Vivre dans un écoquartier

Depuis une dizaine d'années, les écoquartiers fleurissent un peu partout en France. À quoi faut-il s'attendre dans ce type de résidence, quels sont les avantages et les inconvénients de ces logements où l'écologie compte ?

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Dans un écoquartier, l'environnement est protégé
© Istock / ah_fotobox

On compte 81 écoquartiers en France

Apparus à la fin des années 1990 dans le nord de l’Europe – en Allemagne et dans les pays scandinaves –, les écoquartiers ont su se faire peu à peu une place dans le paysage. En France, les premières initiatives sont apparues au milieu des années 2000. Il a fallu attendre un concours lancé en 2008 par l’État et la création, en 2012, du label national ÉcoQuartier pour voir le nombre de projets décoller.

Plus de dix ans après, l’attrait pour les écoquartiers est toujours vif, si on se réfère aux derniers chiffres fournis par la plateforme officielle du label. Le compteur affiche 81 écoquartiers sur l’ensemble du territoire et 183 autres projets en cours de réalisation.

Des quartiers écolos, mais pas seulement

Que recouvre vraiment le concept d’écoquartier ? On s’imagine d’abord y voir des bâtiments à basse consommation d’énergie, dans un espace laissant une large place à la nature. « L’écologie ne se restreint pas à l’environnement. Le label ÉcoQuartier va au-delà, on est plus proche d’une écologie politique. Il met en avant un concept global reposant sur les trois piliers du développement durable dans leur synergie : l’environnement, le social et l’économique », explique Éric Hamelin, sociologue urbaniste, gérant de l’agence Repérage urbain.

Le label comprend 20 critères qui définissent des exigences en matière d’environnement (tri des déchets, utilisation des énergies renouvelables, protection de la biodiversité, etc.), de mixité sociale et fonctionnelle, et de développement territorial.

« Un écoquartier réussi, qui coche toutes les cases du label, proposera une expérimentation des meilleures techniques environnementales et une offre de mobilité non motorisée : on pourra y entrer ou en sortir en transport public, ou avec la marche ou le vélo. Mais ce sera aussi un quartier où l’on peut passer une partie de sa vie sur place, avec des services publics et des commerces. Il ne sera pas non plus refermé sur lui-même et sera un modèle d’intégration sociale, avec des personnes âgées, des familles, des classes populaires… », ajoute Éric Hamelin.

Des modèles d'écoquartiers très variés

Sur le terrain, les écoquartiers recouvrent des réalités multiples. « La notion d’écoquartier a été longtemps liée au tissu urbain, à la ville. Mais les choses ont changé peu à peu », observe Alain Bornarel, fondateur du bureau d’études Tribu et membre du conseil d’administration de l’Institut pour la conception écoresponsable du bâti (ICEB). Les premiers écoquartiers en France étaient souvent situés sur d’anciennes friches industrielles de grandes métropoles, comme la ZAC de Bonne à Grenoble, construite sur un ancien site militaire. Aujourd’hui, de plus en plus de projets naissent dans des petites villes. La campagne n’est pas non plus en reste, avec la création d’écohameaux ou d’écovillages également labellisés.

On notera aussi que l’écoquartier n’est pas réservé aux projets de constructions neuves. 60 % des écoquartiers sont des projets de renouvellement urbain, selon le ministère en charge du label. En conséquence, les écoquartiers peuvent revêtir des formes très différente, cela demande de s’adapter aux caractéristiques géographiques, humaines et économiques du lieu. On ne fera donc pas la même chose selon que le quartier est situé en zone périurbaine ou en centre-bourg.

Quelle que soit leur taille ou leur situation géographique, les écoquartiers ont en commun de promouvoir un mode de vie plus durable. On y trouvera ainsi souvent des incitations à accomplir des écogestes et des activités ou services tels que des jardins partagés ou une recyclerie.

Peu de places de stationnement pour les voitures

Mais attention, la vie dans les écoquartiers peut aussi être porteuse de contraintes pour ceux qui n’auraient pas atteint le même degré de transition écologique. « La contrainte la plus compliquée sur la durée, c’est la limitation de l’usage de l’automobile. Dans les écoquartiers, il y a toujours une stricte limitation du nombre de places de stationnement, avec des parkings excentrés et une place au maximum par logement. Mais cela ne suffit pas toujours à freiner le nombre de voitures, surtout dans les quartiers situés dans les faubourgs, où les habitants ont parfois une propension à se garer n’importe où », illustre Éric Hamelin.

