Piloter sa fin de carrière

Piloter sa fin de carrière
Créer son entreprise peut constituer un choix intéressant pour les seniors. - © rocketclips

À 50 ans, la seconde partie de sa vie professionnelle commence, alors qu’il reste encore une bonne dizaine d’années avant la retraite. Nos experts vous conseillent pour adopter la bonne stratégie selon vos envies.

VOUS SOUHAITEZ LEVER LE PIED

Selon une étude de la Dares d’août 2017, 23 % des salariés de 55-64 ans travaillent à temps partiel, contre 18 % des 30-54 ans. Si vous envisagez de réduire votre temps de travail, vous avez probablement évalué la perte de salaire que cela implique. Il faut aussi avoir à l’esprit ce que cette baisse de revenus peut entraîner pour votre future retraite. « Cela peut jouer sur le calcul de la durée d’assurance », avertit Christine Cambus, directrice juridique et réglementation nationale à la CNAV.

« Néanmoins, un trimestre étant acquis sur la base d’un salaire minimum de 150 heures de smic brut – soit 5 928 euros par an en 2018 pour acquérir quatre trimestres –, le passage à temps partiel sera généralement sans conséquences, sauf en cas de baisse très significative des revenus. » Autre paramètre : le montant de la future pension. Pour la retraite de base, il est fonction du salaire annuel moyen des 25 meilleures années.

« Le passage à temps partiel peut avoir un effet sans que cela soit systématique : cela dépendra de la durée de la période affectée, de l’âge auquel vous avez commencé à travailler, ainsi que du montant de vos salaires tout au long de votre carrière », explique Christine Cambus. En revanche, pour les retraites complémentaires, il y aura forcément un impact puisque, vos revenus baissant, vous cotiserez moins et cumulerez donc moins de points qu’à temps plein. Voici trois solutions pour préserver votre future pension.

Surcotiser. À tout âge, vous avez la possibilité de payer volontairement autant 
de cotisations retraite que ce que vous feriez en restant à temps plein, au régime de base, comme au régime complémentaire. « Le passage à temps partiel sera alors totalement neutre », expose Christine Cambus. Mais votre salaire, déjà diminué par le temps partiel, sera également amputé par cette surcotisation. Il faudra aussi convaincre votre employeur qui ne pourra pas, dans ce cas, réduire ses charges patronales.

« Certaines entreprises proposent un temps partiel senior sur la base du 80-90-100 : temps partiel à 80 %, pour un salaire équivalent à 90 % du temps plein et une prise en charge des cotisations à 100 %, expose Tristan de Feuilhade, fondateur et dirigeant du cabinet Midlife coaching. Mais cela n’existe que dans les très grandes entreprises et les grosses PME, et toujours au cas par cas. On pourra négocier, à titre personnel et expérimental, en gardant à l’esprit la crainte pour l’employeur de créer des précédents qu’il aurait ensuite à appliquer à tous ses salariés. »

Profiter de la retraite progressive. À partir de 60 ans et si vous avez déjà 
acquis 150 trimestres, ce dispositif permet 
de commencer à percevoir une fraction de
 sa retraite pour compléter le salaire perçu
 à temps partiel (de 40 à 80 %). « Elle est généralement plus facile à faire accepter par l’entreprise, alors qu’on n’est plus qu’à deux ans de l’âge légal de la retraite », estime Tristan de Feuilhade. Par exemple, en temps partiel
 à 70 %, vous percevrez 30 % de votre retraite provisoire qui s’ajoutera à votre salaire. « La question de cotiser sur l’assiette d’un salaire
 à temps plein se pose toujours pour continuer à faire grossir ses droits pendant les années restant avant le départ définitif à la retraite », prévient néanmoins Christine Cambus.

Utiliser son compte professionnel de prévention (C2P, ex-compte pénibilité). Si vous êtes exposé au bruit, à des températures extrêmes, travaillez de nuit... et que votre employeur a bien déclaré cette exposition, vous pouvez obtenir quelques trimestres à mi-temps sans baisse de rémunération. Passé les vingt premiers points sur votre C2P, tous les dix points ouvrent droit à un trimestre à mi-temps.

VOUS VOULEZ TRAVAILLER 
À FOND LE PLUS LONGTEMPS POSSIBLE


Si c’est une question financière et/ou d’épanouissement personnel, sachez que dans le privé, un employeur n’a pas le droit de vous mettre à la retraite sans votre consentement avant vos 70 ans. Avant, il peut vous 
le proposer dès que vous atteignez l’âge du taux plein (65 ou 67 ans, selon votre année de naissance). Il ne tient qu’à vous de refuser !

