Nouvelles menaces sur les retraites

Nouvelles menaces sur les retraites

Alors que la réforme du régime des retraites initiée en 2010 n’a pas encore produit tous ses effets (le recul de l’âge de départ va se poursuivre encore quelques années au rythme de quatre mois par an), le Conseil d’orientation des retraites anticipe un creusement du déficit qui devrait atteindre 20 milliards d’euros en 2018. Il faut s’attendre à ce que de nouvelles mesures soient élaborées en 2013.

Notre système de retraite par répartition repose sur un postulat de base : ce sont les actifs qui financent les pensions de retraite de ceux qui ont cessé leur activité pour goûter un repos bien mérité. Deux facteurs interagissent donc et contribuent à maintenir un équilibre : le nombre d’actifs et le montant prélevé sur leurs émoluments (les cotisations) d’une part et le nombre des retraités et le montant de leurs pensions d’autre part.

Un équilibre durablement rompu

Or, il se trouve que sous l’effet conjoint de l’arrivée à l’âge de départ à la retraite des générations nées dans l’immédiate après-guerre (le baby boom qui se transforme en papy boom) et de l’allongement de l’espérance de vie, il faut payer une pension à plus de personnes et plus longtemps.

La démographie est une science qui laisse peu de place à la surprise et, depuis les années 1990 (Michel Rocard, Premier ministre, avait commandé un livre blanc sur les retraites en 1991), plusieurs rapports avaient conclu à la nécessité de réformer le système.

Trois paramètres sont en interaction dans le calcul du montant des pensions : la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier du taux plein, la base de calcul du salaire et l’âge de départ à la retraite.

Trois leviers pour une réforme

La dernière réforme a joué sur les trois paramètres. Les salaires pris en compte sont actuellement les salaires des 25 meilleures années (salaire annuel moyen), le nombre de trimestres nécessaires progresse pour atteindre 166 trimestres pour les assurés nés en 1955 et l’âge de départ va passer progressivement à 62 ans (assurés nés à partir de 1955).

Seuls les salariés ayant démarré leur activité très tôt et ayant cotisé très longtemps (les carrières longues) et les salariés ayant occupé des postes pénibles échappent à ce dispositif.

Ces décisions – qui ont rencontré une forte opposition – ont permis de réduire le déficit mais pas de le supprimer, loin de là : les besoins en financement des systèmes de retraites ont encore atteint 11 milliards d’euros en 2011 et l’état actuel du marché de l’emploi – le nombre de chômeurs n’a jamais été aussi important dans notre pays – ne joue pas dans le bons sens.

Des perspectives sombres

Le Conseil d’orientation des retraites a planché sur ce sujet. Le rapport qu’il a préparé à la demande de François Hollande sera rendu public en janvier. Mais les perspectives sont sombres. D’après les chiffres publiés par le journal « Les Echos », si rien n’est entrepris, le déficit pourrait atteindre les 20 milliards en 2018 (+ 30 %). Et les besoins dépasser les 25 milliards en 2030 avant de décroître progressivement. Il faut dire que la démographie – toujours elle – n’est pas tendre : le nombre de cotisants par retraité qui était de 1,7 en 2010 devrait frôler les 1,4 en 2040.

Sur quels paramètres agir ?

Depuis la réforme de 2010, le système s’est considérablement durci. L’âge de départ effectif recule et le taux d’emploi des seniors augmente pour la première fois depuis longtemps. La marge de manœuvre est donc limitée. L’allongement de la durée de cotisation ne produirait pas d’effets notables et le recul de l’âge de départ est déjà inscrit dans la précédente réforme (il reculerait à 63 ans dans les dix prochaines années).

Deux paramètres très impopulaires et qui toucheraient directement le pouvoir d’achat et donc indirectement la croissance pourraient être modifiés : d’une part le montant des cotisations prélevés sur les actifs et d’autre part le montant des retraites versés aux pensionnés. Des décisions forcément impopulaires qui demandent un grand courage politique…