Rénover sa maison en toute sécurité

Rénover sa maison en toute sécurité
Passez régulièrement sur le chantier pour discuter avec les artisans, donner des précisions, anticiper les problèmes. - © yanyong

Des aménagements d’ampleur insuffisamment pensés ou mal réalisés créeront des problèmes en cascade. Mode d’emploi pour piloter son chantier dans les règles de l’art.

Travaux : faites-vous conseiller par des spécialistes de l’habitat

Rendez-vous au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de votre département. Vous y trouvez des spécialistes de l’habitat, comme les architectes, qui vous guident gratuitement dans vos démarches, vous informent sur les normes techniques, la réglementation (permis de construire, etc.) ou les matériaux compatibles avec votre maison, et vous conseillent. Vous affinez ainsi votre projet.

« Une rénovation sert parfois à redistribuer l’espace intérieur. Elle implique également de s’adapter aux conditions locales. Par exemple, dans notre département où le vent souffle souvent fort, il n’est pas judicieux d’ouvrir trop de fenêtres ou de portes à l’ouest », explique Renaud Barrès, directeur du CAUE de l’Aude.

S’il faut intégrer une rénovation énergétique, faites alors appel au point Rénovation info service adapté à votre situation (contacts sur renovation-info-service.gouv.fr), qui peut vous piloter dans le dédale des aides, des solutions techniques, ou analyser vos devis.

Architecte : n’hésitez pas à y faire appel

Ce n’est pas le rôle du conseiller du CAUE de se rendre sur place pour faire vos plans et conduire votre chantier. Il ne faut donc pas hésiter à faire appel à un architecte : « Son aide se révélera utile pour gérer les éventuelles mauvaises surprises – il y en a presque toujours – au fur et à mesure de l’avancée des travaux », conseille Renaud Barrès. Son œil d’expert permettra de détecter défauts ou erreurs dans le travail des artisans, que vous ne pourriez pas repérer seul.

« De plus, l’intervention d’un architecte n’est pas aussi onéreuse qu’on le pense souvent, estime une conseillère du CAUE de Tarn-et-Garonne. Comptez 2,5 % à 3 % du coût des travaux hors taxes si celui-ci constitue un dossier de permis de construire, 5 % à 6 % s’il établit en plus les plans et un descriptif des travaux à conduire par les différents corps de métiers, et 10 % à 11 % environ s’il suit également le chantier. »

Le bouche-à-oreille n’est pas le seul moyen de dénicher les hommes de l’art. Si vous êtes épaulé par un architecte, celui-ci vous suggérera des professionnels ou se chargera de consulter les entreprises, de choisir les artisans et de coordonner leurs interventions, avec un échéancier des travaux et, pour chacun d’eux, des dates butoir indiquées dans le contrat.

Vous pouvez aussi confier les mêmes missions à un maître d’œuvre, pour des tarifs sensiblement équivalents. 

Entreprise générale du bâtiment : assurez-vous de la qualité des prestations

Autre solution : faire appel à une entreprise générale du bâtiment qui, à travers un contrat unique, réunira toutes les compétences nécessaires (maçon, plombier, électricien...) et planifiera leurs interventions en temps et en heure.

« Elle gère la totalité du chantier, le supervise, pour un prix global forfaitaire, avec des délais à respecter. Le client n’a ainsi qu’un seul interlocuteur, une seule facture. C’est plus simple », résume Giovanni Lecat, animateur délégué de Thermorénov, l’association des entreprises spécialistes de l’offre globale de rénovation des maisons individuelles.

Mais vous devez rester très vigilant et vous assurer autant que possible que l’entreprise choisie offre des prestations de qualité dans des métiers aussi différents que la plomberie, la maçonnerie ou l’électricité.

Des artisans affichent des labels

Les artisans peuvent afficher plusieurs labels ou marques comme garantie de leurs compétences.

« Le label Qualibat, par exemple, s’obtient auprès de l’organisme indépendant du même nom, lorsque l’entreprise prouve à l’aide de références de chantiers passés qu’elle a une qualification et une expérience professionnelle », précise Alain Dehaudt, directeur de l’Agence départementale d’information sur le logement (Adil) de l’Oise. Ce qui est plutôt rassurant, tout comme la norme NF Habitat, nouvelle référence en matière de qualité du logement, « qui montre que l’entreprise est entrée dans une démarche volontaire de labellisation », ajoute-t-il.

Chaque qualification est attachée à un type de travaux bien précis. L’entreprise peut donc avoir obtenu un label pour une partie de son activité, mais pas pour les autres.

Certaines appellations attestent d’un savoir-faire particulier ou d’une formation spécifique pour des catégories de travaux. C’est le cas des Artisans du patrimoine, un réseau d’artisans organisé par la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) pour la restauration de logements anciens. Enfin, pour bénéficier des aides à la rénovation énergétique (Éco-PTZ, etc.), vous devez impérativement choisir un artisan qui dispose de la certification RGE – Reconnu garant de l’environnement – pour les travaux d’économies d’énergie envisagés (isolation par l’intérieur, par l’extérieur).

