Copropriété : qui paie les charges en cas de vente ?

Copropriété : qui paie les charges en cas de vente ?

Lorsqu’un appartement change de mains, le vendeur solde ses comptes vis-à-vis de la copropriété pour que celle-ci redémarre sur une base saine avec l’acquéreur. La loi prévoit la répartition des charges et des travaux, mais la négociation reste possible.

Au-delà du prix d’achat de l’appartement convoité, le coût de fonctionnement de la copropriété (gestion, entretien de l’immeuble, charges des parties communes, travaux) doit requérir toute votre attention. Avant de signer un compromis de vente, l’acquéreur interrogera donc le vendeur sur le montant trimestriel de ces charges « courantes », ainsi que sur d’éventuelles dépenses exceptionnelles programmées (ravalement, remise aux normes des ascenseurs, etc.).

« Il faut régler toutes les questions liées aux charges de copropriété dès la rédaction de l’avant-contrat et les faire figurer dans ce document », insiste Pierre Bazaille, président de l’Institut notarial immobilier. Car, lors de la signature de la vente, chez le notaire, le nouveau propriétaire va devoir signer quelques chèques… en plus du montant de son acquisition.

Qui paye les impôts locaux ?

Parmi les chiffres à connaître, celui du montant de la taxe foncière. Calculée par l’administration fiscale, elle est due par le propriétaire des lieux au 1er janvier de l’année et se règle au dernier trimestre. Lorsqu’il vend son logement, l’ancien propriétaire est donc redevable de l’impôt foncier alors même qu’il n’occupe plus les lieux.

La pratique veut que l’acheteur indemnise le vendeur en fonction de leurs durées d’occupation respectives des lieux. Par exemple, si la signature chez le notaire intervient le 3 septembre, le vendeur qui n’a occupé le logement que neuf mois devra régler la totalité de l’impôt au fisc, mais recevra de l’acheteur un chèque égal aux trois douzièmes de son montant. Il s’agit d’un usage ; d’autres arrangements sont évidemment possibles. En revanche, en ce qui concerne la taxe d’habitation (due par tout ménage qui occupe un logement au 1er janvier), chacun la règle pour son propre compte.

Charges de coproporiété : à répartir entre le vendeur et l'acheteur

Connaître le montant des charges de la copropriété fait partie des questions de base que tout acquéreur potentiel devrait poser dès qu’un appartement l’intéresse : pour en connaître le détail, il demandera simplement à consulter le relevé annuel récapitulatif des dépenses réglées au cours de l’exercice écoulé.

Reste à éclaircir comment se déroulera la régularisation des charges. Elle intervient à la clôture des comptes (souvent entre mars et avril) et peut réserver de mauvaises surprises au nouvel occupant. « Quatre mois après mon installation, j’ai dû régler les notes de consommation d’eau des anciens propriétaires, qui apparemment adoraient prendre des bains », se rappelle, excédée, Françoise, propriétaire d’un trois-pièces à Strasbourg.

Là encore, des arrangements peuvent exister… à mettre au point avant la signature de l’acte authentique. Ainsi, en cas d’hiver rigoureux nécessitant une consommation de chauffage plus élevée que les années précédentes, le vendeur peut proposer de rembourser au futur propriétaire le surcroît de la facture qui sera établie après son départ.

Inversement, si, quelques mois après la transaction, un excédent de charges est reversé au « nouveau » copropriétaire par le syndic, ce dernier pourra s’engager à le rétrocéder à l’ancien occupant.

Attention aux travaux votés en assemblée générale

La surprise la plus lourde de conséquences peut venir… des travaux programmés. Les devis atteignant facilement plusieurs milliers d’euros, ils alourdissent considérablement le budget souvent serré des nouveaux copropriétaires.

Le vendeur doit informer le candidat acquéreur des chantiers prévus. Au palmarès des plus coûteux : le ravalement, la réfection des cages d’escalier, la remise aux normes des ascenseurs ou encore le remplacement d’une chaudière. Problème : certains travaux particulièrement onéreux ont été votés plusieurs années auparavant, et leur paiement a été étalé dans le temps.

D’où l’importance de bien lire les trois derniers procès-verbaux des assemblées générales, que le vendeur doit produire de préférence dès l’avant-contrat. « Ces documents précisent la date de réalisation des travaux et l’échéancier prévu pour les différents appels de fonds », rappelle Jean Chavot, président délégué fédéral à la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim).

Assainissement d’une maison : un coût important

Autour de 6 000 € pour une installation neuve et 8 500 € pour une réhabilitation : tel est le coût moyen des travaux d’assainissement non collectif (fosse septique) pour une maison individuelle. 

Depuis la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010, tout propriétaire d’une habitation individuelle doit en effet réaliser ces éventuels travaux prescrits par sa commune, et ce dans un délai de quatre ans à compter du contrôle de son installation. « D’où l’intérêt de se renseigner auprès du vendeur et de la mairie, pour connaître l’échéance de cette obligation et pour savoir qui paiera cette somme », souligne Isabelle Couëtoux du Tertre, directrice adjointe de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil).

Chez le notaire, vérifier le contrat du syndic

La loi prévoit que le syndic adresse les appels de fonds pour les travaux à celui qui est propriétaire à la date de chaque échéance. Cela signifie que le vendeur (même ayant déjà signé un compromis) peut être tenu de régler tout ou partie des travaux dont il ne profitera pas.

Une fois l’acte authentique signé chez le notaire, c’est au nouveau propriétaire de prendre le relais et de régler les factures. Toutefois, cette règle supporte des accommodements. Le « futur » ex-propriétaire peut accepter de prendre à sa charge tout ou partie de ces frais en intégrant cette somme dans la négociation du prix de vente.

Lorsque l’assemblée générale de la copropriété a lieu entre l’avant-contrat et la signature de la vente chez le notaire, il est préférable que le futur propriétaire y assiste, puisqu’il sera principalement concerné par les engagements financiers qui y seront votés. L’actuel propriétaire peut lui confier son pouvoir afin qu’il le représente le jour dit et puisse voter.

La vigilance reste de rigueur le jour de la signature chez le notaire. Le vendeur doit en effet contrôler comment le syndic a calculé le fonds de roulement lorsqu’il existe (à récupérer par le vendeur et à régler par l’acheteur) et le montant des charges en cours. Le gestionnaire de la copropriété doit toujours justifier les sommes qu’il réclame et prouver que ces services payants figurent bien dans son contrat de syndic. Attention, ce n’est pas toujours le cas !

« Certains syndics pratiquent des facturations abusives. »

Questions à David Rodrigues, juriste à l’association de consommateurs CLCV

Certains contrats de syndics prévoient de facturer des « frais d’ouverture de dossier » à l’arrivant et l’« état daté » (document administratif et financier remis au notaire) au partant.

La facturation de l’« état daté » mécontente certains copropriétaires. Pourquoi ?

Obligatoire lors d’une mutation, ce document fait l’objet de facturations abusives de la part de certains syndics. Selon notre dernière enquête, on constate que l’« état daté » coûte entre 50 et 530 € et jusqu’à 600 €. C’est prohibitif.

Qui paie la note ?

Depuis la loi du 13 juillet 2006, c’est au propriétaire du lot, le vendeur, de s’acquitter de cette somme. Encore faut-il que cette prestation soit inscrite au contrat de syndic. Des vendeurs ont obtenu de ne pas payer cette facture car le contrat en cours au moment de la vente ne mettait pas ce document à leur charge  (Cour de cassation, 3e chambre civile, 30 janvier 2008, pourvoi n° 07-10.750).


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