Les politiques actuelles encouragent d’ailleurs cette poursuite d’activité : « Si votre compteur de trimestres est à son maximum et que vous avez atteint l’âge légal de la retraite, chaque trimestre supplémentaire travaillé vous permettra de majorer votre future pension de base de 1,25 % : par exemple, une pension de 1 200 euros par mois passera à 1 260 euros si vous travaillez un an de plus », explique Christine Cambus. Et ce sans compter les majorations prévues par le régime complémentaire. Une logique que la réforme des retraites à venir ne devrait pas contredire. Toujours est-il qu’il faut pouvoir garder son poste.

Se faire accompagner. Bien mener sa deuxième, voire sa troisième partie de carrière en entreprise demande des efforts particuliers dans un monde du travail qui n’est pas tendre avec les plus âgés. Au premier chef : définir ses attentes, caractériser ses atouts et établir une stratégie. Certains organismes, comme l’Institut des compétences de la Chambre de commerce et d’industrie du Mans, ont
 mis en place des bilans de compétences seniors. Pour Maud Choleau, responsable 
de cet établissement, « ils permettent de
 se repositionner, en acceptant son âge et
 en retravaillant son projet en tenant compte
 à la fois des sphères professionnelles et personnelles ».

Ensuite, Tristan de Feuilhade conseille d’utiliser l’opportunité de l’entretien professionnel, obligatoire tous les deux ans en entreprise : « Il faut l’avoir bien préparé, en sachant ce que l’on sait faire et ce que l’on veut faire, et arriver avec des propositions. »

Travailler après avoir pris sa retraite. Avec le cumul emploi-retraite, nouveaux revenus d’activité et pension peuvent s’additionner intégralement, à condition d’avoir soit réuni la durée d’assurance à taux plein et atteint l’âge légal de la retraite (62 ans), soit d’avoir atteint l’âge du taux plein automatique (65 ou 67 ans, selon la date de naissance). Dans le cas contraire, le cumul des retraites de base, retraites complémentaires et des revenus issus de la nouvelle activité doivent se situer en deçà d’un certain plafond – la moyenne des trois derniers salaires ou 1,6 smic si c’est plus avantageux pour vous – sous peine de voir le montant de sa pension réduit. En outre, « le revenu issu de la reprise d’une activité professionnelle ne générera aucun nouveau droit à la retraite », signale Christine Cambus.

VOUS AVEZ ENVIE 
DE CHANGEMENT


« Vouloir changer d’entreprise est
 risqué après 55 ans. Et encore plus
 après 58-59 ans », prévient Tristan
 de Feuilhade. Sur le marché du 
travail, les préjugés à l’encontre 
des seniors restent vivaces.
 « Il faut être à même de valoriser 
ses compétences métier et son savoir-
être, tels que sa maturité professionnelle
 et son adaptabilité. Aussi, il peut être intéressant d’envisager sa vie professionnelle différemment, quitte à baisser ses prétentions salariales », conseille Maud Choleau.


Bien cibler ses candidatures. Les sociétés qui affichent une politique volontariste d’emploi des seniors sont rares. Tristan de Feuilhade conseille de « plutôt cibler les grosses PME en croissance, et pas les grandes entreprises qui recrutent rarement des seniors en CDI ». Les entreprises de temps partagé, plutôt pour les profils cadres, et les groupements d’employeurs, permettant d’être salarié par plusieurs entreprises, sont également réputés avoir une politique plus favorable au recrutement de profils seniors.

Créer son entreprise. La solution semble intéressante pour créer son propre emploi 
et maîtriser le moment de son départ à la retraite. D’autant que dans ce cas, l’âge ne constitue pas, a priori, un handicap. « Mais
 il ne faut pas sous-estimer la difficulté, notamment au niveau commercial : il n’est
 pas évident de savoir vendre son idée et d’être son propre manager quand on a derrière soi une longue carrière de salarié », avertit Tristan de Feuilhade.

L’accompagnement est donc un facteur clé de réussite. Renseignez-vous auprès des réseaux d’aide à la création d’entreprise, comme Initiative France et son programme «+45 » dédié aux seniors. En fonction de votre projet et de votre profil, vous pouvez aussi envisager des options comme la franchise, qui permet de s’appuyer sur une marque et un réseau, ou le portage salarial, offrant la sécurité d’un statut de salarié.

Et si vous étiez au chômage ?

Depuis le 1er novembre 2017, de nouvelles règles s’appliquent aux seniors pour les allocations-chômage. Il faut désormais attendre 55 ans, au lieu de 50, pour bénéficier d’une durée maximum d’indemnisation portée à trois ans au lieu de deux habituellement. Un nouveau palier a néanmoins été instauré à 53 ans. Il ouvre droit à une durée d’indemnisation de 30 mois, prolongeable jusqu’à 6 mois en cas de formation. Enfin, les chômeurs âgés de 50 à 55 ans ont désormais droit à un crédit de 500 heures de formation sur leur compte personnel de formation (CPF).