« D’autres labels de l’environnement, comme Qualit’EnR pour les énergies renouvelables, perdent peu à peu de leur importance au profit de la mention RGE », relève Alain Dehaudt.

Rénovation : les précautions supplémentaires à prendre

N’hésitez pas à aller voir les travaux réalisés chez d’autres particuliers par l’entreprise que vous pressentez. « Sur un chantier en cours, regardez la propreté ; cette qualité est importante si vous envisagez de rester chez vous pendant les travaux », avance Renaud Barrès. 

Demandez également à toutes les entreprises qui vont intervenir sur le chantier un extrait Kbis (document officiel qui atteste de leur existence juridique), « afin de vérifier qu’elles ne sont pas en redressement judiciaire », précise-t-il, ainsi qu’une copie de leur assurance responsabilité professionnelle, également appelée garantie décennale.

Vous pourriez avoir besoin de la faire jouer si vous découvrez des malfaçons ou si l’entreprise qui a conduit le chantier a fermé entretemps.

« Assurez-vous que cette garantie est bien valable pour l’année au cours de laquelle commencent les travaux et qu’elle couvre bien les tâches que vous leur confiez. Par exemple, pour l’isolation, un couvreur n’est pas forcément assuré », indique Renaud Barrès.

N’oubliez pas de vous assurer

Souscrivez une assurance protection juridique : elle donne en général accès à un service de renseignements précieux pour vous éviter les faux pas (bien rédiger un contrat, demander les bonnes autorisations, etc.) et vous aider à résoudre d’éventuels problèmes avec les entrepreneurs.

De plus, si vous êtes contraint d’aller en justice, vos frais d’avocats seront pris en charge, dans certaines limites. Ces assurances coûtent parfois plusieurs centaines d’euros si leur champ d’intervention est large (litiges du travail, droit de la famille, copropriété).

Surtout, veillez à ce que le contrat couvre la construction-rénovation immobilière. Une assurance dommage ouvrage se révèle plus onéreuse encore (2 000 à 4 000 €, très souvent), mais la réglementation l’impose en cas de réalisation de travaux de grande ampleur qui touchent à la structure du bâtiment :

  • création d’une véranda, aménagement des combles avec pose d’un escalier,
  • ravalement imperméable de la façade,
  • ouverture d’un mur porteur.

Si elle n’est pas obligatoire dans les autres cas, elle est recommandée de toute façon. Son atout : si vous repérez des malfaçons après la fin des travaux, cette assurance interviendra pour les réparations sans que vous ayez à attendre que la responsabilité des entreprises concernées soit reconnue en justice ou que leurs assurances vous indemnisent.

Sollicitez les recours en cas de problème

Les entreprises sont tenues de venir réparer d’éventuels défauts qui apparaîtraient au cours de l’année qui suit la fin du chantier, voire deux années, pour certains équipements (appareils électriques, portes-fenêtres, etc.). En outre, pour les désordres qui affectent la solidité de l’immeuble ou qui le rendent inhabitable, ou encore impropre à l’usage auquel il est destiné, vous bénéficiez d’une garantie décennale.

« Ainsi, l’entreprise doit réparer les fissures qui surgissent dans les dix années suivant la réception de travaux. À défaut, son assurance décennale prendra en charge les réparations », rappelle Alain Dehaudt.

Attention, le fait d’envoyer une lettre recommandée et de courir après des artisans qui font la sourde oreille n’interrompt pas les délais, quels qu’ils soient.

« En cas de difficultés, vous devez impérativement saisir la justice avant d’arriver au terme de la garantie », précise le directeur de l’Adil de l’Oise.

Suivez de près votre chantier

Que vous pilotiez seul les travaux (vous êtes alors le maître d’œuvre et vous en assurez la responsabilité) ou avec l’aide d’un professionnel, passez régulièrement sur le chantier pour discuter avec les artisans, donner des précisions, anticiper les problèmes. Faites régulièrement des photos. Un cliché pris sur un chantier a permis, par exemple, à un client de prouver la faute d’un maçon qui avait utilisé un mauvais enduit, responsable de nombreuses fissures.

« Soignez vigilant à la réception des travaux »

Alain Dehaudt, directeur de l’Adil de l’Oise

« Pour une rénovation lourde comme pour une construction, vous devez signer avec l’entreprise qui a réalisé les travaux un procès-verbal à la réception du chantier en indiquant vos réserves, c’est-à-dire tout ce qui ne va pas et se voit à l’œil nu. Inspectez les lieux, mentionnez tous les problèmes noir sur blanc, et signalez également dans quel délai l’entrepreneur doit y remédier. L’affaire se complique si vous avez fait appel non pas à une entreprise, mais à plusieurs artisans de corps de métiers différents, moins familiers avec cette procédure. Il faut alors tenter de les obliger eux aussi à se soumettre à ce principe plus contraignant. Pour avoir les cartes en main, il est possible, au moment de régler la facture, de conserver 5 % de la somme en attendant que les problèmes soient résolus. Et ce, seulement si vous aviez prévu cette disposition dans le contrat initial. C’est pourquoi il ne suffit pas, au départ, d’accepter le devis, mais bien de prévoir un vrai contrat, intégrant éventuellement des délais à respecter pour les entrepreneurs. »