Les béguinages, pour bien vieillir ensemble

Dans toute la France, des béguinages d'un nouveau genre voient le jour. Ces logements adaptés aux personnes âgées, regroupés autour d'un jardin et dotés d'espaces communs, séduisent un nombre croissant de retraités.

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Plus qu’un type d’hébergement, le béguinage est un mode vie pour les personnes âgées autonomes.
© Photographee.eu/stock.adobe.com

> Nés dans les Flandres au Moyen Âge, les béguinages accueillaient des femmes laïques célibataires ou veuves. Ces béguines vivaient en communauté religieuse dans un ensemble de petites maisons regroupées autour d’un jardin et d’une chapelle. Aujourd’hui, de nouvelles formes de béguinage se développent: de petits ensembles de maisons ou d’appartements indépendants, dotés d’espaces de vie communs, ouverts aux femmes et hommes âgés, autonomes ou en perte très partielle d’autonomie. «À l’origine, nous avions été sollicités par un groupe de chrétiens qui souhaitaient vivre et vieillir ensemble, dans un environnement sécurisé. Pour eux, nous avons créé notre premier béguinage à Perpignan, dans un ancien couvent réhabilité. Le bouche-à-oreille a incroyablement bien fonctionné et nous avons enchaîné les projets. Aujourd’hui, tous nos béguinages ont une vocation sociale et ont perdu leur dimension confessionnelle», raconte Christophe Baïocco, cofondateur de l’association Vivre en béguinage qui gère une dizaine d’établissements dans toute la France.

En 2019, les personnes de plus de 65 ans étaient 13 millions,
leur nombre passera à 19 millions en 2040.

Des communautés à vocation sociale et à loyers modérés

> Les béguinages constituent une sorte de chaînon manquant entre le domicile personnel et la maison de retraite médicalisée. Ils pourraient éventuellement s’apparenter à des résidences-autonomie (les anciens “logements-foyers”) car ils ont la même vocation sociale, des infrastructures équivalentes et accueillent aussi des personnes âgées autonomes, seules ou en couple. Mais ces habitations, gérées par des structures publiques ou associatives, abritent souvent plus de 50 résidents, là où les béguinages se limitent à 15 ou 20 logements, ce qui favorise les relations humaines.

> Quant aux résidences services seniors (Les Hespérides, Les Jardins d’Arcadie…), administrées comme les béguinages par des structures privées, elles sont plutôt réservées à des personnes disposant de confortables revenus. «Alors que nos 689 logements de type T2 ou T3 (entre 52 et 69 m2) sont des HLM, et leur attribution est soumise à conditions de ressources et passage en commission», souligne Manuelle Noreve-Martin, directrice générale déléguée de Norevie qui gère 34 béguinages dans le département du Nord.

> Les loyers sont alignés sur les plafonds des aides au logement, et les résidents ne doivent pas dépasser un certain montant de ressources (en 2019, 26395 euros pour une personne seule, 35248 euros pour un couple sans personne à charge). Ils peuvent bénéficier des aides au logement (APL ou ALS) et de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile qui contribue à payer les dépenses nécessaires pour rester vivre chez soi malgré une perte d’autonomie. À Tours (37), aux Tourangelles, gérées par Vivre en béguinage, le loyer d’un T2 neuf de 39 m2 est de 409 euros plus 55 euros de charges mensuelles, avant les aides. Enfin, dans certains béguinages, il est possible de devenir propriétaire de son logement.

Un mode de vie bienfaisant

> Ce n’est pas un scoop, notre population vieillit. Et si l’espérance de vie des personnes âgées ne cesse d’augmenter, elle s’accompagne d’un isolement croissant dû à l’éclatement de la cellule familiale, la mobilité des enfants et la disparition de la vie sociale dans les villages. Avec leurs logements conçus de plain-pied, répondant souvent au label Haute Sécurité Santé pour les seniors (H2S) et des espaces communs animés par des personnes extérieures, les béguinages apportent une réponse aux problèmes du troisième âge. «Pour bien vieillir, il faut certes avoir une hygiène de vie qui permette de se maintenir en bonne santé, mais aussi entretenir des stimulations physiques et intellectuelles, et garder des liens sociaux  pour donner du sens à sa vie. Le béguinage apporte tout cela, ainsi qu’un logement adapté où l’on se sent en sécurité et où l’on conserve son identité et son indépendance», détaille Olivier de Ladoucette, gériatre et président-fondateur de la Fondation pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer.

Autonomie et entraide

> Les béguinages sont toujours implantés non loin d’un centre-ville et de commerces de proximité. Les résidents dont les revenus le permettent peuvent profiter à leur domicile de services à la personne type ménage, coiffure, livraison de repas, etc. Mais pour habiter en béguinage, ils doivent être autonomes ou en perte partielle d’autonomie (Gir 6 ou Gir 5). Car les logements n’ont pas vocation à être médicalisés, même s’ils sont conçus pour favoriser au maximum le maintien à domicile: sanitaires adaptés, seuils de porte abaissés, mains courantes dans les toilettes, volets électriques, etc.

> Le mode de vie en béguinage permet aussi de structurer les soins de façon efficace: «Si vous êtes isolé à la campagne, le médecin passera vous voir quand il aura le temps. Alors que dans une résidence de 20 personnes, il y a toujours non loin un médecin ou une infirmière», renchérit le docteur de Ladoucette. «Pour retarder le plus longtemps la dépendance et encourager le maintien à domicile, nous mettons aussi en place de nombreuses actions –ateliers bien vieillir, mémoire, prévention des chutes, ergothérapie… Et si nécessaire, lorsqu’elle est possible, nous organisons une hospitalisation à domicile», poursuit Christophe Baïocco.

> En plus de l’autonomie, vivre en béguinage requiert tout de même d’avoir le sens du partage, une certaine ouverture d’esprit, et de respecter les façons de vivre et de penser des autres. On vit chez soi, certes, mais entouré de voisins sur lesquels on veille, sans les surveiller. «Avant l’entrée dans les lieux, nos futurs résidents travaillent à la rédaction d’une charte de vie, un engagement moral basé sur des valeurs de bienveillance et de respect mutuel», précise Christophe Baïocco. Mais cet apprentissage du vivre ensemble ne va pas toujours de soi, et, pour encourager les liens et les activités, faciliter les relations –voire apaiser les tensions–, une présence quotidienne est assurée. Hôtesse, gardien-veilleur, accompagnatrice…

> Chaque béguinage a ses appellations, mais le concept est le même. Il s’agit de prendre soin des résidents, de les aider dans les petits problèmes quotidiens, et de mettre en place des animations –auxquelles personne n’est obligé de participer. Enfin, il ne s’agit pas de communautés qui vivent fermées sur elles-mêmes : la plupart des béguinages ouvrent leur salle commune aux associations de quartier ou encouragent la participation à des projets sociaux ou humanitaires. «Le béguinage assure un sentiment de sécurité pour le locataire et sa famille, allié à une certaine convivialité. Cela permet de créer ou de recréer du lien social, mais également de redécouvrir des valeurs, comme l’entraide et la solidarité», résume Manuelle Norève-Martin.

df
Marianne Leclère
Publié le

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