Que valent les tests de QI pour enfants ?

Que valent les tests de QI pour enfants ?

On mesure de plus en plus le quotient intellectuel des enfants. Mais que nous enseigne-t-il exactement ?

Une rentrée difficile, un premier trimestre marqué par des problèmes scolaires ou des troubles constatés dans les apprentissages incitent parfois les parents à consulter un psychologue. Celui-ci peut alors proposer un examen psychologique de l’enfant dans lequel prend souvent place un test de QI (ou "quotient intellectuel).

Les tests de QI pour aider à comprendre le malaise d'un enfant

"Cet examen est également demandé par les enseignants, les pédiatres, les orthophonistes… Bref, tous les professionnels de l’enfance", explique Robert Voyazopoulos, psychologue à l’Éducation nationale.

Le test proposé à l’enfant est le Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC), conçu dans les années 1940 par David Wechsler, un psychologue américain.

Cette évaluation permet de classer les sujets selon leurs performances par rapport à une population du même âge. La moyenne se situe à 100.

"À partir des résultats obtenus à chaque exercice, nous déterminons le profil psychologique de la personne, avec ses points forts, ses points faibles et ceux qui se situent dans la norme, détaille Géraldine Patrikainen, psychologue clinicienne. Ces tests sont utiles, car ils donnent une assise chiffrée, qui servira d’argument pour conseiller d’éventuels examens complémentaires ou une prise en charge spécifique."

Par exemple avec un orthophoniste si l’enfant rencontre des difficultés de langage, une psychomotricienne s’il a du mal à coordonner ses gestes, ou un psychologue s’il a besoin d’acquérir une plus grande confiance en lui.

Les tests de QI peuvent aussi aider l’entourage à mieux comprendre le malaise d’un enfant. "Il existe certes une part de subjectif dans la relation avec l’enfant, mais ils nous permettent à nous, psychologues, de nous appuyer sur des éléments objectifs, des modèles de référence, note Robert Voyazopoulos. Pour autant, l’indice de QI doit être interprété avec prudence…"

Le calcul de quotient intellectuel : un outil incomplet

Les tests de QI ne mesurent que certaines formes d’intelligence, notamment celles qui sont les plus valorisées à l’école : l’intelligence verbale, c’est-à-dire l’aptitude à utiliser le langage et à exprimer ses pensées ; l’intelligence logico-spatiale, qui est la capacité à raisonner et à penser logiquement ; la rapidité cognitive, la mémoire…

"Même s’il est conçu de manière à évaluer le plus de capacités différentes possible, le test de QI ne prend pas en compte certaines facettes de l’intelligence, souligne Géraldine Patrikainen, psychologue clinicienne, comme la créativité, la sociabilité, ou l’originalité de la pensée."

Une étape dans l’examen psychologique global

Le psychologue prend le temps d’écouter l’enfant pour faire connaissance avec lui et connaître son histoire, d’analyser ses réactions pendant les tests.

"Les tests ne donnent que quelques éléments, poursuit la psychologue, que j’interprète en fonction de ce que je sais déjà de l’enfant et de “son problème”."

Ils ne sont qu’une composante de l’examen psychologique global, qui inclut aussi une analyse de la demande des parents, des jeux, des épreuves de personnalité, du dessin…

"Cette approche permet d’aborder l’enfant dans sa globalité, remarque Robert Voyazopoulos. On mesure le développement intellectuel, bien sûr, mais aussi l’adaptation sociale, les processus de pensée, la conscience de soi, les difficultés que l’enfant doit surmonter pour grandir." L’examen psychologique, possible dès 2 ans, s’adapte en fonction de l’âge.

"Certaines méthodes d’observation permettent d’analyser les interactions avec l’enfant, son attention, sa curiosité, de quelle façon il croise le regard, se détache, réagit, manipule…, précise le psychologue. L’examen est donc plus intéressant que la simple expression du QI."

Le QI à lui seul n'a aucune signification

Le résultat chiffré seul n’a pas grande signification. Un enfant dyslexique peut, par exemple, se situer à un haut niveau de QI, ses capacités intellectuelles et son envie d’apprendre masquant ses difficultés.

De même qu’un QI peut être sous-évalué si un trouble comportemental ou affectif n’est pas pris en compte lors des tests. Le calcul du QI total est donc souvent délaissé au profit de l’analyse de plusieurs indices.

"Les tests ont démontré que Quentin est en avance pour la compréhension verbale et la logique, témoigne Tessa. En revanche, il est dans la moyenne pour les autres aptitudes. Au vu de ces résultats, je n’ai pas souhaité qu’il saute une classe. La maîtresse lui propose d’autres activités quand il a terminé ses exercices. Et désormais, tout se passe bien."

Un bilan qui n’a pas de valeur prédictive

S’il est un indice du développement de l’enfant à un moment donné, le QI n’a pas de valeur prédictive. "Qu’un enfant ait un haut QI ou un QI moyen, nous ne sommes sûrs de rien, nous ne savons pas comment il va évoluer, remarque Géraldine Patrikainen.

Et, dans les deux cas, les parents comme l’école et l’enfant devront s’adapter. Le QI ne peut pas être le seul responsable du malaise vécu à l’école. Tout l’art du psychologue est de recentrer les attentes des parents, d’essayer de trouver la véritable source du problème, et d’aider l’enfant et sa famille."

Le coût d'un test de QI

Peuvent faire passer un bilan psychologique les psychologues de l’Éducation nationale (il est alors gratuit), des centres médico-psychopédagogiques (avec une prise en charge par l’assurance-maladie), et les psychologues libéraux (pour un coût de 200 à 600 € en moyenne, non remboursés).

L’examen psychologique se déroule sur plusieurs heures et comporte plusieurs séances : un entretien clinique préalable, les exercices et un entretien de restitution des résultats.

Les tests proposés sur Internet sont à bannir : réalisables en quelques minutes seulement, et sans l’accompagnement d’un professionnel, ils ne sont pas fiables.

L’avis de l'expert Robert Voyazopoulos, psychologue de l’Éducation nationale

Comme beaucoup de mes confrères, je suis opposé à la transmission directe du chiffre du QI. Il doit être analysé et interprété, sinon il peut être une source de malentendus et masquer les difficultés réelles rencontrées par l’enfant.

Les tests de QI, qui peuvent également comporter des erreurs de mesure, varient selon les échelles utilisées, l’état de l’enfant, la situation proposée par le psychologue…

L’annonce isolée du QI peut être traumatisante pour l’enfant et son entourage. Les parents dont l’enfant aurait obtenu 80 pourraient ainsi avoir peu d’attentes en matière de résultats scolaires ; d’autres seraient très exigeants avec leur enfant qui aurait obtenu 110.

L’examen psychologique nécessite des praticiens une bonne formation clinique et une réflexion éthique qui font encore, en partie, défaut dans la profession.

Pour y remédier, après deux ans de travail sur l’examen psychologique et l’utilisation des mesures en psychologie de l’enfant, une soixantaine de psychologues experts, mais aussi des juristes, des sociologues, des psychologues, des médecins et des associations de parents, publieront bientôt un texte de référence qui préconisera les pratiques professionnelles adaptées.