Construire une maison sans chauffage

La maison passive permet d'obtenir 90 % d'économies de chauffage si elle est bâtie dans les règles de l'art. Voici les étapes essentielles à suivre pour tendre vers cet objectif. 

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© BrianAJackson

La maison passive est uniquement chauffée par la chaleur issue des apports solaires traversant les fenêtres, et par celle produite par ses occupants. Elle répond à des objectifs précis. « Les besoins énergétiques d’une maison passive neuve doivent être inférieurs à 15 kWh par an et par m² », explique Guillaume Palissière, responsable du pôle technique chez Propassif, organisme de formation et labellisation à la construction passive. Ce qui représente une consommation inférieure de 75 à 90 % à celle des constructions traditionnelles.

Dans le cas d’une rénovation, les critères à respecter sont inférieurs à 25 kWh d’énergie utile par m² de surface par an. Pour les atteindre, les gains solaires sont optimisés en hiver et en demi-saison grâce à des baies vitrées orientées au sud, tandis que la surchauffe en été est limitée par des protections solaires. Les fenêtres sont également équipées de triple vitrage, capable d’emprisonner la chaleur du soleil à l’intérieur et de bloquer le froid dehors.

Mesurer la quantité d'énergie solaire reçue par la parcelle

« Avant d’élaborer un projet de construction de maison passive, il est conseillé de faire réaliser une étude du gisement solaire de la parcelle où elle sera construite, précise Katia Hervouet, architecte et créatrice de l’agence OGMA Architecture, spécialisée dans la maison passive, à Gouesnac’h (Finistère). Cette étude est destinée à mesurer la quantité d’énergie solaire que reçoit le terrain. En fonction de l’orientation et de la position des ombres portées par l’environnement immédiat ou lointain, le gisement solaire à valoriser sera différent. » Ce qui aura notamment une incidence sur la surface des vitrages et leur orientation.

Evaluer les besoins thermiques des futurs occupants

« La conception passive vise à construire un bâtiment en symbiose avec son environnement, mais aussi en adéquation avec les besoins thermiques de l’être humain, ajoute l’architecte. En effet, elle tient compte des températures de confort optimales qui varient en fonction de l’activité. Elles sont évaluées en moyenne à 20 ou 21 °C pour les personnes effectuant un travail sédentaire, et à 23 ou 24 °C pour celles qui sont au repos en position assise. Le passif travaille également sur la manière dont le corps perçoit les températures, ainsi que sa sensibilité aux courants d’air ou aux surfaces chaudes et froides, afin d’obtenir la température intérieure idéale. »

 

Des aides à la rénovation

Des aides financières sont délivrées par les régions ou par les départements, par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) ou par l’État, mais elles concernent avant tout la rénovation. Le programme Habiter mieux de l’Anah et les aides d’Action Logement sont soumis à des conditions de ressources, ainsi que MaPrimeRénov’ en 2020 (ce ne sera plus le cas en 2021). Le crédit d’impôt pour la transition énergétique (Cite) et les aides Coups de pouce des fournisseurs d’énergie varient en fonction des revenus. « Il s’agit d’aides saupoudrées sur différents corps d’état, regrette Quentin Delescluse, qui a fait construire sa maison passive (voir page 90). De plus, il n’existe pas d’aide spécifique pour ce type de construction. »

Prévoir une isolation renforcée

La maison doit être pourvue d’une excellente isolation extérieure et d’une parfaite étanchéité à l’air, afin de supprimer toutes les infiltrations d’air indésirables. « L’isolation porte à la fois sur les murs, les sols et la toiture, chaque maison comprenant de 20 à 30 centimètres d’épaisseur d’isolant par paroi, souligne Guillaume Palissière. Elle pourra être plus importante encore si le logement comporte des éléments architecturaux, comme des retraits, qui diminuent sa compacité. La plupart des maisons passives sont relativement carrées! »

Pour autant, il n’existe pas de contraintes architecturales particulières. Autre élément important, la construction doit être réalisée sans ponts thermiques, c’est-à-dire des zones où la barrière isolante est rompue (balcons, liaisons entre les murs et les planchers, avec le toit, etc.). « Chaque jonction doit faire l’objet d’un travail approfondi, pour éviter au maximum ces points froids qui laissent échapper de l’énergie », note Katia Hervouet.

3000 : c'est le nombre de maisons passives qui ont été construites en France. (Source : Propassif, 2019.)

Veiller à la circulation de l'air

Une maison passive doit être équipée d’un système d’aération efficace, généralement une VMC ou ventilation mécanique contrôlée à double flux et à échangeur thermique permettant de récupérer la chaleur de l’air qui sort de l’habitation pour chauffer celui qui y entre. « Le but est de contrôler la circulation de l’air à l’intérieur de l’habitation, observe Guillaume Palissière. La ventilation est également dotée de filtres pour retenir les particules fines en entrée et les composés organiques volatils en sortie, pour en assurer la qualité. » Elle permet également de réguler l’humidité. Comme il n’existe pas de zones de condensation, la maison se révèle plus saine.

