Quitter l'entreprise pour partir à la retraite : connaître vos droits

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© Monkey Business Images - iStock

Vous êtes licencié peu de temps avant la retraite

Salarié en CDI depuis plusieurs années dans la même entreprise privée, vous êtes licencié alors que vous êtes encore à quelques années de pouvoir faire valoir vos droits à la retraite.

Le préavis

Tout salarié licencié doit exécuter un préavis, sauf exception (dispense du préavis par l’employeur, faute grave ou lourde, etc.). Le préavis est de deux mois (puisque vous avez au moins deux ans d’ancienneté dans l’entreprise), à moins que votre convention collective soit plus favorable.

L'indemnité de licenciement

Vous avez droit à une indemnité (puisque vous avez au moins huit mois d’ancienneté ininterrompus dans l’entreprise), sauf si vous avez été licencié pour faute grave ou lourde. Fixé par la loi, son montant est égal à un quart de mois de salaire de référence par année d’ancienneté pour les dix premières années, puis à un tiers pour les années suivantes. Certaines conventions collectives prévoient une indemnisation plus avantageuse.

A noter 

Le salaire de référence correspond à la moyenne des douze derniers mois de salaire (ou des trois derniers si elle est plus favorable). L’indemnité est exonérée de CSG-CRDS et de cotisations sociales dans la limite de deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 82 272 euros en 2021). Lorsqu’elle respecte le montant prévu par le Code du travail ou la convention collective, elle n’est pas imposable.

L'allocation chômage

Puisque vous cotisez à l’assurance-chômage depuis plus de deux ans, « vous avez droit à l’allocation de retour à l’emploi (ARE) pendant vingt-quatre mois (730 jours) si vous avez moins de 53 ans à la fin du contrat de travail ; trente mois (913 jours) si vous avez 53 ou 54 ans ; trente-six mois (1 095 jours) si vous avez au moins 55 ans », détaille Élisabeth Gueguen, directrice de la réglementation et de l’indemnisation à Pôle emploi. À noter : les 53-54 ans peuvent également bénéficier de la durée maximale de 1 095 jours s’ils suivent une formation indemnisée au titre de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) par Pôle emploi et à condition de justifier de plus de 652 jours travaillés avant le chômage.

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Bon à savoir 

En cas de chômage indemnisé, « la personne continue d’accumuler des trimestres pour sa retraite. Mais le montant de ses allocations ne sera pas comptabilisé dans la base de calcul de sa pension », explique Philippe Bainville, de la Cnav.

Le passage de l'allocation chômage à la retraite

Il se fait automatiquement à l’âge auquel vous pourrez prétendre à la retraite à taux plein.

À partir de 62 ans (âge légal de départ à la retraite) : dès que vous avez atteint le niveau de cotisation garantissant une pension à taux plein, Pôle emploi cessera ses versements, même si vous n’avez pas épuisé vos droits à l’assurance-chômage. Il ne peut pas vous contraindre à liquider votre retraite avant l’âge légal, même si vous pouvez prétendre à la retraite anticipée pour carrière longue.

Si à l’âge de 62 ans ou plus, vous avez épuisé vos droits à l’assurance-chômage, « vous pourrez rester inscrit et être indemnisé jusqu’à pouvoir prétendre à une retraite à taux plein », rappelle Élisabeth Gueguen, avant de préciser les conditions à remplir : « Être en cours d’indemnisation depuis au moins un an, avoir travaillé et cotisé à l’assurance-chômage pendant au moins douze années, présenter au moins 100 trimestres validés par l’assurance-vieillesse et, enfin, justifier de douze mois consécutifs (ou vingt-quatre mois non consécutifs) de travail salarié au cours des cinq années précédant la fin du contrat. » À défaut, vous pouvez percevoir l’allocation de solidarité spécifique (ASS).

Si vous n’avez pas encore 62 ans à la date d’épuisement de vos droits à l’assurance- chômage, « vous pouvez alors solliciter le bénéfice de l’ASS », explique Élisabeth Gueguen. Plusieurs conditions sont à respecter : être apte au travail, rechercher activement un emploi, avoir travaillé au moins cinq ans au cours des dernières années précédant l’entrée au chômage et entrer dans les conditions de ressources en vigueur. À défaut d’ASS, il reste le RSA.

Notre conseil 

N’attendez pas le courrier de Pôle emploi (voir encadré page 81) pour vous préoccuper du dépôt de votre dossier de demande de retraite. Car vous n’êtes pas à l’abri d’erreurs à corriger sur votre relevé de carrière ou d’un dysfonctionnement de l’administration qui pourraient entraîner un retard dans le premier versement de pension.

La transition entre Pôle emploi et l'assurance-retraite

Lorsqu’un demandeur d’emploi s’approche de l’âge légal de la retraite, Pôle emploi se tourne vers l’Assurance-retraite pour connaître sa situation. « Nous indiquons à Pôle emploi s’il a atteint les critères d’une pension à taux plein à 62 ans et, si ce n’est pas le cas, l’âge auquel il pourra y prétendre », précise Philippe Bainville, expert à la Cnav. Avec un préavis de quatre mois, Pôle emploi vous informera par courrier que le versement de votre allocation chômage cessera à la date d’obtention de la retraite à taux plein. « Nous invitons les assurés à déposer leur dossier auprès de leur caisse de retraite pour éviter toute interruption de paiement entre l’arrêt de l’allocation chômage et le premier versement de la pension », souligne Élisabeth Gueguen, de Pôle emploi.

