Est-ce le moment de s'installer à la campagne ?

Avec l'expansion du télétravail, les citadins peuvent se projeter en milieu rural. Régions, immobilier, internet, travail... Quelles options s'offrent à vous ? Et surtout, comment franchir le pas en évitant les embûches. 

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© zahar2000

Plus de 450 000 Parisiens ont fui la capitale pour la province durant le confinement, selon l’Insee. D’autres ont vécu l’expérience comme un détonateur et rêvent de quitter la ville pour des contrées verdoyantes. « La mobilité résidentielle des métropoles vers les campagnes s’était tassée depuis 2010, pointe Jean-Yves Pineau, directeur des Localos. Depuis, les élus ruraux notent un regain d’intérêt, en particulier chez les jeunes. »

Jean Viard, sociologue, rebondit : « Paris a déjà perdu des dizaines de milliers d’habitants. Et ce phénomène touche toutes les grandes villes. Plutôt issus des catégories supérieures, la plupart d’entre eux optent pour des villes situées à une heure de la capitale comme Tours, Rouen, Amiens, ou pour des villages charmants près de zones urbaines à forte image de marque comme Nantes, Bordeaux. »

La ruralité a le vent en poupe

« Outre des retours à la terre, les projets de mobilité se concrétisent aussi par une implantation plus classique dans un bourg, voire une petite ville, dynamisés par une offre de services et d’activités stimulante », constate Jean-Yves Pineau. Et de citer en exemple Luzy dans la Nièvre, 2 000 âmes, qui attire une nouvelle population grâce à une politique active mixant social et culture, ou Saint-Pierre-de-Frugie en Dordogne, village de 470 habitants qui se mourait et compte aujourd’hui épicerie bio, bar-restaurant, éco-centre, école Montessori et bientôt collège, lotissement peu énergivore, école du cirque et, surtout, quelques dizaines de nouveaux habitants âgés de 30 à 40 ans, et 25 enfants.

« Il existe des tas de campagnes au Sud et à l’Ouest qu’on identifie facilement parce qu’en zones touristiques ou à forte valeur patrimoniale, constate Jean Viard. D’autres, comme la Meuse, n’attirent pas spontanément mais peuvent vite évoluer à l’occasion d’un événement ou d’une initiative forte. Il suffit parfois de 10 personnes qui s’installent pour créer une dynamique. » Les Voivres, village des Vosges passé de 200 à 350 habitants, a par exemple réhabilité ses maisons abandonnées pour faciliter l’accession à la propriété de nouveaux arrivants, et a ainsi sauvé son école.

Les clés des champs pour néo-ruraux avisés

« Pour comprendre ce qui nous attend et éviter les déconvenues, il faut déjà différencier situation isolée, hameau, village, bourg et petite ville, mais aussi proximité d’une grande ville, d’une zone littorale ou d’un plateau de moyenne montagne, explique Jean-Yves Pineau. Un projet de mobilité nécessite au moins un à deux ans de démarches avant de se concrétiser, notamment pour aller loin dans l’analyse du territoire. »

Première étape-clé : réfléchir à ses envies et à celles de ses proches lorsqu’on vit en couple ou en famille. Afin de se confronter au réel, il faut se renseigner sur les modes de vie et les aspects organisationnels. Comment s’approvisionner en produits alimentaires ? Qui va garder les enfants ? Quels horaires pour les services de proximité ? « Sans cela, il y a un vrai risque d’idéalisation du monde rural, souligne Jean-Yves Pineau. C’est important de comprendre le territoire et les gens. Sur place, il faut faire ses preuves et être patient pour créer des liens. Rater son insertion peut compliquer le quotidien. »

Quelques images d’Épinal sont d’ailleurs à rectifier. « L’eau du coin peut être polluée ou des problèmes d’allergie exister à cause de la végétation ou d’un air chargé en produits de traitement dus à l’agriculture intensive. »

