Organiser sa retraite dès 35 ans

Organiser sa retraite dès 35 ans
Être propriétaire de sa résidence principale limite l’insécurité financière à l’heure de la retraite. - © Antonioguillem

Les nouveaux retraités d’aujourd’hui subissent en moyenne une baisse de revenus de 40 % par rapport à leur dernière année d’activité. Comment mettre de l’argent de côté en fonction de ses moyens ?

À 35 ans, il reste entre 25 et 30 ans pour se préparer financièrement à la retraite. Objectif : se constituer des sources de revenus qui, le jour venu, pourront compléter une pension au montant plus faible que le salaire auquel on était habitué.

« À cet âge, on a souvent d’autres priorités que de préparer sa retraite, avec une famille qui s’agrandit peut-être. Pourtant, c’est le moment idéal pour s’y mettre », confirme Ludovic Herschlikovitz, fondateur du site Retraite.com.

ACHETER 
SA RÉSIDENCE PRINCIPALE : 
UN PREMIER PAS...

La baisse de revenus lors de la retraite est plus facilement supportable si on l’a anticipée en achetant sa résidence principale. « Mieux vaut éviter d’avoir un loyer à payer une fois à la retraite, car c’est un facteur d’insécurité financière », résume Sébastien de Lafond, président de MeilleursAgents.com. Idéalement, il s’agit d’avoir terminé de rembourser son emprunt lorsque sa vie professionnelle atteint elle aussi son terme.

« Les taux des crédits immobiliers sont historiquement bas. Grâce au levier du
 crédit, l’investissement immobilier permet donc de financer un capital retraite avec un effort d’épargne réduit », explique Ludovic Herschlikovitz. Ce qui nécessite de s’y prendre le plus tôt possible. En effet, la durée moyenne des crédits atteint 18 ans et 3 mois, d’après l’Observatoire crédit logement-CSA.


« Devenir propriétaire le plus tôt possible ne signifie pas que l’on va vivre dans ce même bien jusqu’à sa retraite. Cela met le pied à l’étrier avant de revendre, quelques années plus tard, pour acheter un autre bien en fonction de ses besoins », ajoute Sébastien de Lafond.

... À MOINS D’AVOIR 
DE BONNES RAISONS DE RESTER LOCATAIRE


Si l’achat de sa résidence principale permet de commencer à préparer sa retraite, inutile d’en faire une nécessité absolue. En effet, il serait contre-productif de devenir propriétaire à
 35 ans si vous êtes à peu près certain que votre situation professionnelle va vous amener à changer de région ou de pays rapidement.
 

« Mieux vaut rester locataire si vous risquez de déménager avant 5 ans, car vous n’aurez pas le temps d’amortir les frais liés à l’achat immobilier, comme les frais de notaire, les frais d’agence immobilière et d’aménagement », indique Sébastien de Lafond.


Si vous devez revendre rapidement, l’opération immobilière peut même s’avérer dangereuse :
 il est possible que les prix de l’immobilier aient stagné, ou même baissé, vous contraignant à revendre à perte. De plus, les toutes premières années, la mensualité de remboursement d’un prêt est principalement composée d’intérêts, et non de capital. Dès lors, le capital restant dû reste proche de la somme empruntée. Si vous revendez sans bénéfice, vous serez perdant. 
Il faut aussi réfléchir à deux fois avant d’acheter si l’opération implique un trop grand sacrifice financier. Pour ceux qui ont des revenus très modestes et pensent emprunter seuls plutôt qu’à deux, mieux vaut peut-être attendre. En l’état, les banques ne vous proposeront pas le meilleur taux du marché. De plus, vous serez probablement contraint d’acheter dans un quartier éloigné du centre-ville pour respecter votre budget. C’est plus risqué que l’hyper-centre qui est toujours plus recherché, plus pratique pour revendre, moins sensible aux hoquets du marché. De même, acheter n’est pas forcément la bonne solution si vous habitez une zone rurale, où le marché immobilier est peu dynamique. Ce sera d’autant plus compliqué si vous devez revendre rapidement.