Une énergie d'appoint : en installer une ou pas ?

Les maisons passives ne disposent pas de chauffage d’appoint, le chauffage principal étant les rayons solaires. « Si on veut augmenter la température de la maison, on peut toutefois s’équiper d’un appoint de chauffe de faible puissance installé sur le système de ventilation », précise Quentin Delescluse, qui s’est fait construire une maison passive en Seine-Maritime en 2010.

« Tout dépend des besoins des habitants, ajoute Guillaume Palissière. Par exemple, rien n’empêche de se doter d’un sèche-serviettes dans la salle de bains ou d’installer un poêle à bois dans le salon, dans un but esthétique. » De même, en été, dans les régions soumises aux fortes chaleurs, voire aux canicules, un puits géothermique couplé en amont de la VMC constitue une bonne solution pour rafraîchir la maison. Si on décide d’ajouter des panneaux solaires pour alimenter le système électrique, la maison pourra produire sa propre électricité et elle sera alors complètement autonome.

« Je ne m'attendais pas à autant de confort »

Le témoignage de Quentin Delescluse, propriétaire d'une maison passive dans l'Eure

J’ai construit en passif par conviction écologique, pour les économies d’énergie. Mais j’ai été surpris de constater que le point fort de ces maisons, c’est aussi le confort! Sur plusieurs plans : la température est homogène dans toute la maison, il n’y a pas de point froid ni de point chaud. L’humidité et la condensation y sont absentes grâce à la ventilation à double flux. Et surtout, la qualité de l’air, débarrassée des polluants extérieurs aussi bien qu’intérieurs, y est optimale. On constate la différence quand on va dans un logement de conception classique. C’est un bien-être absolu.

Budgétiser le surcoût de construction

La construction d’une maison passive coûte en moyenne entre 10 à 25 % plus cher qu’une maison traditionnelle. « Tout dépend des matériaux utilisés, note Guillaume Palissière. Il est possible en effet d’atteindre les objectifs énergétiques du passif avec de l’isolant en polystyrène. Dans ce cas, le surcoût sera moindre. On peut aussi choisir des matériaux biosourcés, plus onéreux, l’habitation gagnant ainsi une plus-value écologique. » Il faut compter en moyenne entre quinze et vingt ans pour le retour sur investissement. Mais c’est sans compter l’évolution du coût de l’énergie : les habitants de maisons passives deviennent indépendants de leurs fluctuations.

Quentin Delescluse le confirme: « En dix ans, j’ai réalisé 25000 euros d’économies d’énergie. J’ai pu ainsi rembourser un tiers du surcoût de ma maison. Et plus le temps passe, plus elle devient rentable, avec la hausse du coût de l’énergie. De plus, sur le marché immobilier, elle a acquis davantage de valeur car sa construction est de qualité. Il s’agit d’un investissement à long terme. » Ce surcoût est encore plus élevé lorsqu’il s’agit d’un projet de rénovation, où il faut compter avec des contraintes structurelles. « Les solutions existent toujours, mais le budget dépasse alors parfois le coût d’une maison neuve », constate Guillaume Palissière. Côté positif, le marché du passif s’ouvre de plus en plus au tertiaire, pour la conception d’habitats collectifs ou de bureaux. « La massification des projets entraîne des économies d’échelle. Les menuiseries utilisées en passif deviennent de ce fait plus abordables qu’autrefois. »

 

Bon à savoir // Des labels à connaître 

  • Pour le neuf, la labellisation Bâtiment passif (Passivhaus), fêtera ses 30 ans en 2021. Un tiers se charge de vérifier la conception et la réalisation du bâtiment afin de s’assurer qu’elles respectent les critères du standard de construction passive ainsi que les objectifs de performance.
  • En rénovation, c’est le label EnerPHit qui s’applique, avec des critères assouplis afin de prendre en compte les contraintes du bâti existant.
  • À quels artisans s’adresser ? Les professionnels qualifiés et labellisés sont référencés sur le site Lamaisonpassive.fr.

Vérifier les compétences du concepteur

« Il n’y a pas de véritable reconnaissance française de la norme habitat passif, à la différence des autres pays européens, déplore Quentin Delescluse. Cela pose un vrai problème car cela n’incite pas les artisans à se former. Certains professionnels proposent ainsi de concevoir des habitats passifs alors qu’ils n’en ont pas la qualification. » L’architecte Katia Hervouet renchérit : « Quand on se tourne vers un professionnel, il faut demander à voir son diplôme afin de vérifier qu’il est bien certifié maison passive. En conception passive, le niveau d’exigence est tel pour atteindre les objectifs qu’on n’a pas le droit à l’erreur. » Le soin apporté au choix des professionnels est primordial.

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