Isolation : comment réduire les nuisances sonores ?

Isolation : comment réduire les nuisances sonores ?

Un Français sur deux souffre de nuisances sonores à domicile. La solution ? Améliorer l’isolation, du sol au plafond.

Le bruit est partout ! À l’extérieur, avec le trafic (routier, ferroviaire ou aérien), comme à l’intérieur d’un logement (musique, télévision, lave-linge…) ou d’un immeuble (voisins, ascenseurs, canalisations…).

Pour y remédier, c’est à chacun de prendre les choses en main. Car la réglementation a tardé à voir le jour : ce n’est que depuis 1996 que les constructeurs ont dû se soumettre à une réglementation acoustique. Celle-ci impose une isolation minimale contre les bruits extérieurs et de l’immeuble, de façon à ne pas dépasser 30 décibels (dB) à l’intérieur d’un logement.

Le son : un problème de vibration

Et le sujet n’est pas simple. Le son, qui se propage par vibration de l’air et des parois, circule dans tous les sens, à travers les cloisons, plafonds, planchers et par toutes les zones non étanches (fissures, prises électriques…). L’isolation répond donc à plusieurs règles, la principale étant que plus la masse de la paroi augmente, moins elle entrera en vibration, donc mieux elle isolera.

Mais l’acoustique est une science complexe : un double vitrage peut isoler moins bien du bruit qu’un simple vitrage ! Avant de vous lancer dans des travaux, adressez-vous à des entreprises labélisées Qualibat acoustique, qui offrent une garantie de résultat. Voici les solutions selon le type de nuisances sonores.

Isoler son logement du bruit des voisins

Musique, voix, aboiements, télévision… Si vos voisins abusent, une négociation s’impose. Mais le problème peut aussi provenir de votre logement, tellement mal isolé que vous avez l’impression de vivre dans la même pièce qu’eux !

Si le bruit ne peut être réduit à la source, il vous faudra doubler les parois par lesquelles passe le son, en commençant par les cloisons les plus faibles. Les solutions de doublage jouent sur un système de « masse-ressort-masse » : un isolant souple (laine minérale) sert de ressort entre deux parements (cloison initiale et plaque de plâtre).

Coût moyen d’un doublage : de 80 à 120 €/m2, selon le procédé.

Des produits de doublages prêts à l’emploi

Les « complexes de doublages » sont des produits prêts à l’emploi, constitués d’un parement de plaque de plâtre sur lequel est collée une laine minérale. Pour une bonne isolation acoustique, ils doivent dépasser 70 mm (10 mm de BA13 et 60 mm de laine minérale). On les colle directement sur la cloison à isoler à l’aide de plots de mortier adhésifs. Faciles à mettre en œuvre, ils sont toutefois réservés à des murs droits et en bon état. Ils ne conviennent pas pour un plafond.

Conseil d’expert. Refusez les modèles comprenant un isolant en polystyrène (sauf s’il est élastiqué) car c’est un très mauvais isolant phonique qui peut même dégrader l’acoustique existante. Privilégiez la laine minérale.

Des doublages performants

Plus performants que les complexes, ces doublages sont constitués d’une ossature métallique parallèle à la paroi à renforcer, d’une lame d’air remplie d’isolant souple (laine minérale, de verre ou de roche, voire chanvre), et d’un parement en plaque de plâtre.

À l’inverse des complexes, ce type de doublage peut être posé sur une cloison très dégradée. De plus, il permet de maîtriser l’épaisseur de la lame d’air, de 3 à 15 cm, et le nombre de plaques de plâtre, qu’il est possible de doubler ou tripler pour augmenter les performances. Pour isoler un ­plafond, l’épaisseur minimale sera de 10 cm.

Conseil d’expert. La lame d’air doit être remplie aux deux tiers par l’isolant souple. Attention toutefois à ne pas le comprimer. Et, pour un résultat vraiment optimal, l’étanchéité entre chaque plaque et en périphérie devra être tout particulièrement soignée.

Isoler les fenêtres et le toit de votre maison

On estime que le niveau sonore moyen dans un logement ne doit pas dépasser 35 dB(A). Le dB(A) prend en compte la sensibilité au bruit de l’oreille humaine.

Pour atténuer les bruits extérieurs, il faut isoler les ouvertures et, en maison, la toiture. Attention : une fois l’isolation faite, vous risquez d’entendre davantage les bruits intérieurs !

Des isolants pour les fenêtres

Si vos fenêtres laissent entrer le bruit, vous avez plusieurs possibilités, selon leur état et votre budget.

  • Joints isolants. Si elles sont en bon état, commencez par poser des joints : vous gagnerez jusqu’à 5 décibels (dB). Ceux en mousse sont bon marché, mais peu performants et peu résistants. Préférez des joints en résine « durcissable », voire à lèvre métallique, plus efficaces, mais plus difficiles à appliquer.

Coût moyen : à partir de 10 €.

