Conflit, entraide... Comment le confinement a changé les rapports de voisinage

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© SU1 - iStock

La copropriété : l'enfer, c'est les autres ?

Il est facile, et souvent amusant, de dresser un portrait des pires voisins : le bricoleur compulsif, les enfants tapageurs, le musicien en herbe, l’espion, le bavard, le malpoli, parfois même le violent. Mais dans la grande majorité des cas, les relations de voisinage se passent bien.

« Ces portraits négatifs sont en total décalage avec la réalité, affirme Joanie Cayouette-Remblière, sociologue, qui a réalisé plusieurs études sur les relations de voisinage, dont a plus récente, « Mon quartier, mes voisins » date de mars 2021. On pense que, aujourd’hui, notre quotidien est déterminé par l’hypermobilité et les nouvelles technologies. Mais les relations que l’on noue autour de son lieu de résidence restent extrêmement importantes dans notre société. Les échanges de convivialité et l’entraide concernent trois personnes sur quatre, et seule une sur quatre déclare avoir déjà été en conflit avec ses voisins. »

Il est vrai qu’avoir des voisins implique de respecter un certain nombre de règles. Certaines sont tacites, comme le savoir-vivre et la politesse, d’autres écrites dans le règlement de copropriété des immeubles et des lotissements ou dans un arrêté municipal (heures et jours de bricolage, de tonte de pelouse, de barbecue, tri des déchets, etc.). D’autres principes, enfin, comme la mitoyenneté, les troubles anormaux de voisinage, les bruits diurnes ou le tapage nocturne, sont réglementés dans différents codes juridiques (civil, santé publique, pénal).

Et pendant la crise sanitaire ?

Les confinements ont parfois permis de montrer le meilleur de nous-mêmes. « On a assisté à un grand élan de solidarité, d’ailleurs largement relayé et encouragé par les médias », se réjouit Atanase Périfan, créateur de la Fête des voisins. Paradoxalement, les enquêtes ont montré qu’il n’y avait pas eu davantage de solidarité qu’auparavant. Ce sont seulement les acteurs qui ont changé.

« Là où, par exemple, les enfants et les services sociaux s’occupaient habituellement d’une personne âgée isolée, ce sont les voisins qui ont pris le relais quand plus personne ne pouvait se déplacer », explique-t-il. Difficile de savoir, aujourd’hui, si cette tendance s’est pérennisée. Il semblerait plutôt que l’enthousiasme du premier confinement ait laissé place à une certaine lassitude... « Une fois l’émotion passée, pour que les gens continuent à rester solidaires, nous devons leur donner des outils », insiste Atanase Périfan.

« Après le “kit coronavirus”, nous proposons de télécharger un “kit vaccination”, à afficher dans son immeuble, pour proposer ou demander une aide à la vaccination. Je pense en tout cas que la crise du Covid nous a fait gagner vingt ans dans la sensibilisation des habitants et des pouvoirs publics aux solidarités de proximité », conclut-il.

Les réseaux sociaux encouragent-ils vraiment la solidarité ?

De nombreuses applis et groupes de réseaux sociaux surfent sur cette idée que la solidarité de proximité a besoin de leviers pour se développer. On parle même du « voisinage 2.0 ». Leur promesse : échanger, louer des appareils, s’entraider, créer des liens et des contacts facilement, rapidement et localement en sollicitant ses voisins d’immeuble, de quartier, en ville, pour emprunter une perceuse, trouver un partenaire de jogging, donner ou recevoir des cours de couture, arroser les plantes ou garder le chat pendant les vacances...

Chaque appli possède ses spécificités. AlloVoisins propose ainsi des annonces de services payants et prélève une commission sur les transactions ; Smiile est principalement gratuite, sauf pour les ventes qui transitent par son système de paiement sécurisé. Certaines sont, pour l’instant, totalement gratuites, comme MesVoisins, Nextdoor ou Ensembl’. Pour garantir la proximité et la véracité des annonces, la plupart vérifient les adresses des nouveaux voisins inscrits.

On peut toutefois s’interroger sur le modèle économique de ces applis (commissions, recueil de données, etc.), sur leur viabilité et sur leur réel apport en matière de liens sociaux, car il s’agit de mettre en relation des personnes qui ont des besoins. Ce sont donc des applis utiles plutôt que, comme elles le revendiquent, des vecteurs de liens sociaux. Même si, bien sûr, on peut devenir ami avec le voisin qui a si gentiment prêté son mixeur.

On a également vu éclore, particulièrement pendant le confinement, des groupes WhatsApp et des pages Facebook d’immeubles ou de résidences. Cela permet de partager des informations qui ne concernent qu’un groupe donné pour des services, des travaux, des besoins, des apéritifs, etc. Avec parfois des dérives, blagues ou remarques déplacées, jugements à l’emporte-pièce, perfidie, voire délation. Et, en corollaire, une certaine obligation d’adhésion, car refuser d’entrer, ou pire, sortir d’un groupe WhatsApp ou Facebook équivaut à un camouflet pour ses membres !

Le monde d'après sera-t-il rural ?

Cela a fait tous les gros titres des journaux : à l’annonce du premier confinement, plus d’un million de Franciliens ont quitté la région parisienne pour s’exiler chez des parents ou dans une résidence secondaire. Mais épidémie de Covid ou pas, quitter les grandes métropoles reste une tendance de fond pour bénéficier d’une meilleure qualité de vie, grâce à un logement plus grand, une proximité avec la nature, etc.

On estime qu’environ 100 000 citadins sautent le pas chaque année. L’année 2020 aura tout de même été marquée par une augmentation de ces départs. On relève que, pour la dernière rentrée scolaire, les écoles parisiennes comptaient 3723 enfants en moins, contre moins de 3 000 habituellement. En général, l’arrivée de ces néoruraux se déroule bien, mais elle donne parfois lieu à quelques frictions.

Certains locaux craignent une gentrification des campagnes et une explosion du marché de l’immobilier, d’autres s’interrogent sur la compatibilité des différents modes de vie. Le département du Tarn a ainsi édité une charte du bon voisinage en milieu rural qui guide aussi bien les habitants (rester sur les chemins, respecter les propriétés, contenir les animaux...) que les agriculteurs (prévenir les voisins quand on va épandre des produits phytosanitaires ou travailler la nuit avec un gros engin, enfouir rapidement lisier et fumier, etc.).

Quant au législateur, afin d’éviter les recours intempestifs pour troubles du voisinage liés aux émissions sonores et olfactives rurales, il a adopté, en 2020, une loi visant à protéger le patrimoine sensoriel des campagnes (loi n° 2021- 85, 29 janvier 2021, J.O. du 30, voir page 39) constituée d’un inventaire des bruits et odeurs des terroirs.

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