Construire soi-même sa maison : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Construire soi-même sa maison : ce qu’il faut savoir avant de se lancer
L’autoconstruction exige un à deux ans pour préparer le projet et un à trois ans pour la réalisation des travaux. - © BrianAJackson

L’autoconstruction séduit chaque année des centaines de ménages prêts à s’offrir une maison plus grande ou écolo, à moindre coût. Cette expérience passionnante, qui exige un lourd investissement personnel et du temps, est-elle pour vous ?

Bâtir sa maison soi-même revient moins cher que de confier le chantier à un constructeur, car vous réalisez des économies sur la main-d’œuvre et sur les matériaux : les professionnels les facturent au prix fort, alors qu’en passant par les associations d’autoconstructeurs, vous pourrez les acheter, comme eux, avec des remises de 20 % à 
40 %. L’économie, variable selon que vous déléguez ou non certaines tâches plus complexes (les fondations, la toiture, etc.)
 à des artisans, atteint parfois 60 %.


« En autoconstruction, vous dépenserez 
entre 500 et 1 100 euros/m2 selon le niveau 
de technicité de la maison, contre 1 400
 à 1 800 euros/m2 pour une construction classique », indique Éric Tortereau, coprésident de l’association Castors Rhône-Alpes, spécialisée dans l’autoconstruction.

Certains ménages y voient l’occasion, pour
 un budget donné, de s’offrir une maison 
plus grande ou écologique – plus onéreuse au départ (entre 1 800 et 2 500 euros/m2). D’autres y trouvent une solution pour devenir propriétaire malgré des finances très serrées. D’autres encore évoquent la fierté de réaliser de leurs mains une maison unique et de vivre une expérience enrichissante.

Un investissement de longue haleine


Ne tentez cette aventure que si vous acceptez d’attendre plusieurs années avant de vous installer chez vous. L’autoconstruction exige un à deux ans pour préparer le projet et un
 à trois ans pour la réalisation des travaux. Attention, y travailler pendant ses week-ends et ses vacances ne suffit pas.

« À la 
fin du chantier, je me suis arrangé avec mon employeur pour ne travailler qu’à 80 %, et consacrer ainsi plus de temps à la maison », raconte Jean-Luc, ingénieur thermicien qui a bâti sa maison en trois ans, préparation comprise.

Autre condition requise : votre conjoint et vous devez en avoir autant envie l’un que l’autre. C’est un investissement personnel de longue haleine, qui demande des sacrifices. Certains couples n’y résistent pas.

La préparation, étape clé

« Pas besoin d’être bricoleur au départ, tout s’apprend ! explique Éric Tortereau. Il faut se documenter, se former en amont tous azimuts pour mener à bien le projet. »

Certains autoconstructeurs effectuent de petits stages auprès de professionnels pour s’initier à l’électricité, à la plomberie... Car vous devez tout savoir avant de donner le premier coup de pioche !

« Visitez d’autres chantiers participatifs, donnez des coups de main. Cela vous permettra de découvrir certaines techniques et de mieux cerner ce qui vous attend », recommande Raphaël Soulier, gérant de la scop Apex et coprésident de la Fédération des accompagnateurs à l’autoproduction et à l’entraide dans le bâtiment (Fedac).

L’essentiel est d’acquérir une vision globale du chantier à venir, « depuis les matériaux à choisir en fonction du coût, de vos objectifs, de leurs contraintes, jusqu’à la disposition des pièces. Par exemple, installer la salle de bains à l’opposé de la cuisine vous obligera à multiplier les tuyaux », insiste-t-il.

La recherche de financement


Les banques ne sont pas enclines à financer les autoconstructeurs qui n’ont en général 
ni devis ni factures d’entrepreneurs à fournir, ni garantie décennale pour couvrir les
 défauts de construction. Il faut donc discuter longuement avec un conseiller bancaire
 pour augmenter ses chances de le convaincre.

Même la demande de prêt à taux zéro (PTZ) n’échappe pas à cet écueil. Les opérations d’autoconstruction peuvent être financées par le PTZ, explique-t-on à l’Agence nationale d’information sur le logement (ANIL). En principe, rien ne vous empêche de l’obtenir pour financer une partie de l’acquisition
 si vous remplissez les conditions d’octroi (de ressources, notamment). Mais la banque n’est pas tenue de vous l’accorder lorsque votre dossier ne lui paraît pas suffisamment solide, ce qu’elle peut facilement estimer
 si vous construisez votre maison vous-même.

