De plus en plus de retraités s’installent à l’étranger

De plus en plus de retraités s’installent à l’étranger
De plus en plus de retraités s’installent à l’étranger, en quête d’un climat agréable, d’un pouvoir d’achat plus élevé, d’un logement bon marché, voire d’un régime fiscal favorable. - © shapecharge

Quelque 250 000 retraités français auraient déjà franchi les frontières de l’Hexagone pour vivre dans un pays offrant un pouvoir d’achat plus élevé. Si un tel projet vous tente, anticipez les écueils de l’expatriation.

De plus en plus de retraités s’installent à l’étranger, en quête d’un climat agréable, d’un pouvoir d’achat plus élevé, d’un logement bon marché, voire d’un régime fiscal favorable. Combien sont-ils ? Difficile de mesurer le phénomène, faute de statistiques fiables. Pour Paul Delahoutre, fondateur du site retraite-etranger.fr, les retraités ayant la seule nationalité française qui choisissent de vivre à l’étranger seraient 250 000. Et ce nombre augmenterait de 4 % par an, depuis 2007.

Prendre en compte tous les changements

Vous aussi, vous projetez de vous expatrier ? Bonne nouvelle : vous en avez le profil. En effet, « toutes les catégories de population et de revenus apparaissent concernées, des retraités modestes ayant du mal à boucler leurs fins de mois […] aux personnes très aisées […] », assure le député Yann Galut dans son rapport sur l’exil des forces vives de France. « À notre grande surprise, nous accompagnons beaucoup de femmes seules dans la concrétisation de leur projet d’expatriation », constate de son côté Christine Croubois, directrice à l’international de l’agence de migration l’Hirondelle. Europe du Sud, Maghreb, Bali… avant de jeter votre dévolu sur tel ou tel pays, regardez bien tous les changements que cela implique. Le Maroc continue d’être attractif, mais il est aujourd’hui talonné par le Portugal qui, depuis le 1er janvier 2013, exonère d’impôt sur le revenu, pendant dix ans, les pensions des retraités étrangers résidant sur son sol. Cet avantage s’applique aux anciens salariés du privé et aux indépendants, mais pas aux ex-fonctionnaires.

Évaluer l’impact sur ses revenus et ses placements

Quelle que soit votre destination, vérifiez, si vous vivez en couple, que le projet est bien porté par chacun. Sinon, il débouchera probablement sur un échec. Sur le plan matériel, faites le compte des revenus dont vous disposerez au moment de votre expatriation. La règle : le statut de résident étranger – vivre plus de 183 jours par an ailleurs qu’en France – ne vous empêche pas de percevoir votre pension de retraite. À condition de fournir une fois par an un certificat de vie à faire compléter par l’autorité en charge de l’état civil dans le pays de résidence. En revanche, vous ne pourrez pas recevoir l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ex-minimum vieillesse). Votre pension n’étant pas soumise aux contributions sociales (CSG, CRDS, CASA), son montant net sera plus élevé à l’étranger qu’en France.

Fiscalité. Les pensions sont soumises à l’impôt sur le revenu en France, sauf lorsqu’une convention fiscale a été signée avec le pays étranger : les pensions sont alors imposables dans le pays de résidence selon ses règles propres, voire exonérées d’impôt sur le revenu sous conditions, comme au Portugal cité plus haut.

Épargne. Votre statut de non-résident fiscal vous contraint à clôturer le livret de développement durable (LDD) et le livret d’épargne populaire (LEP). En revanche, vous pouvez garder l’ensemble de vos autres placements, y compris, et cela depuis 2012, le plan d’épargne en actions (PEA) et le PEA-PME créé en 2014. Veillez à ce que la majorité de vos fonds ne reste pas en France, sinon vous ne pourrez pas bénéficier de l’avantage fiscal accordé par certains pays aux retraités étrangers. Si vous avez préparé votre projet d’expatriation très en amont, « rien ne s’oppose à ce que vous ouvriez un contrat d’assurance-vie au Luxembourg », souligne Michel Tirouflet, directeur du cabinet d’expertise fiscale Michel Tirouflet Conseil.

Penser à ses frais de santé

Les problèmes de santé surgissant ou s’amplifiant avec l’âge, il est indispensable de prévoir une bonne protection médicale. En cas de résidence dans un pays de l’Espace économique européen (EEE) ou en Suisse, vous pouvez vous faire rattacher au régime d’assurance-maladie local, ce qui vous permettra d’être remboursé sur la base des tarifs locaux. Une couverture maladie locale est également accessible aux retraités qui s’expatrient dans l’un des onze pays avec lesquels la France a signé une convention bilatérale de Sécurité sociale (Maroc, Tunisie…). Dans tous les cas, vous n’aurez pas à payer de cotisation sur place, car la France prélève déjà une cotisation d’assurance-maladie sur votre pension.

