Comment ouvrir des chambres d’hôtes

Comment ouvrir des chambres d’hôtes
Les adeptes de ce type de vacances sont généralement en quête d’un nid dans lequel ils se sentent bien, tout en étant dépaysés. - © Yves Grau

À leur retraite ou à l’occasion d’une reconversion professionnelle, nombreux sont ceux qui réalisent leur rêve en se lançant dans le tourisme.

Prendrez-vous plaisir à recevoir des inconnus ? Et êtes-vous suffisamment disponible ? Ce sont les premières questions à vous poser avant de vous lancer dans la création d’une ou plusieurs chambres d’hôtes. Cette activité demande de l’organisation et du temps.

Une fois vos chambres ouvertes, vous ne manquerez pas d’occupations : préparation du petit-déjeuner, tâches ménagères, accueil téléphonique et physique, comptabilité et gestion. Tout cela sans vous départir de votre sourire !

Créer des chambres d’hôtes : associer toute la famille

« Il est impératif de discuter du projet en famille. Ce travail dépasse en effet les frontières professionnelles habituelles, car les hôtes sont accueillis dans votre résidence principale », conseille Laure Jamain, responsable chez Gîtes de France de Paris et de la petite couronne.

N’oubliez pas de faire vos calculs, notamment si vous comptez sur cette activité pour vous assurer un revenu suffisant pour vivre. Selon les Gîtes de France, une maison d’hôtes de deux chambres réalise en moyenne 18 590 € de chiffre d’affaires annuel. Ce qui constitue un complément de revenu si vous êtes nouveau retraité ou si votre conjoint travaille.

Toutefois, avec beaucoup d’investissement personnel, cette activité peut représenter l’essentiel de vos ressources.

« 12 % des propriétaires font 30 000 à 50 000 € de chiffre d’affaires par an, et 8 % dépassent même les 50 000 € », détaille Laure Jamain, qui précise que l’activité est en train de se professionnaliser.

Définir la faisabilité du projet

Avant de vous lancer, effectuez une enquête et identifiez vos concurrents en consultant la liste des chambres d’hôtes disponible en mairie et en étudiant leurs prix, le niveau de leurs prestations, etc.

Cette rapide étude de marché vous permettra d’affiner votre projet, de choisir votre formule : proposer des activités et un niveau de prestations similaires, ou bien toucher une cible différente. Si vous choisissez d’adhérer à un label national, rapprochez-vous des professionnels des antennes locales, leurs conseils à cette étape de la création étant précieux.

Évaluer les travaux

Les adeptes de ce type de vacances sont généralement en quête d’un nid dans lequel ils se sentent bien, tout en étant dépaysés. Demandez-vous si la maison que vous possédez ou que vous prévoyez d’acheter peut abriter votre projet. Et examinez sa situation : région, pôles d’attraction, présence d’un plan d’eau, etc. Vous êtes limité à cinq chambres pour une capacité maximale d’accueil de quinze personnes. Meublées, elles doivent chacune donner accès à une salle d’eau et à des toilettes.

Dressez la liste des travaux et des équipements nécessaires à l’hébergement de vos futurs clients, et imaginez une décoration de bon goût.

Choisir les prestations de vos chambres d’hôtes

La location est assortie, au minimum, de la fourniture du petit-déjeuner et du linge de maison. Libre à vous de proposer des activités culturelles ou sportives (cueillette des champignons, randonnée, pêche, etc.), ou une table d’hôtes, prestation très appréciée des touristes, ces maisons d’hôtes affichant un taux d’occupation plus fort.

Une façon de faire découvrir à vos vacanciers les saveurs de la cuisine régionale, tout en augmentant vos revenus.

Vérifier le seuil de rentabilité

Fixez vos tarifs en fonction du secteur géographique, de la période de l’année (haute, moyenne ou basse saison) et du niveau de prestations et de confort. Pour connaître votre chiffre d’affaires prévisionnel, multipliez le nombre de chambres par leur prix et par le nombre de jours de commercialisation envisageable.

Selon les Gîtes de France, en 2015, une chambre d’hôtes a été occupée en moyenne 99 nuitées (sur la base de deux personnes). Le prix médian de la location s’établit à 87,78 € par jour pour deux personnes, petit-déjeuner inclus, et celui du repas en table d’hôtes à 22,30 €.

