Racheter des trimestres de retraite, est-ce un bon calcul ?

Racheter des trimestres de retraite, est-ce un bon calcul ?
Le rachat de trimestres vous permet de partir plus tôt en retraite, et avec une meilleure pension. - © Manuel Faba Ortega

Pour prendre votre retraite à taux plein, vous devez avoir cotisé un certain nombre de trimestres. S’il vous en manque, vous pouvez en racheter douze au maximum, selon certaines conditions.

Pourquoi racheter des trimestres ?

Si vous cessez votre activité professionnelle avant l’âge de la retraite à taux plein (porté progressivement de 65 ans à 67 ans), vous ne la percevrez « en entier » que si vous justifiez d’une durée d’assurance minimum : 166 trimestres si vous êtes né en 1955, 1956 ou 1957 ; 167 trimestres si vous êtes né en 1958, 1959 ou 1960. Si vous n’avez pas accumulé assez de trimestres, votre retraite sera minorée. Pour ne pas être pénalisé, vous pouvez compléter votre durée d’assurance en rachetant des trimestres, à condition d’être âgé de moins de 67 ans et de ne pas avoir déjà fait liquider votre pension. Il est possible de racheter jusqu’à 12 trimestres, correspondant à des années d’études supérieures et/ou à des années civiles « incomplètes » au cours desquelles vous avez été affilié au régime général sans pouvoir valider la totalité des 4 trimestres. Ce rachat, qui a aussi un impact sur votre retraite complémentaire, vous permet de partir plus tôt en retraite, et avec une meilleure pension.

Quelle option faut-il choisir ?

Il existe deux possibilités de rachat.

Option 1, ou taux seul. Elle permet de réduire la décote applicable, voire de la supprimer si vous rachetez tous les trimestres qui vous manquent pour atteindre la durée d’assurance requise et obtenir votre retraite à taux plein (qui est au maximum de 50 % du salaire annuel moyen).

Option 2, ou taux et durée de cotisation. Elle vous évite, en plus de la décote, de subir un coefficient de proratisation trop élevé. Elle peut même vous permettre de le supprimer si vous rachetez tous vos trimestres « manquants ».

Pour quel coût ?

Le prix de rachat d’un trimestre dépend de trois critères :

  • l’âge auquel vous achetez (plus on est jeune, moins le coût est élevé) ;
  • le choix de l’option (l’option 2 est plus chère que l’option 1) ;
  • les revenus (la moyenne des trois dernières années), sachant qu’à partir d’un salaire égal au plafond annuel de la Sécurité sociale (38 040 € en 2015), le coût est le même pour tous.

Certains bénéficient de tarifs préférentiels. Ainsi, les jeunes qui rachètent leurs années d’études supérieures dans les dix années suivant la fin de leur scolarité obtiennent une réduction forfaitaire de 670 € (option 1) ou de 1 000 € (option 2) par trimestre, dans la limite de 4 trimestres. Les personnes qui ont débuté leur activité professionnelle par une période d’apprentissage entre le 1er juillet 1972 et le 31 décembre 2013, ou qui ont été assistant maternel de 1975 à 1990, peuvent aussi racheter leurs années incomplètes à un tarif unique et dérogatoire de 1 245 € le trimestre. De plus, les trimestres ainsi rachetés (4 au maximum) sont pris en compte automatiquement pour le taux et la durée d’assurance (option 2). Hors tarif dérogatoire, le coût d’un rachat peut être élevé, surtout s’il est effectué tardivement : compter de 3 329 € à 4 439 € pour un trimestre racheté à 61 ans, par exemple (option 1). En contrepartie, vous pouvez déduire la totalité des sommes versées de votre revenu imposable.

À quel moment ?

Pour apprécier la rentabilité de l’opération, vous devez calculer le nombre d’années nécessaire pour récupérer votre mise de départ. Il faut tenir compte des conséquences sur le montant de votre retraite complémentaire. Si ce délai est inférieur à votre espérance de vie à la retraite (environ 20 ans à 62 ans), l’opération est gagnante. D’où l’intérêt d’attendre la dernière minute de façon à pouvoir évaluer avec précision combien cela vous rapportera. Si vous le faites trop jeune, vous prenez le risque d’un rachat inutile soit parce que la législation aura peutêtre changé entretemps, soit parce que vous aurez choisi de partir plus tôt à la retraite.

Cas pratique : limpact d'un rachat sur une retraite de base

Jean, né en 1955, veut prendre sa retraite à 62 ans en 2017. À cette date, il n’aura que 154 trimestres d’assurance : il lui manque donc 12 trimestres pour prétendre à une retraite de base à taux plein. Sa décote est de 1,25 % par trimestre, soit un coefficient de minoration de 12 × 1,25 % = 15 %. Le taux de sa retraite est de 50 % – (15 % de 50 %), soit 42,5 %.

Avec un salaire annuel moyen de 25 000 €, sa retraite sera calculée de la manière suivante : 25 000 € × 42,5 % × 154/166 = 9 857 € par an, soit 821 € par mois.

  • S’il rachète les 12 trimestres qui lui manquent avec l’option 1, sa retraite sera calculée au taux plein de la manière suivante : 25 000 € × 50 % × 154/166 = 11 596 € par an, soit 966 € par mois. Coût du rachat : 39 300 €
  • S’il rachète les 12 trimestres qui lui manquent avec l’option 2, sa retraite sera calculée de la manière suivante : 25 000 € × 50 % × 166/166 = 12 500 € par an, soit 1 041 € par mois. Coût du rachat : 58 248 €

« Faites racheter vos trimestres par votre employeur »

Philippe Caré, directeur stratégie, Siaci Saint Honoré

« Un salarié auquel il manque quelques trimestres pour bénéficier d’une retraite à taux plein, disons 8 par exemple, peut avoir intérêt à demander à son employeur de lui financer ses 8 trimestres manquants, moyennant le versement d’une prime correspondant au coût du rachat, et à s’engager en contrepartie à partir à la retraite dès 62 ans au lieu de 64 ans. Pour l’employeur, le gain est égal à la différence entre deux années de salaire et le coût du rachat ; quant au salarié, il va partir deux ans plus tôt en retraite et avec une meilleure pension car les cotisations versées sur la prime lui permettront d’acquérir des points de retraite en plus ! »