Retrouver ses ancêtres, une véritable enquête

Retrouver ses ancêtres, une véritable enquête
La généalogie a la cote : 87 % des Français s’y intéressent et 51 % d’entre eux ont déjà fait des recherches sur leur famille. - © OJO_Images

Hobby de plus en plus apprécié des Français, la généalogie est devenue accessible à tous grâce à Internet et aux associations. Un loisir passionnant mais très addictif.

La généalogie a la cote : 87 % des Français s’y intéressent et 51 % d’entre eux ont déjà fait des recherches sur leur famille, selon une étude d’OpinionWay menée, en février 2015, pour le site genealogie.com. Principales motivations : le désir de mieux comprendre ses origines et l’envie de transmettre l’histoire familiale à ses enfants ou à ses petits-enfants. « La question des origines prend beaucoup d’importance dans un monde qui change, explique Toussaint Roze, qui dirige le site genealogie.com. L’exode rural, la mobilité professionnelle, les familles qui se “décomposent” et se recomposent, la crise... Il est logique que les gens ressentent le besoin d’identifier leurs racines. »

Pourtant, les trois quarts des personnes interrogées considèrent que la généalogie est une activité difficile et plus de 40 % qu’elle est réservée à des spécialistes. « C’est un travail de détective, explique Jean-François Pellan, président de la Fédération française de généalogie. On part du connu pour aller vers l’inconnu. Et plus on remonte dans le temps, plus ça devient difficile. Mais c’est là tout le plaisir de la recherche ! » Les férus de généalogie soulignent tous à quel point une telle enquête provoque une certaine addiction, sans pour autant coûter très cher. « Avec un ordinateur et un accès à Internet, on peut déjà aller très loin gratuitement, résume Gilles Prévost, rédacteur en chef de Généalogie Magazine. Le reste est une question de temps. »

Le point de départ, c’est vous !

Vous êtes décidé à vous lancer, mais vous ne savez pas comment faire ? « Le point de départ, c’est vous, note Gilles Prévost. Commencez par recenser les papiers de famille que vous avez à la maison et mettez ces informations au propre. » Les souvenirs sont irremplaçables, selon Christophe Becker, directeur général du site collaboratif geneanet.org : « Débuter jeune permet de bénéficier du récit de ses aînés. »

Étape suivante : Internet. Les états civils sont consultables en ligne sur les sites d’archives départementales, tous gratuits, à l’exception de celui du Calvados. Au-delà de la Révolution, on consultera les registres paroissiaux. On peut également s’aider de l’histoire de la ville ou du village où est installée la famille. Pas moins de 30 000 monographies ont été rédigées par les prêtres et les instituteurs à la fin du XIXe siècle ! Cadastre, recensements, minutes notariales, registres matricules, archives du monde du travail (à Roubaix), des affaires étrangères (à Nantes), de l’Outre-Mer (à Aix-en-Provence) peuvent aussi fournir de précieuses informations. En outre, ils aident à « habiller » les relevés d’état civil : « Les noms, les âges, les lieux constituent le squelette de l’histoire familiale, explique Christophe Becker. Mais le plus intéressant, c’est la chair qu’on met autour. » Ainsi, les registres matricules des soldats donnent la taille, le poids, la couleur des yeux, la forme du visage de l’ancêtre.

Les inventaires après décès, menés par les notaires, sont une mine d’informations, s’émerveille le directeur de Geneanet : « Le notaire entrait dans la maison et décrivait absolument tout ce qui s’y trouvait, le sol, les pièces, les objets, les animaux... On apprend beaucoup de choses sur la façon de vivre de nos ancêtres. » Malgré tout, il arrive que le généalogiste se retrouve bloqué : par exemple, lorsque son ancêtre déménage. Autre difficulté : un changement de nom, d’orthographe ou simplement une lettre qui disparaît. « On arrive toujours à contourner ces obstacles, mais cela prend du temps, on peut se lasser », regrette Jean-François Pellan.

Associations et bases de données

On peut aussi se faire aider. Les associations, qui sont environ 300 en France, transcrivent les actes de l’état civil et les mettent en ligne à disposition de leurs membres. « Les archives départementales mettent en ligne les photos des actes, explique Jean-François Pellan, qui dirige également le Centre généalogique du Finistère, mais pour les utiliser, il faut savoir où chercher, dans quel village, quelle année, puis il faut déchiffrer l’écriture ancienne. » L’adhésion à une association coûte le plus souvent quelques dizaines d’euros par an. Les bases de données sont également une aide précieuse. La plus importante et la plus connue est Family Search, créée par l’Église mormone, entièrement gratuite. En France, Geneanet demande à ses membres de partager leurs données, ce qui lui a permis de constituer une base de 600 000 arbres dont certains comportent plusieurs centaines de milliers de personnes. Le site est gratuit, mais on peut opter pour un accès premium à 45 € par an. Geneabank met en ligne les dépouillements transmis par les associations adhérentes et le site genealogie.com s’attache à récupérer les archives d’état civil en France et à les rendre « recherchables », selon l’expression de son fondateur, Toussaint Roze.