C’est pourquoi il est préférable d’emprunter le plus possible pour l’achat du terrain, que les banques consentent plus volontiers à financer, et de conserver votre apport personnel pour la construction. Une autre possibilité est de recourir, au moins pour les fondations, à un constructeur ou à une entreprise spécialisée dans l’accompagnement des autoconstructeurs. Vous recueillerez ainsi devis, factures et garantie décennale pour une partie des travaux.

Les structures prêtes à vous épauler


Pour assurer la réussite de votre projet, vous pouvez contacter quelques-unes des nombreuses associations qui fédèrent les autoconstructeurs ; elles favorisent les échanges de conseils techniques et de bonnes adresses et proposent souvent des réductions négociées chez certains fournisseurs de matériaux, une assurance pour le chantier, des formations, etc. Les Castors, par exemple, sont présents dans toute la France, indépendants les uns des autres.

« Sur notre forum, les autoconstructeurs posent leurs questions, partagent leur expérience. Nous disposons d’un carnet d’adresses 
de professionnels, prêts à intervenir ponctuellement sur un chantier si leur aide devient nécessaire », indique Éric Tortereau.

Appuyez-vous également sur Twiza, qui se décrit comme le premier réseau social d’entraide et d’échange pour construire et rénover de façon écologique. Pratique 
pour trouver des chantiers participatifs et assurer le vôtre. Certaines petites associations locales d’autoconstructeurs fournissent aussi du bon travail ; pensez-y ! Pour une assistance plus soutenue, faites appel à des entreprises spécialisées dans l’accompagnement des chantiers d’autoconstruction, dont certaines sont regroupées au sein de la Fedac. Généralement moins chères qu’un constructeur, elles interviennent pendant toute l’opération ou seulement pour une partie des travaux.

« Nous encadrons et faisons le chantier avec l’autoconstructeur, en apportant le matériel, les fournitures nécessaires et
 les compétences, le tout avec les devis, les factures et la garantie décennale », précise Raphaël Soulier, qui intervient lui-même 
sur des chantiers déjà commencés, lorsque l’autoconstructeur est en difficulté.

Les précautions à prendre

N’oubliez pas de solliciter un architecte ; son service est obligatoire si vous construisez sur plus de 150 m2. Et même si vous n’y êtes pas contraint, « il est intéressant d’en consulter un pour vous assurer que la conception globale 
de la maison, telle que vous l’avez imaginée,
 ne vous réserve pas de mauvaises surprises », conseille Raphaël Soulier.

Les associations locales peuvent vous indiquer les coordonnées d’architectes qui accompagnent les autoconstructeurs. Afin de travailler souvent sur le chantier, installez-vous à proximité. Certains autoconstructeurs plantent même une yourte sur leur terrain pour y habiter. Déposez un permis de construire, et n’oubliez pas la déclaration d’achèvement des travaux.

Assurez votre responsabilité civile pour tous les accidents qui pourraient survenir 
sur le chantier, notamment si d’autres autoconstructeurs viennent bénévolement vous prêter main-forte. Les associations ou le réseau Twiza proposent ces contrats. L’idéal est de souscrire en plus une assurance qui couvrira les éventuelles dégradations du chantier, avant que vous puissiez souscrire une véritable multirisque habitation, accessible seulement lorsque la future maison sera hors d’eau et hors d’air. Les Castors Rhône-Alpes, par exemple, ont mis au point un tel contrat. Enfin, ne sous-estimez pas le budget nécessaire. Il n’est pas rare qu’il dérape un peu au cours du chantier.

Attention aux malfaçons en cas de vente

Impossible pour un autoconstructeur de souscrire la garantie décennale, qui couvre les défauts de construction dont il reste responsable pendant dix ans après la fin du chantier. Cette assurance n’est en effet pas obligatoire pour les particuliers. En conséquence, si vous construisez seul, vous serez tenu de réparer – ou de financer les réparations – pendant ces dix ans, si vous avez entre-temps vendu votre maison.

« En pratique, l’autoconstructeur répare, car il a appris à faire, rassure Éric Tortereau. Les procès contre les professionnels sont fréquents. En autoconstruction, il y a très peu de litiges. »

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