Comment partir à la retraite à taux plein ?

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8mn de lecture
© dobok - iStock

Tous les assurés sont aujourd’hui autorisés à demander le versement de leur retraite dès 62 ans. Mais entre 62 ans et 67 ans, il faut avoir accompli une « carrière complète » pour obtenir une retraite à taux plein, la durée d’assurance minimale augmentant au fil des générations (voir tableau page suivante). Or, si vous avez réalisé des études supérieures, si vous avez arrêté votre activité professionnelle pour élever vos enfants, si vous avez travaillé à l’étranger dans un pays « hors convention » ou si votre carrière comporte tout simplement des trous, vous risquez de ne pas avoir la durée d’assurance requise pour obtenir votre retraite à taux plein.

Certes, cela ne vous empêchera pas de demander son versement, mais vos pensions – retraite de base et retraite complémentaire – seront calculées avec un abattement d’autant plus élevé qu’il vous manque un nombre de trimestres important. « Cette décote est définitive, et le manque à gagner est à vie », prévient Philippe Caré, dirigeant fondateur du cabinet conseil en transition emploi-retraite Perasma. D’où l’intérêt d’avoir une stratégie pour y échapper.

Commencer par faire ses comptes

« La plupart des relevés de carrière comportent des anomalies et il n’est pas rare d’y trouver un trimestre oublié », témoigne Marilyn Vilardebo, fondatrice d’Origami & Co. Il ne faut donc pas prendre les données inscrites sur votre relevé de carrière pour argent comptant. Au contraire, prenez le temps de reconstituer votre carrière, en faisant éventuellement appel à un cabinet retraite indépendant si vous ne vous sentez pas capable de débusquer vous-même les erreurs ou les oublis susceptibles d’influer sur l’âge auquel vous aurez droit au taux plein. « Jobs d’été, petits boulots d’étudiant, service militaire... vérifiez que toutes ces périodes sensibles ont bien été prises en compte. Il suffit d’avoir travaillé pendant un ou deux mois, chaque année, pour valider un ou deux trimestres », ajoute Pascale Gauthier, associée chez Novelvy Retraite.

Tenez compte aussi de certaines périodes absentes de vos relevés de carrière mais qui vous permettront d’atteindre plus vite que prévu le taux plein : majorations pour enfants (huit trimestres par enfant automatiquement accordés aux mères pour les enfants nés avant 2010), années passées à l’étranger, certaines phases de chômage non indemnisées... Ces périodes ne seront retenues que lorsque vous demanderez le calcul de votre retraite. Ce n’est qu’une fois ce travail de reconstitution effectué que vous pourrez vous interroger sur la meilleure tactique à mettre en œuvre.

Optimiser la date de son départ

S’il vous manque un ou deux trimestres pour atteindre votre durée d’assurance requise, il est assez facile de combler le trou en agissant sur la date à laquelle vous demanderez le versement de votre retraite. Il n’est pas nécessaire qu’elle coïncide avec le moment où vous quitterez l’entreprise.

Si vous avez des jours inscrits sur un compte épargne-temps (ou des reliquats de congés payés), il est permis de les utiliser pour arrêter de travailler plus tôt en prenant un congé de fin de carrière. Pendant la durée du congé, vous continuez à être rémunéré à 100 % et à valider des trimestres. Certaines entreprises offrent même des jours en plus, sous forme d’abondement, lorsque vous vous engagez à faire valoir vos droits à la retraite à l’issue de ce congé. Il peut aussi être judicieux de décaler la date du versement de votre retraite d’un ou deux mois car, la dernière année, le décompte des trimestres s’opère à partir des trimestres civils entiers.

Même si vous cotisez au- delà du minimum requis pour acquérir un trimestre (1 537,50 euros en 2021), il faudra attendre fin mars pour valider un trimestre, fin juin pour en valider deux, fin septembre pour en avoir trois et fin décembre pour en obtenir quatre. En clair, si vous êtes un peu juste pour vos trimestres, privilégiez le 1er avril, le 1er juillet, le 1er octobre et le 1er janvier pour fixer la date de votre départ.

Les durées d'assurance
Années de naissanceNombre de trimestres requis pour obtenir le taux plein
1958, 1959, 1960167
1961, 1962, 1963168
1964, 1965, 1966169
1967, 1968, 1969170
1970, 1971, 1972171
A partir de 1973172
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Décrocher en douceur avec la retraite progressive

S’il vous manque une dizaine de trimestres, voire davantage, et que vous ressentez le besoin de souffler mais sans arrêter complètement de travailler, la solution consiste à demander à travailler à temps partiel dans le cadre de la retraite progressive.