LES PLACEMENTS RETRAITE À ENVISAGER

Que vous ayez ou non acheté votre résidence principale, la préparation de la retraite passe aussi par des produits financiers. Certains placements (PERP, Perco, Madelin, etc.) sont spécifiques à la retraite : ils permettent de faire fructifier un capital qui vous sera reversé, le jour venu, sous forme de rente viagère, c’est-à-dire d’un versement régulier, chaque mois, trimestre ou année. On parle d’ailleurs de produits « tunnels » car la sortie ne se fait, à de rares exceptions près, qu’à l’occasion de la retraite. Ce blocage présente un avantage : vous ne risquez pas d’être tenté de piocher dans cette épargne. La réglementation prévoit cependant des possibilités de déblocage exceptionnel en cas d’accident de la vie (voir tableau). Mais vous pouvez aussi utiliser des placements classiques (assurance-vie, PEA, etc.) pour préparer votre retraite. Le choix dépend en grande partie de la somme que vous pouvez mettre de côté chaque mois.

75 euros : votre capacité d’épargne mensuelle


Ce petit montant est un bon début. Car une fois les bonnes habitudes prises, épargner deviendra naturel. Et il sera toujours temps d’augmenter votre budget épargne le jour venu, au gré de l’amélioration de votre situation professionnelle. Si vous n’avez pas encore d’argent de côté, commencez par alimenter progressivement un livret A (0,75 % net d’intérêt par an), pour y placer l’équivalent de trois à quatre mois de revenus. Une enveloppe qui permet de faire face à
 des dépenses imprévues. Ce n’est qu’ensuite que vous pouvez mettre de l’argent de côté spécifiquement pour votre retraite, par exemple sur un contrat d’assurance-vie. Avantage de ce support ? L’argent n’y est pas bloqué, il reste utilisable si vos priorités changent. Mais dans l’optique de la retraite, vous pouvez l’y laisser fructifier des dizaines d’années et profiter d’une fiscalité douce à la sortie (dès 5 ans de détention du contrat).

« À 35 ans, il est logique d’investir entre 20 % et 40 % de son assurance-vie en unités de compte (fonds profilés, fonds actions, etc.), afin de dynamiser son épargne. Il faudra commencer à réduire le risque une dizaine d’années avant la retraite, en basculant l’argent vers le fonds en euros, afin de sécuriser son capital », rappelle Ludovic Herschlikovitz.
 Les dispositifs d’épargne salariale, le plus souvent mis en place par les entreprises de plus de 50 salariés, permettent aussi de préparer sa retraite dans de bonnes conditions. 46 % des salariés du privé disposent d’un plan d’épargne entreprise (PEE), et 23 % d’un plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco).

« L’idéal est de mettre en place des versements programmés mensuels vers le PEE et le Perco, même si on ne peut y consacrer que quelques dizaines d’euros », conseille Hubert Clerbois, associé de la société de conseil EPS Partenaires. Vous choisissez la répartition de votre épargne entre supports risqués et non risqués et bénéficiez parfois, en prime, d’un coup de pouce de votre employeur qui abonde vos versements. À noter, sauf exceptions (voir tableau), les sommes versées sur un PEE sont bloquées 5 ans, tandis que celles investies sur un Perco ne sont disponibles qu’à la retraite.

« Les jeunes salariés sont souvent réticents à investir sur un placement bloqué jusqu’à la retraite. Or, l’achat de sa résidence principale est l’un des critères de déblocage anticipé permis pour le Perco. C’est un atout de taille pour cette enveloppe », résume Hubert Clerbois. Idéal en complément 
de l’assurance-vie.


Si vous êtes
 fonctionnaire, pensez à
 la Préfon-retraite, ce 
dispositif d’épargne
 retraite réservé aux
 agents de l’État, des 
collectivités locales,
 agents hospitaliers des 
établissements publics
 et à leurs conjoints. Les cotisations permettent d’acheter des points. Plus vous êtes jeune, plus le nombre de points obtenus est élevé. Pas besoin de choisir parmi différents supports d’investissement. Vous retenez seulement la classe de cotisations qui correspond votre capacité d’épargne. Cela va de 19 à 1 900 euros par mois, avec la possibilité de modifier ou de suspendre vos versements. De plus, vous bénéficiez d’un avantage fiscal : les cotisations sont déductibles des revenus, dans la limite de 10 % des revenus plafonnés à 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) de l’année précédente (39 228 euros en 2017), soit une déduction maximale de
 31 382 euros pour les versements réalisés en 2018. Mais cette enveloppe est moins souple que l’assurance-vie et le PEE car elle est bloquée jusqu’à 55 ans au moins.