Sont actuellement disponibles les archives de quatre départements : Rhône, Savoie, Vendée et Yvelines. L’abonnement, dégressif, commence à 10 € par mois. Enfin, de nombreuses associations proposent des ateliers qui permettent de mieux comprendre le processus d’enquête, les termes utilisés, et offrent aussi un soutien personnalisé aux recherches, le tout pour une participation annuelle de quelques dizaines d’euros. La généalogie n’est pas un loisir coûteux tant que l’on n’a pas à se déplacer. En revanche, le stockage des documents prend une place certaine. Les logiciels de généalogie sont devenus indispensables. Les leaders sont Heredis et Généatique, tous deux extrêmement riches en fonctionnalités et disponibles en version de démonstration gratuite. À l’achat, Heredis revient à 39,99 € en version standard et à 99,99 € en version pro. Généatique coûte de 5 € à 129,95 €. Un peu moins sophistiqué, Family Tree Builder présente l’avantage d’être gratuit.

Tourisme généaologique

Contrairement aux idées reçues, la généalogie n’a donc rien d’une activité poussiéreuse. Ainsi, 70 % des personnes interrogées par le site genealogie.com la considèrent comme un moyen de rencontrer des gens. « Depuis dix ans, la généalogie crée un lien entre les générations, constate Christophe Becker. Les seniors se sont mis à Internet pour les besoins de leurs recherches, les jeunes ont découvert la généalogie parce qu’ils ont trouvé les outils nécessaires sur Internet. » Le tourisme généalogique se développe : on veut connaître la région de ses ancêtres et l’on va visiter l’Aveyron ou le Morvan. Et puis, il y a l’émotion de lire la signature de son trisaïeul sur un registre ou la description de sa chambre dans un inventaire. « La plupart du temps, nos ancêtres sont des sans-grade, conclut le directeur de Geneanet, mais leurs petites histoires font la grande Histoire. »

« On fait des découvertes amusantes »

Yvon Le Gal, 69 ans

« J’ai commencé à m’intéresser à la généalogie à la mort de mes parents, à la fin des années 1980. Je me suis rendu compte que la grand-mère de mon père était la seizième d’une famille de dix-sept enfants. J’ai cherché à identifier ses frères et sœurs, puis leurs descendants, ce qu’on appelle le cousinage. Ensuite, j’ai remonté ma généalogie directe, jusqu’en 1598. Je me suis pris au jeu. On commence par tirer un fil et on finit avec une énorme pelote. Aujourd’hui, l’arbre généalogique de ma famille comprend 4 500 personnes. Mais la généalogie, ce ne sont pas que des noms et des dates, ce sont des histoires et, pour finir, l’Histoire. J’ai beaucoup appris sur mes ancêtres qui, de cultivateurs, sont devenus marins. L’un d’eux possédait une ferme aujourd’hui disparue car la falaise s’est écroulée. On fait aussi des découvertes amusantes : par exemple, dans le village d’origine de ma femme, dans le Nord, le prêtre notait dans les archives paroissiales les miracles de l’année ! »

« Je suis curieux de connaître la façon dont vivaient mes ancêtres »

Bernard Bertet, 65 ans

« Je suis venu à la généalogie car je voulais en savoir plus sur mes grands- parents paternels, décédés alors que mon père était très jeune. Ensuite, je me suis penché sur ma famille maternelle, puis sur celle de ma femme, de manière à pouvoir produire une généalogie complète pour nos enfants. Aujourd’hui, je suis remonté jusqu’au début du XVIIesiècle, mais ce n’est pas fini... J’aime découvrir la façon dont vivaient mes ancêtres, comment les couples se sont rencontrés. Par exemple, mon grand-père paternel, infirmier en Loire-Atlantique, est venu travailler pendant la Première Guerre mondiale à l’hôpital de Palaiseau, où vivait ma grand-mère. Du côté maternel, mon grand-père, de la région de Cambrai et blessé à Verdun, a été soigné à l’hôpital de Juvisy où ma grand-mère donnait parfois un coup de main... »

La généalogie génétique, bonne idée ou vrai danger ?

Les tests génétiques sont interdits en France, mais Internet permet de les faire pratiquer à l’étranger, en Suisse ou aux États-Unis notamment. Contre un peu de salive et pas mal d’argent (jusqu’à 1 000 €), ils nous promettent de retrouver notre peuple d’origine sous l’Antiquité ou la région dans laquelle vivaient nos ancêtres au Moyen Âge. Mais s’ils peuvent remonter des centaines, voire des milliers d’années, ils ne le font qu’à travers deux ancêtres seulement, ce qui est bien peu lorsqu’on sait que leur nombre est multiplié par deux à chaque génération. On pourrait aussi redouter l’utilisation potentielle de ces données pour le fichage génétique ou ethnique.

Organiser une cousinade

Très en vogue, la cousinade est une réunion de cousins, parfois très éloignés, partageant un même ancêtre. Elle peut réunir plusieurs centaines de personnes, souvent dans le village de l’ancêtre commun. Pour retrouver tous ses cousins, on ne pratique plus la généalogie ascendante mais descendante. Ensuite, il suffit d’écrire à tout ce petit monde, trouver la salle où faire la réunion, organiser l’hébergement, les repas et les animations qui rendront ce moment mémorable.

À lire : Organiser une cousinade, Jacqueline Missoffe, éditions Autrement (2005), 14 €.

Contacts utiles

  • Deux magazines de généalogie, Généalogie Magazine et La Revue française de généalogie, publient régulièrement des numéros pour débutants.
  • Fédération française de généalogie (genefede.eu) : elle regroupe 150 associations.
  • Liste des associations de généalogie en France : guide-genealogie.com.