Ce dispositif est accessible à partir de 60 ans, avec une durée d’assurance minimum de 150 trimestres, mais rien ne vous empêche d’en profiter seulement à partir de 62 ans. « En allégeant votre temps de travail, vous pouvez tenir jusqu’à ce que vous ayez le nombre de trimestres requis pour le taux plein, sans y perdre trop en salaire. Par exemple, pour un temps partiel représentant 60 % d’un temps plein, vous allez percevoir 60 % de votre salaire et commencer à toucher 40 % de vos pensions de retraite. Ce qui correspond grosso modo à 85 % de votre ancien salaire net », explique Philippe Caré. Puis, lorsque vous arrêterez définitivement le travail, on recalculera vos droits pour tenir compte des trimestres – mais aussi des points supplémentaires – que vous avez acquis pendant cette période d’activité réduite.

Vous pouvez accéder à votre relevé de carrière avec l’application mobile « Mon compte retraite » sur un smartphone ou une tablette ou sur le site Info.retraite.fr.

Racheter des trimestres pour lever le pied dès 62 ans

Une autre piste à creuser est celle d’un rachat de trimestres auprès du régime de base. En augmentant artificiellement votre durée d’assurance, cette opération vise à partir plus tôt que prévu avec une retraite à taux plein sensiblement égale à celle que vous auriez eu en travaillant jusqu’au bout, pour peu que vous puissiez racheter tous vos trimestres manquants.

Encore faut-il avoir des trimestres à racheter, c’est-à-dire des périodes pendant lesquelles vous n’avez pas ou peu cotisé pour votre retraite : années d’études supérieures, années d’expatriation, périodes passées dans un camp militaire de transit et d’hébergement ou années civiles dites « incomplètes » au cours desquelles vous avez validé moins de quatre trimestres. Au total, il est permis de racheter jusqu’à douze trimestres. La rentabilité d’un rachat n’est pas la même pour tous. Elle dépend du coût du rachat (il existe des tarifs avantageux pour les apprentis, assistants maternels, artisans, commerçants), du niveau de vos revenus, de votre taux d’imposition et de l’impact de cette opération sur le montant de votre retraite complémentaire.

« Il faut calculer le délai de retour sur investissement, c’est-à-dire le nombre d’années qu’il vous faudra pour récupérer les sommes investies en supplément annuel de retraite. Si ce délai est de l’ordre d’une dizaine d’années, on considère que cela vaut la peine », explique Marilyn Vilardebo.

Négocier une rupture conventionnelle pour partir avant l'heure

Dernière solution, sans doute la plus radicale, pour être assuré de percevoir sa retraite à taux plein, celle qui consiste à négocier une rupture conventionnelle à partir de 59 ans. Un dispositif spécifique prévoit que si à 62 ans vous êtes toujours en cours d’indemnisation par Pôle emploi, vous continuez à percevoir vos allocations chômage au-delà de la durée maximum à laquelle vous avez droit (trente-six mois pour les plus de 55 ans) dès lors que vous ne pouvez pas prétendre à votre retraite à taux plein.

Vos allocations vous seront versées jusqu’à ce que vous ayez réuni le nombre de trimestres nécessaires pour recevoir votre pension sans abattement ou, à défaut, jusqu’à 67 ans. Autrement dit, si la législation ne change pas, en négociant une rupture conventionnelle à 59 ans, voire un peu avant compte tenu des différés d’indemnisation, vous avez la garantie d’être indemnisé par Pôle emploi pendant huit années au maximum, ce qui vous procure un double avantage : vous continuez à accumuler des droits pour votre retraite (trimestres et points) et, à l’issue de cette période, vous bénéficiez automatiquement d’une retraite à taux plein.

Seules conditions pour bénéficier de ce maintien de droits : être indemnisé depuis au moins un an, avoir validé au moins cent trimestres pour sa retraite et être affilié depuis douze ans à l’assurance chômage, dont une année continue ou deux années discontinues dans les cinq dernières années.

« Attention au malus dans le régime complémentaire »

L'avis de Pascale Gauthier, associée chez Novely Retraite.

Si vous demandez le versement de vos pensions de retraite dès que vous remplissez les conditions d’âge et de durée d’assurance pour bénéficier de vos retraites à taux plein, un malus est appliqué sur le montant de votre retraite complémentaire Agirc-Arrco. Temporaire, il ne minore votre pension que pendant trois ans. Son taux, fixé à 10 %, est ramené à 5 % pour les retraités soumis à la CSG à taux réduit. Certains retraités en sont dispensés (faibles revenus, parent d’un enfant handicapé...). Il est possible d’échapper à ce malus, voire d’obtenir un bonus, en retardant la date de son départ. Mais cela n’est pas forcément intéressant. Il vaut souvent mieux percevoir sa pension dès que possible, même amputée de 10 % pendant trois ans, que de s’en priver pendant un an.

 

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