Disponibilité de l’argent

  • Livret A : en permanence.

  • Assurance-vie : au bout de 8 ans pour bénéficier des avantages fiscaux.
  • PEE : au bout de 5 ans.

  • Perco : à la retraite uniquement, en rente viagère ou en capital.

  • Préfon-retraite : à partir de 55 ans, sous forme de rente trimestrielle viagère, possibilité de prendre 20 % en capital, seulement une fois la retraite atteinte.

300 euros : votre capacité d’épargne mensuelle


Vos revenus sont suffisamment confortables, il faut passer à la vitesse supérieure. Le plan d’épargne en actions (PEA) est un bon complément à l’assurance-vie. Vous pouvez y placer jusqu’à 150 000 euros, qui seront investis en actions européennes détenues en direct ou à travers des fonds. Attention, cette enveloppe est par nature risquée, contrairement à l’assurance-vie et à l’épargne salariale qui proposent à la fois
 des supports risqués et non risqués.

Concernant les produits spécifiques à la retraite, pensez au plan d’épargne pour la retraite populaire (PERP). Contrairement à la Préfon-retraite, réservée aux fonctionnaires, il est accessible à tous. Il fonctionne comme un contrat d’assurance-vie, avec une large palette de supports d’investissement plus ou moins risqués, dont vous gérez la répartition. Les versements sont déductibles du revenu dans les mêmes conditions que pour la Préfon-retraite (voir ci-dessus). Dans la pratique, plus votre taux marginal d’imposition (le taux d’imposition applicable à la plus haute tranche de vos revenus) est élevé, plus l’avantage fiscal est important : 
3 000 euros placés sur un PERP correspondent à une économie d’impôt de
 1 230 euros pour un contribuable dont le taux marginal s’élève à 41 %, mais de seulement 420 euros si votre taux marginal est de 14 %. Seuls les foyers dont le taux marginal d’imposition atteint 30 % minimum ont donc intérêt à souscrire un PERP, compte tenu des contraintes de cette enveloppe bloquée jusqu’à la retraite.


Disponibilité de l’argent

  • PEA : au bout de 5 ans pour bénéficier des avantages fiscaux.

  • PERP : à la retraite seulement, sous forme de rente viagère, avec possibilité d’obtenir 20 % du total en capital, voir l’intégralité si c’est pour acheter sa première résidence principale.

700 euros : votre capacité d’épargne mensuelle


Le moment est venu de diversifier vos placements. Premier réflexe : augmenter
 les versements réguliers sur votre contrat d’assurance-vie, qui conserve tous ses atouts, quel que soit le profil de l’épargnant. Pour l’épargne retraite, vous pouvez bien sûr augmenter les versements
 sur votre PERP ou, si vous 
êtes indépendant, ouvrir
 un contrat Madelin. Réservé
 aux travailleurs indépendants
 (artisans, commerçants,
 professions libérales...) non agricoles, soumis à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) ou des bénéfices non commerciaux (BNC), le contrat Madelin fonctionne comme une assurance-vie. Vous choisissez la répartition de votre épargne entre un fonds en euros sans risque et des fonds risqués (actions, obligations, diversifiés).

Attention, le contrat Madelin est contraignant puisque vous vous engagez 
à réaliser des versements annuels réguliers, en contrepartie d’un avantage fiscal supérieur à celui du PERP. En effet, les cotisations sont déductibles des revenus dans la limite d’un plafond fiscal (10 % du bénéfice imposable dans la limite de huit PASS, majoré de 15 % de la fraction de ce bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS).

Disponibilité de l’argent

  • Contrat Madelin : à la retraite seulement, sous forme de rente viagère.