Pour ou contre le blocage des loyers ?

Pour ou contre le blocage des loyers ?

Encadrer le montant des loyers dans certaines zones va-t-il protéger les locataires fragiles ou entraîner une hausse des loyers les plus bas ? Deux anciens ministres du Logement s’expriment.

Pour le blocage des loyers

L'avis de Louis Besson, ministre (1989-1991), puis secrétaire d’État au Logement (1997-2001)

Dans certaines agglomérations, les loyers privés ont fortement augmenté ces dix dernières années, au point de devenir inaccessibles aux plus modestes et même aux classes moyennes.

Le principe retenu par le projet de loi présenté par la ministre du Logement Cécile Duflot est simple  : dans les trente-neuf agglomérations où le marché locatif est tendu, les loyers ne devront plus s’écarter des valeurs moyennes constatées pour des logements comparables. Dans ces agglomérations, on estime qu’environ 20 % des loyers – les plus aberrants – devraient baisser.

Loger n’est pas spéculer, et la grande majorité des propriétaires l’entend bien ainsi.

La mise en place d’une garantie universelle des loyers pour les bailleurs privés, qui pour la plupart ne gèrent qu’un logement, montre bien le souci d’équilibre du gouvernement.

Ni loyers abusifs ni impayés perdus : le logement, besoin élémentaire de tous, y gagnera ; les locataires et les bailleurs aussi !

Contre le blocage des loyers

L'avis de Benoist apparu, secrétaire d'État, puis ministre du Logement (2009-2012)

Le vrai problème est celui de l’écart entre la hausse des prix du foncier et celle des loyers. Depuis 1945, les courbes progressaient en parallèle, mais, depuis 2000, les valeurs d’achat explosent.

Pourquoi ne s’occupe-t-on que de l’envolée des loyers ? Le fond du problème est que l’on ne construit pas suffisamment. C’est notamment le cas en Île-de-France, région où l’on bâtit le moins et où les loyers augmentent le plus. Si vous ne traitez que la conséquence et pas la cause, vous ne réglerez rien du tout.

La technique utilisée par le gouvernement est caricaturale et va aboutir à l’effet inverse. Sa méthode consiste à observer les prix médians et à plafonner les loyers qui se situent 20 % au-dessus de cette médiane.

Conséquence : la limitation des loyers ne concernera que 22 % des locataires tandis que les autres (75 à 80 %), dont les loyers sont situés à un niveau inférieur à 20 % du prix médian, risquent de voir leur loyer rattraper cette limite.