Vous quittez volontairement l'entreprise pour prendre votre retraite

Vous avez au minimum l’âge légal requis (62 ans) pour prendre votre retraite à taux plein ou pas, ou vous êtes en droit de partir plus tôt car vous pouvez bénéficier de la retraite anticipée pour carrière longue si vous avez commencé à travailler avant l’âge de 20 ans. Dans tous les cas, c’est votre décision et vous n’avez pas besoin de l’accord de votre employeur.

Le préavis

Sa durée est celle prévue en cas de licenciement. Sauf règles conventionnelles plus favorables, elle est d’un mois pour une ancienneté de six mois à deux ans ou deux mois pour une ancienneté supérieure. Ces durées sont doublées, dans la limite de trois mois, pour les salariés handicapés. Lorsque l’ancienneté est inférieure à six mois, l’absence d’information dans le Code du travail renvoie à la convention collective ou aux usages en cours dans l’entreprise.

L’indemnité de départ

Elle est calculée sur la base du salaire brut moyen des douze derniers mois ou, si la formule est plus avantageuse, des trois derniers mois, primes et éléments de salaire annuels inclus. Son versement a lieu à partir de dix ans d’ancienneté : un demi-mois de salaire moyen jusqu’à quatorze ans d’ancienneté, un mois entre quinze et dix-neuf ans, un mois et demi entre vingt et vingt-neuf ans et deux mois à partir de trente ans. Un accord collectif peut prévoir des montants plus favorables.

L’employeur peut vous accorder en sus une indemnité de fin de carrière. L’une et l’autre ne sont exonérées de cotisations sociales, de CSG-CRDS et d’impôt sur le revenu qu’à condition que le départ volontaire ait lieu dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi.

Nos conseils

« Avant de décider de la date du départ à la retraite, il est important de faire le point sur ses RTT et surtout sur son éventuel compte épargne-temps, avertit Gérard Rodriguez, ex-conseiller confédéral retraite et actuel responsable de l’Union confédérale des retraités à la CGT. On parle parfois de plusieurs mois d’absence rémunérée potentiels ! » À utiliser avant son départ à la retraite ou à se faire payer, selon les conditions prévues dans l’accord d’entreprise. « Prévenir l’employeur de son départ à la retraite ne remplace pas la demande auprès des caisses de retraite, ajoute-t-il. Ce sont deux démarches différentes, mais incontournables. »

 

Quand déposer sa demande de retraite ?

Le salarié doit transmettre sa demande de départ à l’Assurance-retraite dans les six mois précédant le jour J. « Plus tôt, le dossier serait refusé, mais six mois ne sont pas de trop pour faire les choses sereinement », insiste Gérard Rodriguez. La demande en ligne, unique, est valable pour toutes les caisses de retraite. La démarche par courrier postal oblige à faire une demande auprès du régime général (Cnav ou MSA) et une autre auprès du régime complémentaire (Agirc-Arrco). « Un mois après le dépôt du dossier, sans stress, je conseille d’aller aux nouvelles jusqu’à être certain que tout sera prêt », indique Gérard Rodriguez.

Vous quittez l'entreprise pour partir en retraite à l'initiative de votre employeur

Votre employeur a le droit de vous mettre à la retraite d’office, donc sans votre consentement, dès que vous aurez atteint 70 ans. Avant cet âge, il ne peut le faire qu’avec votre accord et à la condition que vous ayez atteint l’âge de la pension à taux plein.

Le préavis

L’employeur est tenu d’appliquer les mêmes règles que celles s’appliquant au salarié qui part volontairement à la retraite (voir page précédente).

L’indemnité de mise à la retraite

Sauf règles conventionnelles (de branche ou d’entreprise) plus favorables, elle correspond à l’indemnité légale de licenciement. Ses régimes fiscal et social sont les mêmes que cette dernière.

Notre conseil

Si vous avez moins de 70 ans, vérifiez bien que votre employeur respecte la procédure. Celui-ci doit recueillir votre accord par écrit trois mois avant l’atteinte de l’âge légal du taux plein. Vous disposez ensuite d’un mois pour répondre. Si vous êtes d’accord – ou si vous ne répondez pas dans le délai —, l’employeur peut procéder à la mise à la retraite au cours de l’année.

La pression sur les séniors

Certes, les employeurs ne sont pas autorisés à mettre un salarié à la retraite avant l’âge de 70 ans sans son accord. Cependant, constate Gérard Rodriguez, « dans les faits, il est bien difficile de résister à une demande insistante quand on sait qu’en refusant de partir, on risque de voir ses conditions de travail se dégrader, d’être placardisé ou, pire, harcelé ». Ces pratiques, assurément illégales, ne sont pas rares pour pousser le salarié en fin de carrière à déposer son dossier de retraite ou à accepter une rupture conventionnelle pour attendre cette échéance à Pôle emploi. Lorsqu’une telle situation se présente, insiste Gérard Rodriguez, « on ne doit pas l’affronter seul. Il faut chercher une aide auprès des représentants des salariés ou à l’extérieur, dans les permanences juridiques des syndicats ou auprès d’un avocat ».

 

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