  • Double vitrage thermo­acoustique. Avec une menuiserie adaptée (dimensions, poids), le simple vitrage peut être remplacé par un double vitrage thermo­acoustique. Pour être efficace, l’épaisseur des deux plaques de verre doit être ­asymétrique, par exemple de type 10-6-4 (verre de 10 mm/lame d’air de 6 mm/verre de 4 mm). Avec une paroi de 10 mm, on gagne 5 dB.

Vous pouvez aussi utiliser un vitrage à hautes performances thermo­acoustiques, composé d’un verre « peu émissif », d’une lame d’air et d’un verre « feuilleté acoustique » côté intérieur. Ce dernier est constitué de deux verres de 4 mm entre lesquels s’intercale un matériau amortissant de type résine de 1 ou 2 mm (référence 44,1 ou 44,2). Là aussi, les deux vitrages doivent être asymétriques, par exemple 4-16-44.1 (verre de 4 mm/lame d’air de 16 mm/verre de 4 mm avec une couche de verre feuilleté puis verre de 4 mm).

Coût moyen : de 700 à 1 000 € (pose comprise).

  • Double fenêtre. En cas de bruit important, et si l’architecture de votre bâtiment l’autorise, vous pouvez conserver votre fenêtre et en installer une seconde, en vitrage simple, à 10-15 cm minimum de la première. Les fenêtres d’usine sont souvent certifiées (Cekal ou Acotherm), mais encore faut-il commander le bon produit.

Demandez à l’artisan de vous préciser les performances acoustiques du vitrage, exprimées notamment par l’indice d’affaiblissement acoustique (RA,tr) qui traduit la quantité de bruit arrêtée par le matériau, conseille ­Maurice Auffret, ingénieur acousticien, conseiller scientifique au Centre d’information et de documentation du bruit. Pour une haute performance contre les bruits du trafic routier, il faut choisir un vitrage affichant un indice de 35 dB.

Enfin, surveillez la mise en œuvre : un produit mal posé ne donnera pas de bons résultats. « Attention au respect des tolérances dimensionnelles (pas plus de 15 mm entre le bâti et la menuiserie) et aux joints de calfeutrement qui ne doivent jamais être en mousse, mais en mastic », prévient Maurice Auffret.

Coût : à partir de 300 € (pose ­comprise).

Conseil d’expert. Testez l’étanchéité de votre fenêtre en la refermant sur une feuille de papier : si celle-ci ne coulisse pas, les joints sont efficaces.

En cas de rénovation, exigez sur le devis la mention « Mise en œuvre conforme au DTU et aux avis techniques en vigueur ». Cela n’engage pas l’entreprise sur un résultat, mais vous protège contre les défauts de pose.

L'isolation du toit

Le toit représente souvent un point faible.

Des tuiles ou des ardoises sur chevrons isolent médiocrement ; l’isolation acoustique peut donc avoir un rôle clé, rappelle Maurice Auffret.

Après vérification de l’état et de l’étanchéité de la charpente, appliquez en sous-face, à l’aide d’une ossature métallique, un isolant souple et un parement : de la laine minérale (verre ou roche) d’au moins 20 cm et une plaque de plâtre type BA13. Ces plaques peuvent être doublées, voire triplées.

Coût moyen : de 80 à 120 €/m2.

Conseil d’expert. Posez un voile d’étanchéité avant la laine et des joints acryliques en périphérie des plaques. Attention à la finition (bandes et enduits) qui exige le coup de main éprouvé d’un professionnel.

Réduire les bruits de vos voisins

Dans les logements collectifs ou les maisons mitoyennes, les bruits d’impacts, dus aux pas ou aux chocs, sont la première source de gêne selon les habitants.

Moquette, PVC ou linoléum sont des solutions simples et peu coûteuses qui peuvent faire gagner 15 dB avec une moquette aiguilletée, 20 dB avec un sol PVC ou un linoléum sur une sous-couche, et 30 dB avec une moquette posée sur thibaude ou une sous-couche ­caoutchoutée.

Une chape en guise d'isolant

Avant d’installer un carrelage, un parquet ou un stratifié, il est impératif de poser une sous-couche acoustique sur le support initial.

Les fabricants vendent souvent leurs produits avec des sous-couches acoustiques préintégrées, précise ­Philippe ­Guignouard, président du Groupement de l’ingénierie acoustique.

Pour plus d’efficacité, on peut ­couler une chape flottante (sous-couche en laine minérale ou en plastique alvéolaire recouverte d’une chape de béton de quelques centimètres). On peut alors y poser n’importe quel revêtement ! Mais cela suppose de rehausser le sol de 4 à 8 cm et que le plancher supporte environ 100 kg/­m2. À défaut, on peut poser une chape flottante « sèche », sans béton, donc plus légère.

Coût moyen : de 80 € à 100 € au m2.

Conseil d’expert. La sous-couche doit remonter le long des plinthes pour désolidariser des murs le carrelage ou le parquet. La mise en œuvre d’une chape flottante est délicate : adressez-vous à un professionnel.

Limiter le bruit des équipements de votre logement

Les équipements collectifs ou individuels mal réglés, mal installés, mal isolés, peuvent provoquer des nuisances sonores. Pour y remédier, des solutions simples ­suffisent.