 

« On ne nous attend pas, il faut tisser des liens »

Le témoignage de Fabienne C., 46 ans, Dienne (Cantal)

Jusqu’en 2009, je travaillais pour un centre de création artistique à Nantes. Mon conjoint, Éric, est musicien. Fascinés par les paysages, on allait souvent dans le Cantal. On a hésité à s’y installer, car j’avais du mal à quitter mon job. En arrivant sur place, on a d’abord créé un spectacle qu’on a tourné. Cela nous a permis de rencontrer les gens, mais il est difficile d’imaginer des projets tant la population est peu dense. En 2011, j’ai intégré le service culturel de l’agglomération de Massiac avant de me mettre à mon compte. Éric joue en concert et enseigne en collège et dans un centre musical. Actuellement, nous retapons un bâtiment avec l’objectif de créer un tiers-lieu culturel. Lors de l’installation, mieux vaut être humble. On ne nous attend pas. Il faut d’abord tisser des liens et repérer l’environnement pour y inscrire ses projets. Sur le plan personnel, c’est super ! Nos enfants de 10 et 15 ans sont au collège d’Allanche, qui dispose d’une section sportive de pleine nature avec un suivi personnalisé.

Les coûts cachés d'une vie plus aérée

« La stratégie de l’exil ne doit pas simplement résider dans l’idée d’un foncier moins cher ou d’une maison plus grande, poursuit-il. Les installations réussies découlent également de la manière de s’ancrer professionnellement. On décide du territoire en fonction. »

L’emploi peut être le fruit d’une mutation, d’un recrutement classique ou d’une création d’entreprise. Il peut aussi s’appuyer sur le télétravail qui a explosé depuis la crise sanitaire. Une partie des citadins cherche aujourd’hui à quitter la ville sans renoncer à son job comme les quatre « freelanceurs » initiateurs de la Cocotière, un espace de coworking à Eymoutiers (Haute-Vienne), commune de 2 000 habitants.

« Ces lieux d’activités permettent de recréer des dynamiques là où il n’y avait plus un seul bureau », note le directeur des Localos. Jean Viard renchérit : « Ils facilitent aussi le dialogue entre résidents d’un même territoire. De plus en plus de collectivités soutiennent ces initiatives. »

Côté finances, en arrivant à la campagne, les Parisiens font le grand écart entre Paris et ses appartements à 10 000 euros le m2 et une maison avec jardin, dix fois moins chère à surface équivalente. « Vendre un deux- pièces pour acheter une belle maison dans la Nièvre à deux heures de train donne un sentiment de richesse », sourit Henry Buzy-Cazaux, président de l’IMSI (Institut du management des services immobiliers).

À savoir : l’offre locative de maisons est plus importante dans les bourgs qu’à la campagne. Mais si le prix du foncier garantit quelques économies, il faut toujours prendre en compte d’autres types de dépenses. La plupart du temps, une maison individuelle augmente les frais de chauffage, d’eau, les impôts locaux et taxe d’ordures ménagères. Il faut prévoir les coûts d’entretien du jardin et de la maison. Autre point important : à la campagne, on se déplace beaucoup en voiture.

« Quand on rend visite à un voisin, ça peut prendre 15 à 20 minutes même s’il habite le village d’à côté », relate Arthur A. (voir témoignage suivant). Même constat pour Fabienne C. (voir témoignage précédent) : « Les déplacements, c’est pénible et coûteux ! Comme nos enfants sont autonomes, car les collectivités organisent leurs déplacements, on a lâché notre seconde voiture pour le stop et le covoiturage. »

