Passer du chômage à la retraite

Passer du chômage à la retraite
L’ancienneté moyenne d’inscription à Pôle emploi pour les chômeurs de 50 ans ou plus, atteignait 658 jours au premier trimestre 2018 (Pôle emploi-Dares, juin 2018). - © Anastasiya

Un quart des demandeurs d’emploi a 50 ans ou plus. À cet âge, retrouver du travail reste souvent difficile. Sur quels revenus compter en attendant d’obtenir le statut de retraité ?

L’indemnisation des seniors par Pôle emploi

Si vous vous retrouvez privé d’emploi après 50 ans, vous serez indemnisé, sous conditions, par Pôle emploi. Pour recevoir l’allocation de retour à l’emploi (ARE), il convient toujours d’avoir été involontairement privé d’emploi : consécutivement à un licenciement – même s’il s’agit d’un licenciement pour faute –, une rupture conventionnelle ou encore la fin d’un CDD.


Si vous avez démissionné, vous n’avez pas droit au chômage, sauf s’il s’agit d’une démission « légitime », par exemple, si vous avez démissionné pour suivre votre conjoint(e) ou partenaire de pacs qui a trouvé un emploi à l’autre bout de la France.


En vigueur depuis novembre 2017, la nouvelle convention d’assurance chômage a modifié certaines règles d’indemnisation. Il faut désormais justifier d’un minimum de 
88 jours d’activité ou 610 heures (comme dans la convention précédente) au cours des derniers 28 mois si vous avez moins de
 53 ans (36 derniers mois à partir de 53 ans). Auparavant, il fallait avoir travaillé au minimum quatre mois, soit 122 jours ou 
610 heures au cours des derniers 28 mois pour les personnes de moins de 50 ans,
 ou au cours des 36 derniers mois pour les personnes de 50 ans et plus.
 Chaque jour travaillé donne droit à un jour d’indemnité. Mais attention, si vous avez moins de 53 ans, la durée maximale d’indemnisation est dorénavant limitée à 24 mois, comme pour les plus jeunes.
 Si vous avez entre 53 ans et 54 ans, cette durée est portée à 30 mois, et 6 mois supplémentaires si vous suivez une formation. À partir de 55 ans, la durée maximale d’indemnisation est maintenue à 36 mois (3 ans), comme dans l’ancienne convention d’assurance chômage.
 Le montant de vos allocations dépend toujours de votre rémunération des 12 derniers mois.

Les périodes de chômage retenues pour la retraite

Dès lors que vous êtes indemnisé, vos périodes de chômage sont retenues pour calculer vos droits à retraite, dans le régime de base comme dans les régimes complémentaires. Dans le régime de base, chaque période de 50 jours de chômage vous donne droit à
 un trimestre. Mais aucun report de salaire n’est enregistré sur votre compte. Cela signifie que le montant de vos allocations chômage ne sera pas retenu pour calculer la moyenne de vos
 25 meilleures années. Ce qui n’est 
pas forcément avantageux lorsque vous vous retrouvez au chômage en fin de carrière.
 Car il sera nécessaire de remonter plus loin en arrière pour établir cette moyenne, et par conséquent tenir compte de vos années de début de carrière au cours desquelles, vraisemblablement, votre rémunération était moins importante qu’avant votre licenciement et le montant de votre salaire inférieur aux allocations que vous percevez au chômage.

Dans les régimes complémentaires Arrco et Agirc (et bientôt, dans le futur régime unique Agirc-Arrco), vous continuerez également à accumuler des points pendant vos périodes de chômage indemnisé. Ces points sont estimés sur la base du salaire journalier de référence qui sert de base de calcul à vos allocations chômage. À noter, les périodes de carence et de différé d’indemnisation ne vous donnent droit à rien.

Lorsque les droits sont épuisés ?

Une fois vos droits à allocation épuisés, si vous n’avez pas retrouvé de travail et que vous n’avez pas encore atteint l’âge de la retraite, la première année de chômage non indemnisé qui fait immédiatement suite à votre période de chômage indemnisé est prise en compte automatiquement. Si vous avez au moins 55 ans à la date à laquelle 
vous avez cessé d’être indemnisé, vos périodes de chômage non indemnisé peuvent même être retenues dans la limite de 5 ans. Pour cela, vous devez justifier d’une durée de cotisations d’au moins 20 ans, tous régimes de base confondus, et ne pas relever pas d’un autre régime d’assurance vieillesse. En clair, cela signifie que, si vous êtes en fin de droits à 55 ans, 56 ans, 57 ans ou plus et que vous ne parvenez pas à retrouver un emploi, vous avez le droit à 5 années validées gratuitement. Ces années seront prises en compte pour le calcul du taux de votre retraite (et peuvent vous permettre d’obtenir votre retraite à taux plein plus facilement). Mais elles ne vous donneront droit à aucun point dans le nouveau régime complémentaire.


Attention, si vous reprenez une activité dans l’année ou dans les 5 ans qui suivent 
la fin de vos droits, selon le cas, vous perdez le droit à cette validation gratuite, même 
si cette nouvelle activité ne vous a pas permis de vous constituer de nouveaux droits au chômage.