  • Chaudières, ventilation (VMC), lave-linge ou lave-vaisselle ne doivent pas être fixés ou adossés à des cloisons légères, ni reposer sur des supports trop rigides. Des plots antivibratoires sont efficaces (de 2 à 10 €).
  • Les bruits d’une baignoire métallique peuvent être amortis avec des plots souples ou en contrecollant des plaques adhésives visco-élastiques (25,80 € la plaque Madex de 1,20 m x 1,03 m, par exemple) ou en comblant les vides avec un isolant souple.
  • Les bruits des canalisations sont atténués si l’on réduit la pression d’eau. Vérifiez que les canalisations sont bien fixées sur des cloisons lourdes et qu’elles sont équipées de colliers anti­vibratoires doublés de mousse. On peut aussi les isoler avec des fourreaux de mousse ou de laine minérale et un coffrage de plaques de plâtre.
  • Les joints des robinetteries perdant de leur souplesse avec le temps peuvent entraîner des variations brusques de la vitesse d’un liquide (coups de bélier) : il suffit parfois de les changer.

Conseil d’expert. Souvent, un réglage de maintenance régulier suffit. Dans le cas contraire, la consultation d’un acousticien peut s’imposer.

Isoler une cloison intérieure

Karen Vidal, 35 ans, Paris nous fait part de son expérience : l'isolation d'une cloison intérieure pour 1 240 € H.T. : " Avant d’emménager, nous nous sommes aperçus que l’isolation phonique de la cloison qui allait séparer notre salon, avec cuisine ouverte, de la future chambre de nos deux enfants en bas âge était faible.

Pour mener une vie « normale » le soir, entre bruits de vaisselle, conversations, musique ou télévision, nous avons demandé à notre entrepreneur de l’isoler. Il a doublé la paroi avec une seconde cloison en BA13 et posé, entre les deux, une couche de laine de roche. Nous pouvons vivre le soir
sans craindre de réveiller les enfants… tout en les entendant pleurer la nuit
."

Le budget de Karen pour une cloison de 15 m2 :

  • rails de cloison (4U) : 39,70 € ;
  • montants Stil (10U) : 104 € ;
  • laine de roche (2U) : 220 € ;
  • BA 13 (5U) : 110 € ; colle : 34,30 € ;
  • bandes calicots : 12 €
  • et main-d’œuvre : 720 €.

Total : 1 240 € H.T.

5 idées reçues sur le bruit

1. La loi interdit le bruit.
Vrai. Le Code de la santé publique (article R. 1334-31) stipule : « Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu privé ou public. »

Tentez d’abord de négocier avec votre voisin, sinon saisissez le maire de votre commune qui dispose de pouvoirs de police pour réprimer les bruits de voisinage. Si cela n’aboutit pas, vous devrez engager une action devant la juridiction civile ou pénale.

2. Mon voisin peut faire du bruit jusqu’à 22 heures.
Faux. Tapages nocturne et diurne sont interdits ; les particuliers s’exposent donc dans les deux cas à une amende qui peut aller jusqu’à 450 €.

3. On a le droit de faire une fête par mois.
Faux. Dialogue et courtoisie sont les meilleures des règles : prévenez vos voisins et respectez un niveau sonore et des horaires raisonnables.

4. En cas de nuisance répétée, ce n’est pas le niveau sonore qui compte, mais la gêne occasionnée.
Vrai. Vous pouvez demander à un agent assermenté de la mairie, de la police ou de la gendarmerie de constater « à l’oreille », sans appareil particulier,
le bruit que font vos voisins. Il prendra en compte la durée, la répétition, l’intensité et le trouble engendré.

5. En journée, je peux tondre quand je veux.
Faux. Les bruits de tondeuse peuvent être punis s’ils nuisent à la tranquillité.

Des arrêtés municipaux ou préfectoraux peuvent limiter les horaires d’utilisation. Souvent : 8 h 30-19 heures en semaine, et 10  heures-12 heures les dimanches et jours fériés.

De quelles aides bénéficier pour isoler son logement ?

Sauf pour les habitations situées près de « points noirs » (axes routiers, aériens ou ferroviaires), il n’existe pas d’aide spécifique pour l’insonorisation. Mais les matériaux à vocation thermique ont aussi des vertus acoustiques.

Vous pouvez donc, sous conditions, bénéficier d’un crédit d’impôt dédié au développement durable (en principe 11 % pour les parois vitrées, volets ou portes d’entrée et 19 % pour les parois opaques, en 2012), ou d’un Éco-Prêt à taux zéro. Renseignements sur le site de l’Ademe .

Pour des travaux dans un logement de plus de deux ans, sous conditions, le taux de TVA minoré à 7 %, en 2012, s’applique.

Votre caisse de retraite peut subventionner des travaux d’adaptation ou de rénovation.

L’Anah subventionne des travaux pour des logements dégradés qui peuvent aussi bénéficier aux travaux améliorant l’acoustique. Renseignements au 0820 15 15 15 (0,15 € TTC/min).

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