Le tri des déchets est indispensable

D’autres inconvénients peuvent se présenter lorsqu’on ne présente pas un état d’esprit compatible. Par exemple, être gêné par la présence d’insectes sur son balcon quand la façade de son immeuble est végétalisée, être incommodé par des trappes de collecteurs de poubelles sous-dimensionnés si l’on ne trie pas ses déchets ou par des immeubles un peu trop proches les uns des autres car pensés dans une logique de limitation de l’étalement urbain.

Prendre en compte l’avis des habitants

Mais les habitants ne sont pas les seuls en cause. Concepteurs et promoteurs sont parfois fautifs de ne pas prendre suffisamment en compte les usages réels ou de dénaturer un projet pour des raisons économiques. Engager une concertation avec les habitants ou futurs habitants, comme l’encourage le label, est un levier pour éviter ces situations. Malheureusement cette participation est souvent inexistante. Pourtant, elle permet de recueillir une mine d’informations en vue d’élaborer l’écoquartier.

« Autre intérêt, les habitants vont progressivement devenir partie prenante du projet et l’assumer, en y apportant quelquefois des corrections. Ainsi, le projet va vivre beaucoup plus facilement. » (Alain Bornarel)

Un achat "beaucoup moins cher" : un bon investissement ?

Le prix des logements est-il plus élevé dans un écoquartier ? Un travail, réalisé par les bureaux d’études Adequation et Urbanics, portant sur l’évaluation en 2017 et 2018 d’un panel de 39 projets d’écoquartiers répartis sur toute la France a estimé que les logements y étaient « moins chers, voire beaucoup moins » par rapport à l’offre proposée dans l’environnement proche. Au niveau de l’agglomération entière, cette différence serait néanmoins moins nette. La création récente du label ÉcoQuartier et la grande diversité des types d’habitat qu’il englobe rendent pour l’instant difficile l’évaluation des prix de l’achat en écoquartier.

A fortiori, la visibilité demeure également réduite sur une éventuelle plus-value à la revente. Comme dans un quartier classique, des critères tels que la qualité de l’emplacement et des services (commerces, écoles, transports) feront toujours la différence. Mais avec la prise en compte de problématiques telles que les économies d’énergie ou l’adaptation au réchauffement climatique, les écoquartiers, véritables « laboratoires de la ville de demain », ont sans doute un temps d’avance.

Le label ÉcoQuartier : c'est quoi ?

Il distingue les réalisations urbaines les plus écologiquement et socialement vertueuses. Voici les cases à cocher pour l’obtenir, détaillées par le ministère du Logement.

  • Démarche et processus : prise en compte du contexte local, participation de la population, amélioration continue, etc.
  • Cadre de vie et usages : lutte contre l’étalement urbain, solidarité, qualité de vie et sécurité, etc.
  • Développement territorial : services et commerces, transports collectifs, etc.
  • Environnement et climat : tri des déchets, sobriété énergétique, biodiversité, etc.

Le label ÉcoQuartier est-il vraiment fiable ?

Porté par l’État, ce label repose sur l’évaluation par des experts du bon respect de ses critères. Alain Bornarel le juge insuffisant pour juger de la qualité d’un projet : « Il existe aujourd’hui des opérations remarquables, mais le label est souvent de l’affichage, et certains projets sont juste du verdissement. Pas mal d’écoquartiers sont construits sur de magnifiques terres agricoles. De même, il ne suffit pas de prévoir quelques logements aidés pour qu’il y ait de la mixité sociale, ou de planter beaucoup d’arbres pour qu’il y ait de la biodiversité. »

Comment s’assurer alors qu’un projet d’écoquartier est véritablement écoresponsable ? « Examinez ce que la commune fait déjà. On peut également se renseigner auprès de certains organismes, dont les CAUE (conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) qui existent au niveau des départements. Ils ont une bonne connaissance du territoire où ils interviennent et auront un point de vue assez global », conseille-t-il.

df
Raphaëlle Pienne
Mis à jour le

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