La campagne, oui ! Mais avec mobile et internet 

Les objectifs de l’État sont ambitieux. Généralisation d’une couverture mobile 4G en 2020, accès à tous au très haut débit en 2022 et fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH) partout en France d’ici 2025 ! En attendant, des collectivités s’activent pour offrir des débits de qualité : « Avec l’objectif de faire venir une nouvelle population et d’éviter l’enclavement, argumente Jean-Antoine Moins, vice-président en charge du numérique au département du Cantal. En 2022, la fibre optique jusqu’à l’abonné concernera 92 % des locaux, y compris les bâtiments agricoles. Comme il n’est pas encore possible de couvrir tout le territoire, on mise sur l’ADSL fixe performante (70 Mbit/s) ou la 4G fixe si les débits théoriques valent ceux de la fibre. » Autre solution, le satellite. « Le débit s’est amélioré, c’est un palliatif en attendant mieux. » Beaucoup de départements aident à l’installation de cet équipement. « Côté téléphonie, on profite du new deal mobile lancé par l’État pour financer des relais téléphoniques dans les zones blanches. »

Mer, montagne, patrimoine, zoom sur l'immobilier

« Que ce soit en Normandie, en Pays d’Ouche ou dans l’Orne, on profite des services à prix abordables, propose Henry Buzy-Cazaux. Même chose autour de Dreux ou d’Orléans. Le Béarn offre des prix accessibles. Dans la Somme, le Pas-de- Calais, le Nord ou l’Aube, il y a une qualité de vie évidente. Concernant le Massif central, les territoires merveilleux sont innombrables. » D’après notre expert, les régions qui tirent le mieux leur épingle du jeu ne sont pas les moins chères.

2,4% : c'est l'inflation immo en zones rurales en cinq ans, contre 11,4% dans les grandes villes. (Source : baromètre MeilleursAgents).

« L’arbitrage se joue aussi sur l’attractivité économique et culturelle, la proximité de la montagne ou de la mer, dont il faut s’éloigner d’une quarantaine de kilomètres pour des prix abordables, l’ensoleillement de l’arrière-pays dans le Sud-Est, ou les régions à image patrimoniale forte comme la Touraine. » Jean Viard assure d’ailleurs : « On peut acquérir une villa en bord de Loire pour le prix d’un 40 m2 à Paris. »

Pensez-y ! 

Des sites vous informent pour faire le grand saut : Localos.fr, Enviedr.com, Lozereouvellevie.com, Laveyronrecrute.com, Zevillage.net.

En Anjou, le réseau L’Adresse estime le m2 en zone rurale à 1 590 euros. « Près d’Angers, Tours ou Le Mans, on trouve des maisons autour de 300 000 euros, reprend Henry Buzy-Cazaux. Côté recherche immobilière, grâce à la géolocalisation, il est facile de repérer l’environnement à distance... Pour autant, on ne peut pas faire l’économie de visites physiques pour ressentir le lieu. »

« J'ai participé à la créa d'un coworking »

Arthur A., 30 ans, Pont-d'Ouilly (Calvados)

Installé à Caen, j’ai monté une agence de contenus vidéo et rédactionnels en 2014. Marion, ma conjointe, est professeure des écoles. Faute de budget pour acheter en ville, nous cherchions une maison en périphérie. En 2017, nous avons eu un coup de cœur pour Pont-d’Ouilly, en Suisse normande. Et on voulait louer un pied-à-terre à Caen pour mon boulot, mais c’était compliqué. Marion est devenue institutrice dans le village. J’ai d’abord conservé des missions à Caen et au Havre, mais j’avais trop de temps de voiture et je voulais rentrer tôt pour profiter de mon fils, né en mars. J’ai revu le positionnement de l’agence afin d’offrir des prestations dans un rayon d’une trentaine de kilomètres avec tout un tas de villes dynamiques et une offre culturelle, touristique ou sociale porteuse pour mon job. J’ai participé à la créa d’un coworking à Bréel (Orne), regroupant un créateur de dessins animés, une vannière, un réparateur de vélos et un atelier de pressage de pommes. Je suis plus stressé qu’avant, car j’ai doublé mon chiffre d’affaires et je bosse plus !

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