Afin de déterminer votre seuil de rentabilité, complétez vos calculs en évaluant le coût de votre investissement de départ (travaux, aménagement, décoration) et les charges d’exploitation (rémunération, remboursement des emprunts, eau, électricité, assurance, frais de publicité, coût des petits-déjeuners, de la blanchisserie, etc.).

Déterminez le montant de votre apport personnel et sollicitez, si besoin, votre établissement bancaire pour un prêt. Vérifiez si vous pouvez bénéficier d’une subvention du conseil départemental.

« Elles sont de plus en plus rares », regrette-t-on chez Gîtes de France.

Effectuer les démarches administratives : choisir un statut

Choisissez un statut juridique. Celui de micro-entrepreneur est tout à fait adapté, car il facilite la création d’entreprise en allégeant les formalités de constitution et de gestion.

Pour le calcul de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales, tout est également simplifié, avec un prélèvement total de 14,4 % sur les recettes encaissées (en optant pour le versement fiscal libératoire). L’adhésion est gratuite et peut se faire en ligne sur lautoentrepreneur.fr.

N’oubliez pas de déclarer votre activité à la mairie en utilisant le formulaire Cerfa n° 13566*02.

Enfin, contactez votre assureur et informez-le de la nature de votre activité. Des clauses particulières seront intégrées à votre contrat.

« L’adhésion à un label est indispensable pour rassurer les clients »

Jean-Étienne Rousseau, 50 ans, Paris, 4 chambres d’hôtes, classées City Break Luxury (my-home-for-you.paris)

« Avec mon conjoint, nous voulions ouvrir des chambres d’hôtes en province pour nous assurer une activité agréable, en dernière partie de carrière. Mais nous aimons notre vie parisienne, et l’idée a germé de les proposer dans la capitale. Après deux ans de maturation, nous avons acquis un grand logement dans le IXe arrondissement, en remplacement de nos deux petits appartements. Compte tenu de l’offre importante à Paris, les Gîtes de France nous ont conseillé un positionnement haut de gamme. 260 000 € de travaux et 100 000 € de décoration ont été nécessaires.

Après deux mois d’activité, nous sommes assez confiants, même si notre projet ne permet pas deux rémunérations, ce qui oblige mon conjoint à continuer à travailler. Grâce à mon expérience professionnelle, j’ai abordé ce changement sans crainte. J’ai travaillé à l’office de tourisme ainsi que dans un groupe hôtelier, et certaines décisions stratégiques me sont apparues évidentes : solliciter une agence pour réaliser un site Web de qualité, recourir à un photographe professionnel pour mettre en avant nos chambres et obtenir le meilleur classement par Gîtes de France.

Comme il n’y a pas de classement officiel pour les maisons d’hôtes, l’adhésion à un label s’impose pour rassurer les clients. Nos débuts sont très encourageants, avec des touristes venant du monde entier, et même de Chine ! »

« La rentabilité n’existe pas, le plaisir est ailleurs »

Brigitte et Christophe Cheulot, 52 ans, Tudeils (19) 5 chambres d’hôtes (les-instants-voles-spa.fr)

« Deux ans déjà, le temps passe vite quand on travaille dix-sept heures par jour ! Mais quel plaisir de ne pas avoir quelqu’un qui vous commande. Ma femme et moi avons quitté la région parisienne en 2009 – nous venions d’être licenciés. Nous nous sommes installés en Corrèze avec la volonté d’ouvrir des chambres de qualité. Pendant quatre ans, nous avons rénové un corps de ferme à l’abandon. L’investissement a été très important, même si nous avons réalisé les travaux nous-mêmes. Nos chambres sont équipées de baignoires balnéo ou de douches hydromassantes. Nous disposons d’un espace bien-être composé d’un sauna, d’un hammam et d’un jacuzzi pouvant être privatisés pour une soirée en tête-à-tête.

Nous avons fait un choix de niche en décidant d’accueillir seulement les couples en escapade amoureuse, et ça fonctionne ! Pour autant, la rentabilité n’existe pas dans ce secteur, et c’est un ancien directeur financier qui vous le dit. Nous avons divisé notre niveau de vie par 5 ou 6, mais c’est un vrai choix de vie.

Seul regret : le manque de temps pour nous. Il se pourrait que cela change, car nous allons recruter une femme de ménage ! »

Contacts utiles

  • À lire : Gîtes et chambres d’hôtes, Les clés d’une création réussie, Isabelle Barèges, 4e édition, éditions Vuibert, 18 €.
  • Renseignements et formations pour la création de chambres d’hôtes sur accueillir-magazine.com.