Immobilier : est-ce encore le bon moment pour acheter ?

Tandis que les taux de crédit ne cessent de baisser, les prix, eux, continuent de grimper. Dans ce contexte, les candidats à la propriété ont-ils vraiment intérêt à se lancer, cette année, dans l'acquisition d'un appartement ou d'une maison ? Trois spécialistes donnent leur opinion.

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Les taux des crédits immobiliers sont très bas, peut-être le moment de devenir propriétaire…
© adobestock

"Trois ans en moyenne suffisent pour amortir l’acquisition d’un bien"

Thomas LEFEBVRE : directeur scientifique chez MeilleursAgents

La situation actuelle est particulièrement favorable à l’acquisition, dans la mesure où les conditions de crédit sont très bonnes. La baisse continue des taux d’emprunt compense en effet l’augmentation des coûts dans l’immobilier. Pour preuve, à Paris, le recul des taux a permis aux particuliers de gagner 30 % de pouvoir d’achat immobilier entre 2011 et 2019, alors que, dans le même temps, les tarifs de la pierre n’ont grimpé que de 17 % dans la capitale. Dans ce contexte, le montant des mensualités de remboursement d’un prêt se révèle désormais assez proche de celui d’un loyer, et il devient donc plus intéressant pour un ménage d’acheter que de louer. Et ce, dans tout l’Hexagone. À Lille, par exemple, à raison de 2 800 euros le prix moyen du m² à l’achat et de 13,5 euros celui à la location, un locataire paie tous les ans à son bailleur 6% de la valeur de son logement sous forme de loyer, alors que s’il en était lui-même devenu propriétaire, il n’aurait qu’à en payer 1,3% à sa banque. Quant à la durée de détention nécessaire pour rentabiliser un achat, elle n’a jamais été si faible. Aujourd’hui, il faut en effet trois ans en moyenne pour amortir l’acquisition d’un bien, soit moitié moins qu’il y a huit ans. 

LA CONCLUSION de Thomas LEFEBVRE

"Les fondamentaux sont là et un retournement du marché ne semble pas en vue. Il faut donc profiter au maximum des taux bas pour entrer dès maintenant sur le marché. Pour les primo-accédants, c’est une occasion unique de mettre le pied à l’étrier tout en levant de la dette."

"La location peut offrir une superficie plus grande"

Jean-Marc TORROLION : président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim)

Devenir propriétaire ne se résume pas à payer le prix d’achat d’un logement. De nombreux frais supplémentaires sont à régler, comme les frais d’agence ou les droits de mutation. Mais pas seulement… Aussi longtemps qu’il conserve son bien, le propriétaire doit également s’acquitter de la taxe foncière et des éventuelles charges de copropriété ainsi que des possibles travaux d’entretien. À cet égard, rester locataire peut donc se révéler plus intéressant financièrement parlant, dans le sens où l’occupant des lieux ne paie que le coût d’usage du logement et pas celui de l’investissement. Mieux encore, il n’a plus de taxe d’habitation à régler et le montant de son loyer est, selon les communes, encadré, voire plafonné, tant au moment de sa fixation initiale que de ses révisions annuelles. Conséquence, à raison d’un loyer de 1 000 euros par mois, un locataire peut aujourd’hui s’offrir une superficie plus grande que ne lui aurait permis un achat. Et ce, dans la plupart des grandes villes françaises. Enfin, le statut de locataire permet une très grande souplesse avec la possibilité de quitter l'appartement loué après un préavis d’un mois sans explication ni frais. C’est donc une solution idéale pour les particuliers professionnellement mobiles. 

LA CONCLUSION de Jean-Marc TORROLION

"Acheter dans l'immobilier n’est pas la meilleure option pour les jeunes en début de carrière. Au contraire, cela revient à se mettre un fil à la patte. Cette propension française à devenir propriétaire ne doit pas s’exprimer au détriment de la souplesse professionnelle."

"Dans certains cas, mieux vaut renoncer à un projet d’achat"

Henry BUZY-CAZAUX : président de l’Institut de management des services immobiliers

Aujourd’hui, l’accès à la propriété se fait souvent au prix d’un effort qui pousse à s’interroger. Certes, les taux d’emprunt n’ont jamais été aussi bas, mais pour compenser l’augmentation des prix de l’immobilier, nombre de particuliers sont contraints d’allonger la durée de leur crédit jusqu’à vingt-cinq ans, voire trente ans, tout en poussant leur taux d’endettement à 40 %. Se pose alors la question de leur reste-à-vivre, car il est difficilement supportable de consacrer l’essentiel de ses revenus à son seul logement. D’autant qu’actuellement, au regard de l’évolution des tarifs immobiliers, les perspectives de plus-values à terme semblent de plus en plus illusoires. Pour absorber l’ensemble des frais annexes attachés à la transaction – au premier rang desquels les droits de mutation – et, en conséquence, ne pas perdre d’argent au moment de la revente du bien, il faut en effet miser sur une hausse du marché d’au moins 10 %. Or, pour des questions de solvabilité des ménages, cela apparaît quasi impossible à court terme, excepté peut-être à Paris, dont l’attractivité ne se démentira jamais, ou dans des petites agglomérations de province en mutation, comme Pau ou Saint-Étienne, où les investissements sont encore abordables. 

LA CONCLUSION d'Henry BUZY-CAZAUX

"Il ne faut pas céder à l’enthousiasme aveugle des discours qui poussent aujourd’hui à l’achat. Une accession à la propriété ne doit pas être douloureuse. En conséquence, s’il y a trop de contraintes et peu d’espoir de plus-values, mieux vaut renoncer."

Taux moyens des prêts immobiliers
Taux moyens des prêts immobiliers © Art Presse
df
Anne-Lise Defrance
Publié le

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