achat d’une grande maison dans le Sud-Ouest, il y a deux ans. Avec Sylvie et sa maman, on forme désormais une communauté de trois, avec un maître-mot : la bienveillance ! Notre qualité de vie y a énormément gagné. La région est agréable, les produits frais sont de qualité et à prix accessibles. Nous prenons aussi soin les uns des autres. L’an dernier, j’ai eu une embolie pulmonaire et j’ai perdu connaissance. Sylvie a entendu ma chute et a alerté les secours. Aujourd’hui, notre objectif commun est de persuader d’autres amis à venir nous rejoindre !

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