Maintien des allocations jusqu’à la retraite


Si vous êtes toujours en cours d’indemnisation à 62 ans mais que vous avez le nombre de trimestres nécessaires pour faire valoir votre retraite à taux plein, vous devez demander son versement, même si vous n’avez 
pas épuisé vos 36 mois d’indemnités.
 Vos pensions de retraite prendront le relais de vos allocations chômage.

À l’inverse, si, à 62 ans, vous êtes toujours indemnisé par Pôle emploi mais sans avoir le nombre de trimestres nécessaire pour prétendre à une retraite à taux plein, vous pouvez continuer à percevoir vos allocations chômage, même si vous avez épuisé vos 36 mois d’indemnisation. Autrement dit, vous n’êtes pas obligé de faire valoir vos droits à la retraite. Pôle emploi continuera à vous verser vos allocations jusqu’à ce que vous ayez le nombre de trimestres requis pour recevoir une retraite à taux plein ou, à défaut, jusqu’à 67 ans, âge du taux plein automatique.


Pour bénéficier de ce maintien de droits, il faut toutefois réunir les conditions suivantes :

  • être en cours d’indemnisation depuis au moins un an à 62 ans ;
  • avoir validé au moins
 100 trimestres pour sa retraite ;
  • être affilié depuis 12 ans à l’assurance chômage, dont une année continue ou deux années discontinues dans les 5 dernières années.

En pratique, deux mois avant la fin de vos droits, Pôle emploi vous adressera un questionnaire pour vérifier si vous remplissez ces conditions. Vos droits seront automatiquement maintenus sans autre démarche de votre part.

Un dispositif avantageux

Conséquence pratique : si vous perdez votre emploi à 59 ans, voire un peu avant compte tenu des différés, et que vous ne pouvez pas percevoir votre retraite à taux plein à 62 ans, vous pourrez continuer à être indemnisé jusqu’à l’âge où vous comptabiliserez le nombre de trimestres nécessaire pour percevoir votre retraite à taux plein ou,
 à défaut, jusqu’à 67 ans. Soit une période d’indemnisation qui peut atteindre huit ans, au cours de laquelle vous n’aurez aucune interruption de revenus.

« Ce dispositif est très avantageux. Les assurés dans cette situation n’ont donc aucun intérêt à racheter des trimestres pour atteindre plus facilement le taux plein ; ce serait une très mauvaise affaire financière puisqu’ils atteindront le taux plein en étant au chômage. C’est pourquoi nous déconseillons le rachat de trimestres précoce », explique Marc Darnault, associé dirigeant d’Optimaretraite.

En cas de chômage non indemnisé avant 59 ans

En revanche, si vous êtes au chômage avant 59 ans et ne retrouvez pas d’emploi à l’issue de vos trois ans d’indemnisation, vous risquez de connaître une période de chômage non indemnisé, et donc sans revenus.

Comme Christophe M., licencié à
 55 ans : « Compte tenu des trois ans d’allocations dont je bénéficie, à 58 ans, lorsque mes droits seront épuisés, je serai trop jeune pour bénéficier du maintien de mes allocations jusqu’à la retraite. Si je ne trouve pas d’emploi après avoir épuisé mes 
droits aux allocations chômage, je vais continuer à acquérir des trimestres. Cela me permettra vraisemblablement de faire liquider mes retraites à taux plein. Je n’ai pas trop d’inquiétude là-dessus. En revanche, ce que je redoute davantage, c’est qu’après ma période de chômage indemnisé, je n’acquière plus
 de points de retraite complémentaire. »

Dans cette situation, il peut être intéressant pour Christophe, s’il ne trouve pas d’emploi conforme à ses souhaits, de reprendre une activité ponctuelle ou réduite. Quelques jours par mois ou un ou deux mois par an. En principe, lorsque vous reprenez un travail, salarié ou non, Pôle emploi cesse de vous indemniser. Mais avec une activité réduite, vous pouvez continuer à percevoir vos indemnités et les cumuler (sous conditions) avec votre salaire. Pendant ces jours d’activité, Pôle emploi ne vous indemnisera pas.

« Mais ces jours non indemnisés ne sont pas perdus. Ils sont reportés en fin de période d’indemnisation. C’est l’effet “glisser-déplacer”. La succession de périodes d’activité réduite peut permettre d’atteindre l’âge de 62 ans en étant encore indemnisé, puis de bénéficier du maintien de droits jusqu’à la date de la retraite », suggère Philippe Caré, directeur des mutations économiques et sociales chez Siaci Saint Honoré, auteur de Construire sa retraite (éditions Eyrolles, 2017).

Assurance chômage : n’oubliez pas les différés

Le versement des allocations chômage n’intervient pas immédiatement après la fin de votre contrat de travail, mais après un différé de sept jours et un délai de carence correspondant aux jours de congés payés qui vous ont été réglés à la fin de votre contrat. En outre, si vous percevez des indemnités de licenciement supérieures au minimum légal, un différé d’indemnisation « spécifique » vous sera appliqué. Sa durée dépend du montant des indemnités supra légales reçues. Mais, depuis novembre 2017, cette durée est plafonnée à 150 jours (au lieu de 180 jours). Ce délai est de 75 jours en cas de licenciement économique. Cela signifie que si vous avez reçu des indemnités élevées, vous ne serez indemnisé qu’après un délai minimum de 150 jours, auquel s’ajoutent les autres délais prévus.