Comment s’engager dans l’humanitaire

Comment s’engager dans l’humanitaire
De plus en plus de Français décident de consacrer quelques semaines de leurs congés à des actions de solidarité et d’appui au développement. - © lcodacci

Plusieurs milliers de Français s’engagent chaque année dans des missions. Mais partir au bout du monde pour aider son prochain ne s’improvise pas. Le point sur les dispositifs existants.

Partir en congé solidaire

De plus en plus de Français décident de consacrer quelques semaines de leurs congés à des actions de solidarité et d’appui au développement. L’association Planète Urgence propose des congés solidaires de deux à quatre semaines. « Les volontaires peuvent choisir de s’engager pour une mission auprès d’adultes (formations en informatique, gestion, langues, cours de cuisine ou de couture), ou auprès d’enfants (soutien scolaire), ou encore pour une opération de protection de la biodiversité (missions scientifiques, comptage d’animaux) », explique Muriel Roy, directrice des partenariats et du développement au sein de Planète Urgence, qui pilote, chaque année, le départ d’environ 600 personnes âgées de plus de 18 ans, dont la moitié partent avec le soutien financier de leur employeur.

Les conditions. Pour bénéficier d’un cadre juridique, les salariés peuvent demander à leur employeur un congé de solidarité internationale qui ne peut excéder six mois au total, s’ils justifient d’au moins douze mois d’ancienneté dans l’entreprise (consécutifs ou non). La mission doit se situer à l’étranger et relever d’une association dont la France est membre (liste dans l’arrêté du 16 juillet 1996). L’employeur peut refuser s’il estime que cette absence est préjudiciable à la bonne marche de l’entreprise. À son retour, le salarié retrouve le poste qu’il occupait précédemment ou un emploi similaire, avec la même rémunération.

Le financement. Pendant cette période, le contrat de travail est suspendu, et le salarié n’est pas rémunéré. « À Planète Urgence, le budget d’une mission de congé solidaire s’élève à 1 800 € individuellement, à 2 300 € s’il est financé par son entreprise », précise Muriel Roy. Il faut y ajouter le coût des billets d’avion et les frais de vaccination et de visa. Toutes ces sommes sont déductibles fiscalement, Planète Urgence étant une association reconnue d’utilité publique.

Prendre un congé sabbatique

« J’ai choisi de prendre un congé sabbatique, car cela ne m’obligeait pas à expliquer à tous mes collègues pourquoi je m’absentais. On n’est même pas tenu de fournir un motif à son employeur. C’est un congé pour convenance personnelle », témoigne Hervé, 36 ans, qui est parti six mois en Afrique pour aider une association humanitaire qui construit des puits dans le désert.

Les conditions. Le salarié doit adresser à son employeur une demande par lettre recommandée, au moins trois mois avant son départ. Il doit avoir une ancienneté de trois ans minimum dans l’entreprise (consécutifs ou non), six ans d’expérience professionnelle et ne pas avoir bénéficié d’un CIF (congé individuel de formation) au cours des six années précédentes. Le congé sabbatique dure entre six et onze mois. À la fin du congé, le salarié retrouve son emploi précédent ou un emploi similaire avec une rémunération équivalente. L’employeur peut refuser le congé uniquement si le salarié ne remplit pas les conditions et, dans les entreprises de moins de 200 salariés, si le congé est préjudiciable à la bonne marche de l’entreprise (après avis du comité d’entreprise). Le salarié peut contester la décision (sous quinze jours) devant le conseil de prud’hommes.

Le financement. Le salaire est suspendu pendant la durée du congé. Néanmoins, le salarié peut demander à reporter ses droits à la cinquième semaine de congés payés pendant six ans avant le départ en congé sabbatique (soit, au maximum, 36 jours ouvrables) et percevoir en une fois une indemnité compensatrice correspondant au total des jours de congés cumulés. Il continue de bénéficier des indemnités journalières en cas de maladie et de maternité, et des prestations de la Sécurité sociale.

