Rédiger son testament soi-même

Rédiger son testament soi-même

Écrire noir sur blanc son testament paraît simple. Des précautions s’imposent cependant pour éviter les faux pas et ne pas créer de conflit entre les héritiers.

Rédiger son testaement permet de laisser une somme d’argent à un concubin, un partenaire pacsé, un ami… qui, sinon, n’aurait aucun droit sur l’héritage. D’avantager aussi un enfant par rapport aux autres, d’attribuer à un héritier un bien en particulier, bijou, meuble, maison de campagne…, ou de transmettre à son conjoint plus que ce que prévoit la loi. On peut aussi laisser des indications sur l’organisation de ses propres obsèques.

Testament : un texte écrit et signé par son auteur

Chacun est libre de rédiger son testament chez lui, sans formalités particulières. Mais ce testament, dit olographe, par opposition au testament authentique rédigé par un notaire, n’est valable qu’à certaines conditions.

Il doit être entièrement écrit à la main, daté (jour, mois et année) et signé par son auteur. Sinon, les juges chercheront à le dater en utilisant tous les indices possibles. À défaut de date, le testament sera nul.

Enfin, il doit traduire la volonté de son rédacteur. Il ne peut donc pas être écrit sous la dictée, même s’il est possible de se faire conseiller, et doit être rédigé par une seule personne : un testament fait à deux - des époux souhaitant organiser ensemble le partage de leurs biens, par exemple - est nul.

"Pour la même raison, il ne faut surtout pas demander à une tierce personne de le cosigner, même comme simple témoin", met en garde Me Nathalie ­Couzigou-Suhas, notaire. Inutile, en revanche, de préciser que l’on est "sain de corps et d’esprit" : cette mention n’a aucune valeur.

Respecter ces quelques conditions est simple. Parvenir à rédiger un texte clair, qui ne laisse place à aucune interprétation et pourra être appliqué sans litiges ni discussions, est plus difficile.

Les conseils du notaire pour rédiger votre testament

Même pour rédiger soi-même son testament, demander conseil à son notaire permet d’éviter les impairs. Cela ne coûte que quelques dizaines d’euros en général, enregistrement au fichier central des dispositions de dernières volontés compris. On peut aussi demander au notaire de rédiger le testament, que l’on signera en présence de deux témoins.

Ce testament dit "authentique" et non plus "olographe" coûte environ 150 €. Seul un testament authentique permet, par exemple, de priver le conjoint survivant du droit de continuer à vivre dans le logement familial, s’il fait partie de la succession. "Une telle disposition serait sans effet dans un testament que l’on aurait rédigé soi-même", rappelle Me Jean-François Humbert, notaire.

Éviter toute ambiguïté est essentiel sur votre testament

Écrire noir sur blanc en début de texte : "Ceci est mon testament" est conseillé, pour ne laisser aucun doute sur la finalité du document. Exprimer clairement sa volonté ("je lègue à…") est préférable à des formules plus vagues ("je souhaite laisser…").

Éviter les ratures ou corrections - ou au moins les dater et les signer - est aussi prudent, pour éviter que la mention d’origine ne soit retenue. Pour lever toute ambiguïté, on précisera encore les noms, prénoms, adresses des personnes désignées et l’éventuel lien de parenté avec elles.

"Identifier clairement les biens légués est également essentiel, avertit Me Jean-François Humbert, notaire. Souvent, leur description est trop sommaire et cela entraîne des confusions."

Mais le plus délicat est de bien mesurer la portée réelle des dispositions prises. Car ce que l’on pense avoir écrit n’est pas toujours ce qui sera compris et appliqué.

"Lorsqu’on lègue par testament un bien à un enfant, ce bien s’ajoute en principe à sa part normale d’héritage et il s’en trouve avantagé par rapport aux autres. Or il arrive que le parent ait souhaité simplement intégrer ce bien en particulier dans la part d’héritage de l’enfant, sans rompre l’égalité avec les autres", souligne Me Couzigou-Suhas.

Testament : respecter la réserve héréditaire

Il est possible dans le testament d’expliquer les raisons qui ont présidé à l’attribution de tel ou tel bien, en rappelant par exemple que l’on a décidé d’avantager l’enfant qui a le plus de difficultés dans la vie ou celui qui s’est le plus occupé de ses parents.

"Mieux comprise, la décision sera ressentie moins douloureusement par les autres enfants", explique Me Couzigou-Suhas. Il faut aussi se souvenir que chaque enfant a droit à une part minimale de l’héritage, appelée « réserve héréditaire".

Si les biens laissés au décès ne sont pas suffisants pour honorer tous les legs prévus dans le testament, en plus de la réserve des enfants, les legs seront réduits pour respecter les droits de ces derniers.

Concrètement, leurs bénéficiaires devront verser de l’argent aux enfants ayant reçu moins que leur réserve, afin de les indemniser. "Si un parent décide de laisser tous ses biens par testament à l’aîné de ses deux enfants, cela ne signifie pas que le cadet n’aura rien, remarque Me Humbert. L’aîné devra le dédommager en valeur, en lui faisant un chèque du montant de sa réserve."

Le testament est un document facile à retrouver

Une fois le testament rédigé avec soin, le ranger dans un tiroir n’est pas le plus judicieux. Il peut en effet s’égarer… ou tomber dans des mains malveillantes et disparaître. Le cacher ? S’il n’est jamais trouvé, il ne servira à rien. Le confier à un notaire, qui le conservera dans un coffre, est la meilleure solution.

Il pourra ainsi être enregistré au fichier central des dispositions de dernières volontés. Cela ne coûte que 30 € environ. Le notaire chargé le jour venu de régler la succession, quel qu’il soit, a l’obligation de consulter ce fichier. Il découvrira donc forcément l’existence du testament.

Seul problème : celui-ci ne sera révélé qu’à l’ouverture de la succession, ce qui peut se révéler tardif si le défunt a laissé des indications pour ses obsèques.

Revoir ses dispositions sur le testament

Les dispositions prises par testament se périment au fil des années : les enfants ont grandi, le couple a divorcé, l’autre conjoint est décédé… Parfois, les biens que l’on prévoyait de léguer ont même été vendus ou donnés.

D’où l’importance de revoir sa copie de temps en temps. Excepté pour un changement mineur, les notaires conseillent d’écrire un nouveau testament, plutôt que d’ajouter de nouvelles dispositions (un codicille) à ­l’ancien.

Cela évite les incohérences et les contradictions. En principe, seul s’applique le dernier testament en date. Mais, par précaution, mieux vaut indiquer noir sur blanc dans ce nouveau testament que l’on révoque le ­précédent. Ainsi, les héritiers n’auront pas à se ­demander s’il vient simplement compléter l’ancien.

Un exécuteur testamentaire

Dans certaines situations (patrimoine complexe, nombreux legs…), les notaires conseillent de désigner un "exécuteur testamentaire", c’est-à-dire une personne de confiance chargée de veiller au respect des volontés du défunt.

De même, il est possible de laisser ses biens à un "légataire universel", à charge pour lui de distribuer les legs prévus à leurs bénéficiaires respectifs.