Scolarité : le suivi au quotidien

Scolarité : le suivi au quotidien

De la maternelle au lycée, les problèmes rencontrés par les parents au sein des établissements scolaires vont grandissant. Au fil des ans, même s’il est toujours présent, le dialogue semble plus difficile à maintenir.

Les parents peuvent surveiller de près les progrès de leurs enfants à l’école, car elle leur a ouvert ses portes à d’autres occasions que pour participer à la kermesse annuelle ou accompagner les visites scolaires. Depuis 1969 (à l’époque à titre expérimental), des délégués siègent dans les conseils d’école et les conseils d’administration.

Plus récemment, en 2006, un décret a imposé aux établissements scolaires d’examiner, à chaque rentrée, comment organiser au mieux le ­dialogue avec tous les parents.

Une perte d'autorité des professeurs

L’ouverture est là, mais elle prend parfois la forme d’une paix armée. Même les plus favorables des professeurs la redoutent, car il y a longtemps qu’ils ont perdu leur prestige.

Au début du siècle dernier, l’instituteur était le savant. Maintenant, dans les conseils de classe, se croisent des ingénieurs, des cadres supérieurs ou des chômeurs qui en savent - ou qui affirment en savoir - autant que les pédagogues les plus chevronnés. Preuve de cette perte d’autorité, leur parole est parfois contestée et leur avis contredit au moment de l’orientation.

Faire entendre sa voix

De leur côté, les enseignants se plaignent de ne plus avoir des classes aussi attentives qu’au siècle dernier. Ils souffrent d’incivilités et en imputent la faute aux parents, jugés tour à tour trop intrusifs ou démissionnaires. Entretenir un lien efficace avec le plus grand nombre des parents - et, surtout, l’établir avec ceux que l’on ne voit jamais - demeure le meilleur moyen de mettre fin aux incompréhensions.

Des réformes contribuent à y parvenir : mise à la disposition des parents de programmes résumés permettant de leur faire connaître ce qu’on attend des enfants et réunion systématique en début d’année avec l’équipe enseignante. Les élections de parents d’élèves donneront en octobre aux parents une occasion supplémentaire de faire entendre leur voix.

Au primaire, le lien existe

Les résultats des élections scolaires montrent clairement que si les parents sont très présents dans les petites classes, il n’en va pas de même plus tard. C’est en maternelle et au primaire que l’on dénombre le plus grand nombre de votants : plus de 44 %, alors qu’au collège ou au lycée, les suffrages ne dépassent pas en moyenne la barre des 27 %.

Stéphanie, mère au foyer, déléguée de classe de maternelle, explique ce phénomène par une évidence : les petits sont conduits jusque dans leur classe et confiés ­directement à l’instituteur. Le dialogue se noue donc au quotidien. Quand la maîtresse a remarqué que sa fille, par timidité, n’osait ni parler ni participer en classe, elle en a immédiatement fait part à Stéphanie et lui a proposé un soutien hebdomadaire autour de jeux destinés à la mettre à l’aise. À raison de deux séances par semaine, la petite Madeline a fait des progrès rapides.

Au primaire, le lien demeure étroit aussi longtemps que l’enfant est accompagné. Il se tisse aussi autour des activités extrascolaires, pour lesquelles la participation des parents est vivement encouragée. Organiser une vente de gâteaux pour réunir des fonds pour le Téléthon, tenir un stand à la kermesse ou accompagner une sortie scolaire permet de mieux se connaître. On appréhende moins la rencontre avec un professeur qui souhaite vous parler d’un problème scolaire, si on a eu l’occasion de réaliser une salade de fruits à ses côtés.

Faire connaissance avec les enseignants

Au collège et au lycée, les relations sont plus distendues. L’adolescent se rend en cours tout seul. La réunion d’information de début d’année constitue une étape importante à laquelle Monique Mahaudeau, principale d’un collège parisien, est très attachée. "Ce rendez-vous avec les parents est le plus suivi. Il permet à l’équipe enseignante de rassurer et de transmettre l’essentiel des informations à connaître pour se repérer. Je présente les professeurs, le conseiller principal d’éducation, les associations de parents d’élèves, l’assistante sociale ou l’infirmière. On parle des programmes, de l’emploi du temps, de la discipline ou du soutien à apporter aux élèves en difficulté."

Les parents sont invités à lire avec leur enfant le règlement intérieur pour être en mesure de rappeler qu’on ne vient pas en cours vêtu n’importe comment (le pantalon descendu rendant visible le caleçon, ou en short et avec un décolleté plongeant). Ils apprennent aussi à bien utiliser le cahier de correspondance et comment fonctionne la restauration scolaire.

Chacun s’efforce de rester à sa place, même si la frontière semble parfois ténue. Les façons d’enseigner évoluent et l’adulte ne comprend pas toujours les consignes du professeur. La réunion de début d’année donne des pistes et rappelle qu’on peut suivre le travail de son enfant et transmettre le désir d’apprendre sans comprendre la trigonométrie.