Utiliser le mécénat de compétence

Certaines grandes entreprises, par le biais de leur fondation, proposent à leurs employés de participer à des opérations de mécénat de compétences sur leur temps de travail. Ce système leur permet de « prêter » gratuitement un de leurs salariés à une association. « Ces missions peuvent se dérouler sur une journée ou plusieurs semaines », observe Jean-Michel Pasquier, fondateur de la plate-forme Koéo, consacrée au mécénat de compétences.

Les conditions. Le salarié volontaire conserve son salaire et reste sous la responsabilité de son entreprise, même s’il travaille dans les locaux de l’association. Il réalise des actions d’intérêt général sans avoir à rogner sur ses congés payés.

Le financement. Les frais relatifs à la mission sont totalement pris en charge par l’employeur, qui s’occupe de tout organiser. « Le salarié est sûr de partir dans un environnement cadré et sécurisé. Pour lui, c’est d’ailleurs un motif de fierté d’appartenir à une entreprise qui lui offre l’opportunité de se rendre utile », souligne François Debiesse, président d’Admical, une association spécialisée dans le mécénat. Ces expériences sont en général très appréciées des collaborateurs et contribuent à leur motivation, parfois davantage qu’une augmentation de salaire ! « Les entreprises y trouvent un double intérêt : d’une part, cela répond aux attentes de leurs collaborateurs qui sont en quête de sens et, d’autre part, elles montrent qu’elles sont engagées et responsables. Ce système leur permet également de bénéficier de réductions d’impôts », ajoute-t-il.

Devenir volontaire international

Ceux qui souhaiteraient s’engager plus longtemps que quelques semaines peuvent effectuer un volontariat de solidarité internationale (VSI). Une trentaine d’associations sont agréées pour le VSI. C’est notamment le cas de Médecins du monde, d’Action contre la faim, de PlaNet Finance, de la Croix rouge française ou de l’association de soeur Emmanuelle, Asmae. « Il n’existe pas d’outil de centralisation des missions proposées. Les volontaires doivent envoyer une candidature à chacune des associations qui les intéressent. Pour France Volontaires, on compte dix candidatures pour une mission », remarque Frédérique Williame, porte-parole de l’association France Volontaires. En 2013, plus de 2 100 personnes, âgés de 19 à 74 ans, ont effectué une mission d’intérêt général dans les domaines de l’éducation et de la formation, du social, de l’enfance, de la jeunesse, de la santé, du développement durable et des droits. On croit, à tort, que seules les professions médicales sont recherchées, mais les compétences dans l’administratif, la finance, la logistique et l’encadrement sont également très demandées.

Les conditions. Toute personne majeure sans activité professionnelle peut effectuer un VSI, qui dure entre six mois et deux ans (certaines associations recrutent des candidats âgés d’au moins 21 ans). Les missions se déroulent hors d’Europe auprès d’administrations ou d’associations locales.

Le financement. « Pendant sa mission, le volontaire touche une indemnité qui varie selon l’association et les conditions de vie sur place (prise en charge ou non de l’hébergement et de la nourriture) », indique Frédérique Williame. L’indemnité varie de 100 à 813,07 €. L’association prend en charge la couverture maladie, une complémentaire santé, ainsi qu’une assurance rapatriement. À son retour de mission, le volontaire a droit à plusieurs aides : une prime d’insertion professionnelle (2 001 € maximum pendant neuf mois) et une indemnité de réinstallation (3 700 € maximum).

Sites à consulter

- Se renseigner sur le congé de solidarité internationale et le congé sabbatique sur service-public.fr
- S’informer sur les différents types de volontariats sur france-volontaires.org
- Deux plates-formes pour partir dans le cadre de ses congés : planete-urgence.org et france-volontaires.org
- Le dispositif du mécénat de compétences sur koeo.net et admical.org
- Pour en savoir plus sur le volontariat de solidarité internationale : clong-volontariat.org
- Et sur les missions : medecinsdumonde.org, actioncontrelafaim.org, asmae.fr, croix-rouge.fr, handicap-international.fr, planetfinance.org, samu-social-international.com