Prise en charge. À quelle hauteur serez-vous remboursé ? Devrez-vous vous tourner vers le privé, faute d’un secteur public de qualité sur place ? Renseignez-vous avant de partir. Si les conditions proposées par le système de santé local ne vous satisfont pas, vous pouvez choisir d'adhérer à la Caisse des Français de l’étranger (CFE) qui garantit la même protection que l’Assurance-maladie dans l’Hexagone, moyennant le paiement d’une cotisation (4,2 % du montant des pensions ou 222 € par trimestre, selon les cas). Les adhérents à la CFE vivent principalement au Maroc, en Thaïlande et en Tunisie, et 51 % d’entre eux avaient entre 65 et 74 ans en 2014, contre 39 % en 2007. Afin d’améliorer votre couverture en matière de santé, vous pouvez choisir une complémentaire auprès d’un partenaire de la CFE. La seconde solution consiste à souscrire une assurance santé auprès d’une compagnie privée. Cette alternative vaut également pour les retraités qui s’expatrient en Thaïlande ou à Bali, par exemple. Quelle que soit votre couverture à l’étranger, « vous pourrez revenir en France pour recevoir des soins urgents ou programmés, remboursés selon les règles de l’Assurance-maladie », complète Laura Faubel, directrice de la documentation et de la communication au Centre des liaisons européennes et internationales de Sécurité sociale (Cleiss).

Réorganiser son patrimoine

Immobilier. Côté logement, si vous conservez votre résidence principale en France, que vous la louiez ou pas, sachez que vous êtes en droit de la vendre en étant totalement exonéré de l’impôt sur la plus-value, même après votre départ. « Il convient que la cession intervienne, au plus tard, le 31 décembre de la cinquième année suivant votre expatriation », explique Me Olivier Goussard. Sur place, si vous louez un logement, renseignez-vous sur le régime local de la location, sûrement moins protecteur vis-à-vis du locataire qu’en France. L’achat d’un bien immobilier est, lui aussi, soumis à la loi de votre nouveau pays de résidence. Dans certains pays où le notariat n’existe pas, le vendeur ne sera pas forcément le propriétaire du bien… Avant l’acquisition, informez-vous également sur la revente : pourrez-vous rapatrier les capitaux issus de la cession de votre logement ?

Succession. Les conséquences liées aux aléas de la vie (divorce, invalidité, dépendance, décès) doivent aussi vous préoccuper. Ainsi, renseignez-vous sur les règles successorales : qui héritera après votre décès et que recevront vos héritiers ? « Votre pays d’accueil ne reconnaît peut-être pas la donation entre époux, contrat que vous avez choisi en France », met en garde Me Olivier Goussard. Si vous possédez un logement à Lyon et un autre à Lisbonne, par exemple, aujourd’hui, en cas de décès, il faut ouvrir deux successions, l’une dans l’Hexagone, soumise à la loi française, et l’autre au Portugal, soumise à la loi portugaise. Mais après le 17 août 2015, il n’y aura plus qu’une seule succession pour tous les biens situés dans l’Union européenne. Il sera possible de choisir la loi applicable à ses successions en France et à l’étranger, et donc d’en simplifier le règlement. Faites également attention à la fiscalité : quel pays prélèvera un impôt sur votre succession, et à quel taux ? Après avoir étudié toutes ces questions, « testez le pays dans des conditions réelles, pendant trois mois à un an, en parlant la langue, en faisant les courses, en allant chez le médecin, en prenant les transports en commun, etc. », conseille Paul Delahoutre. Objectif : vérifier votre adaptabilité à toutes les contraintes que votre nouvelle vie occasionne.

Les démarches à accomplir au préalable

Si vous décidez de vous expatrier, voici les principales démarches qu’il convient d’accomplir en amont.

  • Notaire : mesurez auprès de lui les impacts patrimoniaux et successoraux de votre expatriation et ajustez, le cas échéant, votre situation (changement de régime matrimonial, par exemple).
  • Consulat du pays étranger : si vous quittez l’Union européenne, demandez-lui un visa de tourisme ou un permis de résidence selon les cas.
  • Caisses de retraite : informez-les de votre changement de lieu de résidence. Et, pour votre assurance-maladie, demandez le formulaire S1 en cas de départ pour un pays de l’Espace économique européen ou le formulaire de liaison en cas de départ pour un pays avec lequel la France a signé une convention de Sécurité sociale.
  • Service des impôts : indiquez-lui par lettre recommandée avec accusé de réception votre prochain changement de résidence et votre nouvelle adresse.
  • Banque : signalez-lui votre futur statut de non-résident fiscal et demandez-lui conseil pour l’ouverture d’un compte à l’étranger.

« Nous bénéficions dun pouvoir dachat plus élevé quen France »

Michèle et Thierry Venin, 57 et 58 ans, vivent à Agadir (Maroc)

« Salariés de la SNCF, nous savions qu’à la retraite, nous quitterions Paris pour un autre environnement. Nous avons pensé à l’île de Molène, en Bretagne mais, finalement, nous avons opté pour le Maroc, pas trop éloigné de la France, francophone, doté d’un climat agréable, où nous pourrions vivre avec un pouvoir d’achat plus élevé. Nous sommes arrivés à Agadir en janvier 2014, avec nos quatre chats… Restés en France, les trois fils de Michèle, tous adultes, viennent nous voir dès qu’ils le peuvent, et notre petite-fille de 11 ans passe toutes ses vacances avec nous. Nous connaissions les habitudes de vie au Maroc, pour y avoir passé des vacances à plusieurs reprises. Nous y sommes très heureux, à tel point que nous n’envisageons pas de rentrer en France, où nous n’avons plus de logement ni de compte en banque… Les seules raisons qui nous feraient changer d’avis seraient un problème de santé grave et une instabilité politique. »

Informations utiles