Enfants, heures sup’, temps partiel, travail à l’étranger : quels effets sur votre retraite ?

Enfants, heures sup’, temps partiel, travail à l’étranger : quels effets sur votre retraite ?
Les années passées à l’étranger ne sont pas comptabilisées dans la moyenne des revenus des 25 meilleures années. - © Alexander Image

Des situations peuvent avoir des conséquences négatives ou positives sur votre retraite. Passage en revue de l’impact de la naissance d’enfants, des heures supplémentaires, du temps partiel et du travail à l’étranger.

ENFANTS

Retraite de base. Pour les mères, chaque enfant né ou adopté ouvre droit à des 
« trimestres pour majoration d’assurance » :

  • 8 par enfant dans le régime de base des salariés du privé (4 pour maternité et 4 pour éducation),
  • 2 dans le régime des fonctionnaires pour un arrêt de travail inférieur à 6 mois (enfants nés depuis 2004).

Ces trimestres n’apparaissent pas automatiquement sur le relevé de situation individuelle ou sur le relevé de carrière. Il faut en faire la demande à sa caisse ou les ajouter soi-même aux trimestres comptabilisés.

Ainsi, une salariée du privé née en 1983 qui totalise 35 trimestres fin 2017, sans compter ses deux enfants nés en 2011 et 2013, cumule en réalité 35 + 16 (8 × 2) = 51 trimestres. À moins d’avoir opté, comme c’est possible pour tout enfant né à compter du 1er janvier 2010, pour la répartition des 4 trimestres pour éducation de l’enfant entre mère et père.

« Attention, rappelle Valérie Batigne, présidente de Sapiendo-Retraite, cette option qui permet de donner jusqu’à 4 trimestres à l’autre parent ne peut être exercée que dans les six mois suivant les 4 ans de l’enfant. À défaut, ces 4 trimestres profitent à la mère ou sont partagés entre les parents par moitié, lorsqu’ils sont de même sexe. »

À noter. Une majoration de 8 trimestres complémentaires est également allouée sous condition pour les parents ayant élevé un enfant handicapé à 80 %.

Retraite complémentaire. Comme pour la retraite de base, les enfants ouvrent droit à des majorations de pension. C’est aujourd’hui notamment le cas pour les retraitées salariées ayant eu au moins trois enfants. Le montant de leur retraite de base est automatiquement augmenté de 10 %. C’est aussi le cas pour les droits Arrco et Agirc obtenus depuis le 1er janvier 2012. En revanche, la majoration est de 5 % pour les droits Arrco acquis entre 1999 et 2011, et au minimum de 8 % pour les droits Agirc. La retraitée peut bénéficier d’une majoration temporaire de 5 % pour chaque enfant à sa charge, au moment de la date d’effet de sa retraite complémentaire. Les deux majorations ne sont pas cumulables. C’est la plus favorable qui s’applique.

HEURES SUPPLÉMENTAIRES

Retraites de base et complémentaire. Plus les revenus augmentent, plus l’on cotise, plus les droits à retraite progressent. À condition, bien sûr, que les heures supplémentaires soient payées.

TEMPS PARTIEL

Retraite de base et complémentaire. Travailler à 4/5e pour s’occuper de ses enfants ou monter un projet personnel a une incidence directe sur la retraite des salariés du privé. Si la baisse de 20 %
 de temps de travail se traduit par une perte de revenu équivalente, cela risque, sur 
la durée, de minorer la moyenne des 25 meilleures années et pèsera sur le montant de la pension de base. Dans tous les cas, faites vos calculs, car il serait dommage d’aller jusqu’à perdre un trimestre cotisé. Celui-ci s’acquiert en cotisant sur une base de 150 heures de smic horaire brut. Ainsi, en 2018, si votre salaire passe sous les 
5 928 euros brut par an (4 × 150 × 9,88 €), soit 494 euros mensuels, vous ne validerez que 3 trimestres de retraite au lieu de 4.

« Vous pouvez demander à votre employeur de continuer à cotiser en équivalent temps plein, indique Philippe Bainville, expert retraite à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav). Il est libre d’accepter ou pas. » Mais cela réduit encore le net à la fin du mois ! Même pour la retraite complémentaire, réduction du temps de travail égale baisse des revenus et du nombre de points Agirc-Arrco, sauf si vous surcotisez volontairement.

TRAVAIL À L’ÉTRANGER

Suivant les situations, quelques années effectuées à l’étranger peuvent avoir un impact positif, neutre ou très négatif en matière de retraite. Ainsi, les fonctionnaires bénéficient d’une bonification dite « de dépaysement » sous forme de trimestres supplémentaires s’ils ont travaillé outre-mer ou hors de l’Europe. Cela ne change rien pour les salariés du privé détachés à l’étranger par leur entreprise. Ils continuent à cotiser en France, comme s’ils n’avaient pas quitté le territoire. En revanche, les salariés expatriés et les signataires d’un contrat de travail local relèvent du système de retraite du pays d’accueil, ce qui peut les pénaliser. Ce qui suit les concerne.

Retraite de base. Sous certaines conditions, les années effectuées à l’étranger peuvent être prises en compte pour l’ouverture du droit et le calcul de la retraite. Pas d’inquiétude si elles n’apparaissent pas automatiquement sur le relevé de situation individuelle. C’est normal ! Pour que ces années y figurent – à condition que le pays dans lequel la personne a travaillé soit un État de l’Espace économique européen ou la Suisse ou qu’il ait passé une convention avec la Sécurité sociale française –, il faut en faire la demande auprès de sa caisse de retraite.

Quand ? Idéalement, dès son retour en France, de l’avis de Valérie Batigne.

En pratique, détaille Philippe Bainville, « la caisse française se rapprochera de celle du pays pour savoir si ce dernier prend en compte ces périodes travaillées et le nombre de trimestres de retraite attribués. D’où l’importance, insiste-t-il, de conserver précieusement toutes les fiches de paie et les documents liés à cette période. Il est également recommandé de se renseigner avant de partir et, si nécessaire, de cotiser auprès de la Caisse des Français de l’étranger (Cfe.fr), notamment si l’on s’expatrie dans un pays non conventionné, comme l’Australie, la Russie, la Chine ou le Mexique ».

Enfin, dans tous les cas, les années passées à l’étranger ne sont pas comptabilisées dans la moyenne des revenus des 25 meilleures années. Et la pension acquise
 à l’étranger est directement versée au retraité par le pays, et non par la France.


Retraite complémentaire. Les revenus perçus à l’étranger, sauf en situation 
de détachement, ne donnant lieu à 
aucune cotisation retraite en France, ils n’ouvrent aucun droit auprès des régimes complémentaires.

« La seule parade consiste à cotiser volontairement pour la retraite – soit seul, soit en se faisant cofinancer par son employeur – auprès de la Caisse de retraite pour la France et l’extérieur (CRE) pour l’Arrco et de l’Ircafex (Institution de retraite des cadres et assimilés de France et de l’extérieur) pour l’Agirc », mentionne Fanny Guillou-Marre, expert retraite des régimes Agirc et Arrco.