Les rencontres du trimestre

En cours d’année, la plupart des établissements pratiquent la remise directe des bulletins trimestriels aux familles. Ces rencontres trop courtes s’apparentant à un marathon entrecoupé d’attentes inconfortables debout dans les couloirs frustrent tout le monde. "Ce sont toujours les mêmes qui se déplacent, se plaignent les enseignants, les parents des bons élèves venus à la pêche aux compliments."

Et tandis que les profs d’éducation physique ou d’arts plastiques font tapisserie, ceux de maths, de sciences ou de physique rencontrent un vif succès. Les parents qui interviennent le moins sont perçus comme peu attentifs à la scolarité de leurs enfants. Pourtant, s’ils ne se présentent pas, c’est souvent parce qu’ils font confiance, qu’ils pensent ne pas être "à la hauteur" ou ont peur de franchir la porte de cette citadelle dont ils gardent des souvenirs mitigés.

Pour faire participer le plus grand nombre de parents et éviter les récriminations de ceux qui sont obligés de prendre sur leur temps de travail pour venir faire la queue, Monique Mahaudeau a préféré écrire : tous les parents reçoivent un mot dans le cahier de correspondance et peuvent prendre ­rendez-vous avec l’enseignant de leur choix à une heure précise pour faire le bilan du premier trimestre. Les familles qui n’osaient pas s’impliquer découvrent parfois à cette occasion qu’on a proposé à leur enfant dont les résultats étaient faibles de combler ses lacunes en venant à l’étude du soir et qu’il ne l’a pas fait.

Le dilemme de l’orientation

Les moments charnières de dialogue avec les parents sont fixés au passage en sixième et à la fin de la troisième pour définir l’orientation. Marie, maman d’une adolescente de 15 ans aux résultats moyens, ne va jamais à l’école par plaisir. Elle n’y met les pieds que lorsqu’elle est "convoquée". Pourtant, lors du dernier conseil de classe, quand les professeurs ont décidé d’un redoublement pour sa fille Alexandra, elle a pris rendez-vous.

Avec son mari, elle a entendu les arguments du professeur principal lui exposant que les bases d’Alexandra en maths étaient trop faibles et conseillant qu’elle redouble car, en seconde, où il y a beaucoup de maths et de sciences, elle aurait des difficultés à suivre le programme. Il leur a conseillé de revoir leurs espoirs "à la baisse", les lycées choisis étant "de trop bon niveau" pour Alexandra. Les parents ont tenu bon et fait appel. Cette année, leur fille suivra une seconde générale, avec un soutien pour l’aider à retrouver un niveau correct dans ses matières faibles.

Les parents se rendent avec plaisir dans les écoles parce qu’ils ont souvent l’occasion de partager des moments de loisirs. Mais ils restent à la porte du collège et du lycée, perçus comme des instances juridiques (conseil de classe, conseil de discipline, d’orientation). Pour­tant, si l’on souhaite établir un suivi efficace de la scolarité de son enfant, il convient de faire le point avec le professeur principal une fois par trimestre, voire plus si l’élève présente des difficultés ou se met à sécher les cours. Anticiper les problèmes constitue le moyen le plus sûr de les résoudre si ce n’est de les éviter.

Des règles pour établir le contact avec les professeurs

Quelques conseils pour que l’entretien ne vire pas au dialogue de sourds.

  • Préparer des questions "ouvertes" : "J’ai remarqué que les notes de Lucas baissent, comment puis-je l’aider ?"

"Il n’a pas bien assimilé certaines notions mathématiques, comment l’épauler ?"

  • Parler de son enfant en évoquant son environnement : "Jules se passionne pour l’archéologie", "Lou joue de la harpe", ou "Tomy a du mal à s’organiser", et évoquer les événements de la maisonnée (naissance d’une petite sœur, décès du grand-père, période de chômage).
  • Ne pas remettre l’analyse de l’enseignant en cause. Il voit l’enfant sous un autre aspect et son but est de trouver avec les parents des solutions pour le faire progresser.
  • Se faire aider si nécessaire. Le délégué de l’association de parents d’élèves peut être de bon conseil pour aborder un enseignant lors d’un conflit. Si la situation s’avère tendue, mieux vaut aller au rendez-vous accompagné d’un proche et conserver son calme.

Des initiatives à suivre

  • Les "papothèques" des écoles primaires offrent aux parents mal à l’aise avec le français et l’institution scolaire de comprendre ce que les maîtres attendent de leurs enfants et comment ils peuvent les aider. L’une des mieux rodées est celle de l’école élémentaire de la rue de Torcy, à Paris (XVIIIe).
  • Un médiateur, salarié de l’Association soutien et échange familles-collège (l’ASEFC est financée par le département et la commune dans le cadre de la politique de la ville), assure les relations entre les parents et les enseignants dans une salle dédiée à cet effet au sein du collège Paul-Vaillant-Couturier, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
  • Un nombre croissant d’établissements communiquent avec les parents par courriel via un espace numérique de travail (portail sur lequel on s’identifie par un mot de passe et où l’on accède à un espace Internet dédié) ou par Internet via le dispositif prisme (www.prisme-asso.org).